Niché au cœur du petit village de Niedermorschwihr, au pied des coteaux escarpés des Grands Crus Brand et Sommerberg, le domaine Albert Boxler rayonne aujourd’hui parmi les meilleurs domaines alsaciens. Loin des "grandes maisons" qui exploitent parfois plus de 100 hectares, le domaine, travaillé en famille, exploite avec rigueur et une extrême précision une quinzaine d'hectares seulement, dont près de la moitié en Grand Cru. Ici, on ne cherche pas à « faire plus de vins » : ce que Jean aime plus que tout, c’est travailler à la vigne. Et il est bien conscient qu’il ne possède pas de don d’ubiquité… ni lui, ni sa fidèle équipe de 5 personnes qui l’accompagne tous les jours sur ces pentes abruptes.
Si l’on retrouve dans cette très ancienne lignée des vignerons depuis 1672, on doit cependant à Albert Boxler, à la fin des années 1940, d’avoir donné à cette petite propriété familiale le visage qu’on le connaît aujourd’hui. Il décide en effet, dès 1946, de vinifier lui-même ses vins et de les mettre directement en bouteille au domaine, après avoir confié à son cousin, artiste-peintre, le soin d’en dessiner les étiquettes. C’est son petit-fils, Jean, et sa femme Sylvie qui président aujourd’hui aux destinées de ce joyau de Niedermorschwihr. Si son grand-père, au côté desquels il a travaillé jusqu’à ses 17 ans, et surtout son père, Jean-Marc, avaient déjà développé un style et une vision du grand blanc d’Alsace, tout en équilibre, sans laxisme ni excès de technique, porté par une qualité de raisins irréprochables, Jean a poussé encore plus loin la recherche d’une expression à la fois épurée et toujours intense des infinies nuances de ces terroirs granitiques du Haut-Rhin, où se mêlent parfois marnes et calcaires. Il signe aujourd’hui des cuvées que les amateurs aguerris s’arrachent pour leur pureté d’expression, leur extraordinaire finesse et leur vibration minérale à nulle autre pareille.
Ici, les coteaux extrêmement escarpés interdisent toute mécanisation. Les sols sont pauvres, très pentus, et les vignes s’immiscent en profondeur dans les sous-sols cristallins de micas granitiques. Le travail régulier des sols, tel que le pratique Jean et son équipe, relève du sacerdoce : seuls le treuil et la pioche ont leur place ! Mais comme il le dit lui-même : « Partout où il y a des grands vins, il y a du travail ». S’il ne cherche aucun label particulier, Jean Boxler a adopté depuis le début des années 2000 tous les principes d’une culture biologique, s’appliquant finalement à retrouver à la vigne les gestes de ses ancêtres. Il est d’ailleurs bien conscient de la chance qu’il a d’avoir récupéré un vignoble qui n’a jamais été fertilisé. Les rendements sont naturellement faibles, d’autant que l’âge moyen des vignes est élevé et que le vigneron veille à tailler court, à ébourgeonner régulièrement et, au final, à sélectionner uniquement les raisins qui présentent une qualité et une maturité parfaites.
Vinification et élevage sont particulièrement précis : fermentation sur levures indigènes et élevage en foudres, sans bois neuf et sans bâtonnage, pendant 11 mois le plus souvent, y compris pour les plus prestigieux Grands Crus parcellaires. Certaines cuvées vieillissent ensuite un ou deux ans supplémentaires en bouteille. Ici, on aime plus que tout les vins « purs et sincères », sans artifice. Ce que cherche Jean Boxler, c’est de transmettre une vision intime et sensible de l’identité de chaque terroir, à travers des vins intenses et habités, verticaux et cristallins, le plus souvent secs, qui révèlent après quelques années, d’infinies nuances gustatives, soutenues par une trame minérale vibratoire. Car Jean n’a jamais eu le goût pour les vins trop flatteurs, immédiats : ce qu’il cherche, c’est l’épure et l’équilibre, la beauté discrète, sophistiquée d’aromatiques empreintes de sol et de terroir, l’allonge de bouches à la fois fuselées, toujours très délicates dans leur toucher. Vous l’aurez compris, Jean Boxler est un esthète du détail et de la précision.
Alors qu’il signe avec ce splendide et rayonnant millésime 2023, son 27ème, il n’a rien perdu de son humilité. Lui qui voit chaque nouveau millésime « comme son premier » respire la sagesse de celui qui sait qu’il ne sait rien, ou presque. Celui qui, chaque année, sait qu’il devra s’adapter aux aléas de la nature et à son éternel recommencement. Son credo ? « Aimer ses vignes et faire son travail avec le plus de sensibilité possible, en affinant ses pratiques au fil des ans, en se concentrant encore et toujours sur la qualité ». Quels que soient les aléas climatiques et les difficultés rencontrées, Jean sait que ‘"la passion, la conviction et l’abnégation finissent toujours par payer".
Fin 2022, Jean Boxler a perdu son père, Jean-Marc, longtemps son mentor, son « meilleur conseiller » comme il le disait souvent, celui avec qui il a pu échanger en toute liberté pendant plus de 25 ans, sur l’état des vignes, leurs besoins, sur le goût des vins, sur ses doutes, ses envies, ses réussites, ses erreurs aussi, sur les évolutions qu’il souhaitait mettre en œuvre.
C’est donc seul mais armé d’une longue expérience que Jean poursuit cette exaltante aventure, fil conducteur de nombreuses générations de Boxler. Ce magnifique millésime 2023 nous montre à quel point il a atteint une maîtrise et une compréhension intime de chaque terroir qui forcent l’admiration. Si l’hiver s’annonçait plutôt sec et doux, le mois de mars, bien plus frais, a permis de retarder le débourrement et d’éviter les dégâts éventuels du gel qui menaçait tout début avril. Le printemps fut ensuite marqué par des températures élevées, culminant en juin. Des chaleurs qui ont quelque peu perturbé la floraison, surtout pour les rieslings, entraînant des phénomènes d’assèchement de la fleur et de coulure, et limitant d’autant les espoirs d’une récolte généreuse.
Après un mois de juillet chaud et sec, août a vu les températures baisser un peu et la pluie revenir, pour le plus grand bonheur de vignes pour lesquelles le manque d’eau ralentissait les maturités. Globalement, en 2023, les maturités physiologiques furent atteintes bien avant les maturités en sucres. Finalement, la récolte fut moins précoce que ce que l’on pouvait imaginer au printemps. Les vendanges se sont étalées sur une bonne partie du mois de septembre.
L’état sanitaire des raisins était très bon. Les jus affichaient de beaux équilibres avec de l’intensité aromatique, de la fraîcheur, de bonnes acidités et une élégance, une sensation de finesse qui constituent indéniablement une signature de ce millésime 2023. L’imprégnation minérale et épicée des sols se ressent aujourd’hui avec éclat, donnant aux vins rebond et énergie.
Les coteaux vertigineux des Grands Crus Sommerberg et Brand, et les autres terroirs granitiques ou argilo-calcaires du Domaine, ont donné des blancs subtils, intenses et verticaux, très purs dans leurs aromatiques et toujours aussi vibratoires dans leur structure de bouche. Un millésime qui prolonge, chez Boxler, une série éblouissante. Bravo ! Profitez de cette vente exceptionnelle pour retrouver quelques pépites du rayonnant et si gourmand millésime 2022, comme un Gewürztraminer à la complexité aromatique sidérante.
Mais où s’arrêtera donc Jean Boxler, cet infatigable marathonien du beau et du bon ?...
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