Celles et ceux qui nous suivent depuis le début savent que François Chidaine est un de nos vignerons favoris. Il fait partie de cette poignée de grandes signatures de nos vignobles à avoir cru dans cette « Route des Blancs » dès le démarrage de l’aventure ! Au-delà de ses talents incomparables pour tirer la plus belle et intense expression du chenin ligérien, François est surtout un homme d’une grande sincérité, véritablement amoureux de ses vignes et de ses terroirs.
Cela fait plus de 35 ans que ce natif de Montlouis-sur-Loire est revenu s’installer face au fleuve, non loin du berceau familial et de ses coteaux de tuffeau. Plus de trois décennies qu’il bâtit pas à pas, avec l’aide précieuse de Manuela, son épouse, un véritable paradis pour le chenin, ce cépage si délicat à sublimer mais si franc et subtil dans son expression du terroir. Plus de trois décennies qu’il met inlassablement en valeur toutes les nuances de chaque parcelle, entre argiles à silex, craies blanches et tuffeau.
Plus de trois décennies aussi qu’il mène ses vignes dans le seul et noble objectif de trouver le meilleur équilibre et de créer les conditions de vie harmonieuse entre le sol, la plante et son environnement. François n’a jamais cherché à dominer la nature, mais seulement à se mettre à son service, à l’observer et l’accompagner dans son œuvre. Il était donc parfaitement naturel pour lui de travailler dès le début des années 1990 en culture biologique, puis en biodynamie, avec l'aide de François Bouchet. Certifié dès 1999 par Biodyvin, ce farouche partisan d’une culture régénérative, tournée vers la conservation des sols, a clairement montré la voie dans la région pour toute une génération.
Chez François Chidaine, le graal, c’est d’obtenir le meilleur raisin et la plus fidèle expression du terroir pour faire le meilleur vin. Ces-dernières années, le vigneron a joué de malchances, du fait d’aléas climatiques (grêle, gel) qui ont particulièrement affecté son vignoble, aussi bien à Montlouis, que du côté de Vouvray et son légendaire Clos Baudoin auquel François a, depuis quelques années, redonné son lustre.
Malgré les caprices du temps et l’adversité, François et Manuéla, désormais rejoints au domaine par leurs enfants, Alice et Pierre, n’ont jamais renoncé et signent des cuvées qui font l’admiration de toute la planète vin. Bien au contraire, ils ont continué à affiner la discrimination parcellaire, enrichissant leur collection de nouveaux terroirs, comme celui des Grillonnières avec ses vignes centenaires, travaillé et vinifié par Alice, ou plus récemment encore, celui des Epinays, toujours à Montlouis mais du côté du hameau de Husseau cette fois, berceau de la famille Chidaine. Ils ont su également se doter d'un outil de travail en ligne avec leur niveau d'exigence et leur ambition pour leurs chenins : inauguré en 2015, le grand chai semi-enterré leur a permis de travailler uniquement par gravité mais aussi d'affiner les vinifications parcellaires et d'allonger les élevages, en grands fûts, puis en bouteille. François sait mieux que quiconque que le "roi chenin", si subtil, délicat, parfois austère dans sa jeunesse, a besoin de temps pour révéler toute sa sophistication, son incroyable complexité, son éclat nuancé.
Avec 22 hectares exploités à Montlouis et une dizaine d’hectares supplémentaires à Vouvray, répartis sur près d’une cinquantaine de parcelles, les Chidaine écrivent l’histoire au présent et au futur. Pour le plus grand bonheur des amateurs d’une expression raffinée, précise et incroyablement aboutie du chenin de Touraine.
Année après année, les évolutions climatiques s’imposent, avec une succession de millésimes marqués par des phénomènes extrêmes, et, le plus souvent, par de longues périodes de sécheresse estivale avec des températures parfois caniculaires. La qualité du travail à la vigne, imprégné par la biodynamie et la volonté de préserver les équilibres des sols et un maximum de biodiversité dans chaque parcelle, prend aujourd’hui tout son sens. Comme le dit François, « cette pression du climat nous impose d’être toujours plus à l’écoute de nos vignes et de savoir se montrer suffisamment inventifs ».
A travers cette belle collection, incluant quelques rares grands formats, les Chidaine nous proposent de voyager sur près d’une décennie, entre 2016 et le tout nouveau millésime 2024. L’occasion de retrouver des vins, secs ou moelleux, plus ou moins affinés, dans des styles parfois solaires et gourmands, d’autres fois plus cristallins et vibrants, toujours succulents.
Si l’on revient sur le millésime 2024, il ne fut pas de tout repos dans les vignes, donnant au final des rendements assez faibles. Après une année 2023 qui a presque fait figure de parenthèse enchantée, du côté de Montlouis et Vouvray, tant les conditions climatiques offraient enfin un peu de sérénité, l’année 2024 fut bien plus chaotique et difficile à négocier. En cause, un printemps et un début d’été très arrosés qui ont nécessité un important travail en vert, pour contrôler le développement de la plante et, surtout, limiter au maximum le développement des foyers de mildiou. En outre, les conditions fraîches et humides pendant la floraison ont entraîné des phénomènes de filage ou de coulure, limitant sensiblement les espoirs de rendements futurs.
Heureusement, toute l’énergie déployée par les Chidaine et leurs équipes ne fut pas vaine. Le temps s’est enfin amélioré à partir de la deuxième partie du mois de juillet. Un soleil franc est revenu en août permettant aux chenins de parfaire leurs maturités. La bonne amplitude thermique qui a perduré en septembre, avec des journées lumineuses, douces et des nuits plus fraîches, a permis de préserver acidité et raffinement aromatique. Au final, au moment des vendanges démarrées mi-septembre, les jus rappelaient un peu les équilibres de 2021, avec de la fraîcheur, un bel éclat du fruit et surtout, cette énergie, cette vibration minérale qui peut parfois faire défaut sur des années beaucoup plus chaudes, aux maturités précoces. Incontestablement, un très beau millésime pour les blancs ligériens, mais aux rendements malheureusement irréguliers selon les parcelles, et globalement assez faibles. Un millésime « sauvé des eaux », en somme, qui resplendit aujourd’hui de réussites notoires, comme en témoignent ce Clos du Breuil à la fois délicat et gourmand, ou encore un incroyable Bournais, à l’équilibre magistral entre fraîcheur crayeuse et ampleur d’un fruit rayonnant.
Nous vous invitons également à retrouver quelques joyaux du millésime 2023, plus précoce et généreux, mais tout aussi juste dans ses équilibres. Mention spéciale pour le monumental Montlouis La Grillonnière signé Alice Chidaine, un grand blanc de garde et de gastronomie qui mérite de figurer en bonne place dans votre cave. Sans oublier d’autres pépites, avec ou sans bulles, en sec ou en moelleux. Bienvenue chez les virtuoses de Montlouis, la famille Chidaine, au grand complet !
C’est maintenant, c’est excellent et c’est sur la Route des Blancs.
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