Niché au cœur du petit village de Niedermorschwihr, au pied des coteaux escarpés des Grands Crus Brand et Sommerberg, le domaine Albert Boxler rayonne aujourd’hui parmi les meilleurs domaines alsaciens. Loin des "grandes maisons" qui exploitent parfois plus de 100 hectares, le domaine, travaillé en famille, exploite avec rigueur et une extrême précision une quinzaine d'hectares seulement, dont près de la moitié en Grand Cru. Ici, on ne cherche pas à « faire plus de vins » : ce que Jean aime plus que tout, c’est travailler à la vigne. Et il est bien conscient qu’il ne possède pas de don d’ubiquité… ni lui, ni sa fidèle équipe de 5 personnes qui l’accompagne tous les jours sur ces pentes abruptes. A laquelle s’ajoute aujourd’hui son fils, Louis, revenu l’épauler au Domaine fin 2024, une fois son diplôme d’ingénieur agronome en poche.
Si l’on retrouve dans cette très ancienne lignée des vignerons depuis 1672, on doit cependant à Albert Boxler, à la fin des années 1940, d’avoir donné à cette petite propriété familiale le visage qu’on le connaît aujourd’hui. Il décide en effet, dès 1946, de vinifier lui-même ses vins et de les mettre directement en bouteille au domaine, après avoir confié à son cousin, artiste-peintre, le soin d’en dessiner les étiquettes. C’est son petit-fils, Jean, et sa femme Sylvie qui président aujourd’hui aux destinées de ce joyau de Niedermorschwihr. Si son grand-père, au côté desquels il a travaillé jusqu’à ses 17 ans, et surtout son père, Jean-Marc, avaient déjà développé un style et une vision du grand blanc d’Alsace, tout en équilibre, sans laxisme ni excès de technique, porté par une qualité de raisins irréprochables, Jean a poussé encore plus loin la recherche d’une expression à la fois épurée et toujours intense des infinies nuances de ces terroirs granitiques du Haut-Rhin, où se mêlent parfois marnes et calcaires. Il signe aujourd’hui des cuvées que les amateurs aguerris s’arrachent pour leur pureté d’expression, leur extraordinaire finesse et leur vibration minérale à nulle autre pareille.
Ici, les coteaux extrêmement escarpés interdisent toute mécanisation. Les sols sont pauvres, très pentus, et les vignes s’immiscent en profondeur dans les sous-sols cristallins de micas granitiques. Le travail régulier des sols, tel que le pratique Jean et son équipe, relève du sacerdoce : seuls le treuil et la pioche ont leur place ! Mais comme il le dit lui-même : « Partout où il y a des grands vins, il y a du travail ». S’il ne cherche aucun label particulier, Jean Boxler a adopté depuis le début des années 2000 tous les principes d’une culture biologique, s’appliquant finalement à retrouver à la vigne les gestes de ses ancêtres. Il est d’ailleurs bien conscient de la chance qu’il a d’avoir récupéré un vignoble qui n’a jamais été fertilisé. Les rendements sont naturellement faibles, d’autant que l’âge moyen des vignes est élevé et que le vigneron veille à tailler court, à ébourgeonner régulièrement et, au final, à sélectionner uniquement les raisins qui présentent une qualité et une maturité parfaites.
Vinification et élevage sont particulièrement précis : fermentation sur levures indigènes et élevage en foudres, sans bois neuf et sans bâtonnage, pendant 11 mois le plus souvent, y compris pour les plus prestigieux Grands Crus parcellaires. Certaines cuvées vieillissent ensuite un ou deux ans supplémentaires en bouteille. Ici, on aime plus que tout les vins « purs et sincères », sans artifice. Ce que cherche Jean Boxler, c’est de transmettre une vision intime et sensible de l’identité de chaque terroir, à travers des vins intenses et habités, verticaux et cristallins, le plus souvent secs, qui révèlent après quelques années, d’infinies nuances gustatives, soutenues par une trame minérale vibratoire. Car Jean n’a jamais eu le goût pour les vins trop flatteurs, immédiats : ce qu’il cherche, c’est l’épure et l’équilibre, la beauté discrète, sophistiquée d’aromatiques empreintes de sol et de terroir, l’allonge de bouches à la fois fuselées, toujours très délicates dans leur toucher. Vous l’aurez compris, Jean Boxler est un esthète du détail et de la précision.
Alors qu’il signe avec ce splendide 2024, intense et épuré, son 28ème millésime, il n’a rien perdu de son humilité. Lui qui voit chaque nouveau millésime « comme son premier » respire la sagesse de celui qui sait qu’il ne sait rien, ou presque. Celui qui, chaque année, sait qu’il devra s’adapter aux aléas de la nature et à son éternel recommencement. Son credo ? « Aimer ses vignes et faire son travail avec le plus de sensibilité possible, en affinant ses pratiques au fil des ans, en se concentrant encore et toujours sur la qualité ». Quels que soient les caprices météorologiques et les difficultés rencontrées, Jean sait que ‘"la passion, la conviction et l’abnégation finissent toujours par payer".
Fin 2022, Jean Boxler a perdu son père, Jean-Marc, longtemps son mentor, son « meilleur conseiller » comme il le disait souvent, celui avec qui il a pu échanger en toute liberté pendant plus de 25 ans, sur l’état des vignes, leurs besoins, sur le goût des vins, sur ses doutes, ses envies, ses réussites, ses erreurs aussi, sur les évolutions qu’il souhaitait mettre en œuvre.
C’est donc désormais avec son fils, Louis, qu’il poursuit cette exaltante aventure, fil conducteur de nombreuses générations de Boxler. Ce magnifique millésime 2024 nous montre à quel point il a atteint une maîtrise et une compréhension intime de chaque terroir qui forcent l’admiration. Un millésime d’intensité et de précision, d’énergie et de vibration fuselée, qui correspond à merveille au style Boxler et nous rappelle l’extraordinaire millésime 2021. Comme celui-ci, il devrait faire date dans l’histoire récente du Domaine.
Une année pourtant atypique en ces temps de réchauffement climatique et de multiplication des longues périodes de sécheresse et de pics caniculaires, en Alsace comme ailleurs. L’hiver fut très humide mais pas très froid, hormis sur une courte période début mars, qui a permis de retarder le débourrement des vignes. Les précipitations importantes, pendant tout le mois de mai, ont généré un important surcroît de travail en vert, pour maîtriser le développement de la vigne, et, surtout, pour contrôler au mieux les foyers de mildiou. Heureusement, la majorité des terroirs du Domaine, très pentus, caillouteux et drainants, ont également joué leur rôle, évitant tout excès d’eau en surface. La floraison a profité d’une courte période chaude et sèche, début juin, pour se dérouler dans de bonnes conditions.
A la différence d’autres vignobles, plus à l’Ouest, ici, les pluies abondantes n’ont pas perduré pendant l’été, les mois de juillet et d’août se situant parfaitement dans la moyenne en termes de pluviométrie. En revanche, fait notoire par rapport aux deux années précédentes : les températures n’ont pas grimpé en flèche. Si le mois d’août fut assez chaud, on n’a pas connu de pic caniculaire extrême comme l’Alsace en constate de plus en plus souvent. Le temps est redevenu plus frais dès les premiers jours de septembre, permettant de parfaire des maturités très équilibrées, avec de la finesse aromatique, des acidités bien préservées et des niveaux d’alcool potentiels modérés. Autant d’éléments qui collent parfaitement à la recherche des Boxler, centrée sur la finesse, la précision et l’expression pure, ciselée et tonique de chaque terroir. Les vendanges se sont essentiellement déroulées sur la deuxième moitié du mois de septembre.
Si les rendements affichaient des baisses sensibles, l’état sanitaire des raisins était bon. Les jus offraient de beaux équilibres avec beaucoup de finesse aromatique, de la fraîcheur, de l'acidité et une élégance, une sensation de pureté jaillissante qui constituent indéniablement une signature d’un millésime 2024 de haut vol. L’imprégnation minérale et épicée des sols se ressent aujourd’hui avec éclat, donnant aux vins rebond et énergie.
Les coteaux vertigineux des Grands Crus Sommerberg et Brand, et les autres terroirs granitiques ou argilo-calcaires du Domaine, ont donné des blancs subtils, intenses et verticaux, toujours aussi vibratoires dans leur structure de bouche. Un millésime à rapprocher, de notre point de vue, de l’extraordinaire 2021. Bravo ! Profitez de cette vente exceptionnelle pour retrouver quelques pépites des millésimes 2022 et 2023, dans un style un brin plus rond et gourmand, mais tout aussi précis et structuré.
Mais où s’arrêtera donc Jean Boxler, cet infatigable marathonien du beau et du bon ?...
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