Difficile de percer le secret qui permet à Jean Boxler de nous gratifier, année après année, d’un Riesling d’un tel niveau, dépassant de plusieurs têtes sa simple qualification « régionale » ! En cherchant bien, nous trouvons tout de même quelques ingrédients de la mystérieuse "recette"...
Tout d’abord, Jean intègre ici des raisins de vignes situées sur le Grand Cru Sommerberg : jugées encore un peu trop jeunes pour donner leur plein potentiel, elles profitent néanmoins de ce terroir exceptionnel au sommet de la fameuse colline granitique et ajoutent à la profondeur et la complexité de l’assemblage. Jean leur adjoint ceux d’une parcelle du lieu-dit « Pfoeller », où le sol calcaire apporte cette vibration épicée, cette verticalité tout à fait caractéristiques. Une complémentarité dont notre alchimiste de Niedermorschwihr sait tirer le meilleur.
Autre élément-clé pour comprendre la qualité exceptionnelle des équilibres du vin : un travail cultural de grande précision et la maîtrise des rendements, sans oublier, la précision et la finesse des élevages en foudre, au service d’une expression épurée, authentique et harmonieuse du fruit et du sol. Diversité des origines, des sols et de l’âge des ceps, maîtrise et précision absolue des gestes à la vigne et à la cave : nous tenons là quelques clés susceptibles d’expliquer une telle complexité !
Dès le premier nez, l’identité du riesling s’impose avec une élégance éclatante. La maturité des raisins est parfaitement maîtrisée, offrant une palette aromatique d’une grande richesse, oscillant entre la vivacité ciselée des agrumes et la douceur des épices. Après quelques minutes d’aération, des effluves intenses de yuzu, d’écorce de pamplemousse et de limoncello se déploient avec précision, évoquant un grand alsacien, d’une pureté remarquable. Puis viennent des nuances florales et épicées, mêlant la délicatesse de l’eau de rose à la fraîcheur vibrante de la cardamome verte. Une touche de poivre blanc et une pointe de gingembre confit complètent ce bouquet appétant.
Dès l’entame, la texture séduit par son toucher caressant, une onctuosité délicate qui vient se déposer sur le palais avec une sensualité rare. L’équilibre entre tension et gourmandise est remarquable, porté par une acidité précise qui étire le vin. Les agrumes, omniprésents au nez, se déclinent ici avec plus de nuances : l’amertume noble de l’orange sanguine, la vivacité subtilement saline d’un citron confit, la touche exotique du kumquat. Les épices s’invitent avec délicatesse, entre l’anis étoilé, le bâton de réglisse et les graines de fenouil à peine croquées, offrant une fraîcheur persistante. Des notes de verveine et de miel de garrigue s’immiscent en filigrane, prolongeant le plaisir qu’apporte la longue finale, à la pureté d’une eau de roche.
Pour un accord alsacien authentique, ce Riesling s’harmonisera parfaitement avec un munster affiné, relevé d’une touche de cumin, qui mettra en lumière sa tension. Pour une alliance plus iodée, un maquereau grillé accompagné d’une salade de fenouil cru et d’une vinaigrette au curry soulignera ses nuances d’agrumes et d’épices. Avec quelques années de patience, laissez-vous séduire par une cuisine plus généreuse comme un tajine de poulet au citron confit accompagné d’une semoule parfumée à la cannelle.
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