Si le chasselas se fait rare sur les étals de marché, il devient quasiment introuvable dans les vins français ! Vinifié seul, il est même maintenant particulièrement difficile d'en obtenir de ce côté des Alpes. En Alsace, on l'y rencontre aujourd'hui plus fréquemment en assemblage, dans certains Edelzwicker des Weinstub.
Heureusement pour nous, les Boxler poursuivent cette production particulièrement séduisante, tout comme quelques rares autres grands vignerons. Il faut dire qu'ils ont le privilège d’exploiter quelques pieds de vieilles vignes de plus d'une cinquantaine d'années, plantées sur un terroir qualitatif aux sols de granite.
Derrière une robe pâle et scintillante aux reflets clairs, on découvre un nez séduisant d'amande fraiche, de pomme hachée, de foin et de fleur de lys. Mais c'est surtout la bouche qui étonne. D'une remarquable intensité, elle libère une superbe sensation de fraîcheur mentholée. Dotée de fins amers évoquant le zeste de pamplemousse, elle est ample et occupe immédiatement tout l'espace qu'on lui offre.
Derrière une évocation presque régressive de bonbons à la menthe – de ceux que certains organisateurs prévoyants distribuent encore dans les grandes salles de concert ou d’opéra pour éviter les quintes de toux intempestives - apparait la seconde surprise : le léger mordant d'une pointe empyreumatique, provenant sans aucun doute du sol lui-même. La menthe est désormais poivrée, voire légèrement pimentée ! Quand le granite s'exprime avec une telle intensité, les baies de Cayenne ne sont pas loin. C'est une sensation à la fois fine et excitante, qui se manifeste sur toute la langue et vient équilibrer élégamment le vin. Le fruit n’est pas en reste, se déployant désormais sur des saveurs de poire Conférence, de melon d'eau et d'orange amère.
Une truite, fraichement pêchée et cuite au bleu, dans son plus simple appareil, ferait merveille. Une terrine fraiche de poisson avec quelques œufs de lump, ou une barbue sauce cocktail - n'ayez pas peur d'y mettre une ou deux gouttes de tabasco – se révèleront d’une excellente compagnie pour cet indispensable chasselas.
Le vin pourra se garder 4 à 6 ans sans aucun doute. Avec un flacon de ce niveau, on comprend mieux que le Chasselas fut traditionnellement nommé le "Gutedel". Tout comme pour son voisin suisse, plus connu sous le nom de fendant, bénissons les vignerons qui, comme Jean Boxler, nous démontrent année après année qu'il est littéralement "bon" et "noble".
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