Au fil des années, Jean Boxler a poussé à l’extrême l’exploration des nuances et des spécificités de chaque micro-terroir des Grands Crus Sommerberg. C’est ainsi qu’il a créé ces cuvées parcellaires portant l’initiale de la parcelle cadastrale où elles se situent. Véritable quintessence de l’expression minérale du Riesling, ces cuvées ultra-confidentielles sont devenues iconiques : nous sommes, chaque année, très heureux de pouvoir en partager quelques bouteilles avec vous !
La cuvée D est issue du lieu-dit Dudenstein, qui présente la particularité d’offrir un sol où le calcaire se mêle au granit. Les vieilles vignes, plantées entre 1946 et 1953 sur une parcelle de 80 ares environ, ont eu tout le temps de s’imprégner de cette structure minérale complexe. Exposé au Sud-Est et très précoce, le terroir de Dudenstein donne généralement un vin plus large et puissant que dans les autres parcelles du Domaine, dont le Eckberg.
Inutile de dire qu’ici, sur ces pentes vertigineuses, le travail de la vigne relève du sacerdoce, interdisant de fait la mécanisation. Les Boxler, adeptes depuis longtemps d’une culture biologique, respectueuse de son terroir (bien qu’ils ne revendiquent aucune certification), ne ménagent pas leurs efforts pour obtenir un raisin mûr et concentré, présentant le meilleur équilibre possible entre sucre et acidité. A titre d’exemple, le nécessaire désherbage (sur ce sol très pauvre, on ne cherche surtout pas de concurrence végétale), manuel, représente à lui seul des milliers d’heures de travail…
Le millésime 2023 colle parfaitement à l’identité de ce lieu-dit : cette année, la vigne a donné des jus d’une grande pureté, précis et expressifs, qui transcrivent parfaitement cette empreinte minérale, dans un bel équilibre entre fraîcheur, complexité aromatique et volume.
Dès le premier nez, on est frappé par l’intensité de l’expression du sol. Les parfums évoquant la pierre mouillée après une bonne pluie d’été se mêlent à une puissante note fumée, apportant droiture et profondeur au bouquet. Le citron confit, la bergamote, le citron vert et le zeste de pamplemousse insufflent une fraîcheur tonique et aérienne, enrobée de notes gourmandes, un brin plus exotiques, autour de l’ananas au sirop, la mangue juteuse. On se régale aussi d’un peu de coing, d’une prune Reine-Claude et d’une pêche blanche bien juteuses. La pomme Granny n’est pas loin, rafraichissante, tonique. Des arômes complexes de poivre Timut, de coriandre, de menthe et de gingembre donnent un relief épicé au jus, typique du « Dudenstein ». Des parfums de verveine, de tilleul et de chèvrefeuille ajoutent une touche florale raffinée à ce vin qui brille par l’éclat, la précision et la pureté de gamme aromatique. Vertigineux !
Dès la première gorgée, le vin se montre vibrant et expressif, conjuguant puissance minérale et éclat lumineux du fruit. L’acidité mûre et contenue porte une matière dense, à la texture veloutée mais très énergique. Les agrumes confits évoquant le citron, le pamplemousse et le kumquat électrisent une bouche qui sait aussi se montrer redoutablement gourmande. On se délecte de la sensualité d’une mangue bien mûre, d’un jus d’ananas, d’une pâte de coing et de saveurs de mirabelle. Les touches épicées de poivre de Sichuan, de gingembre frais, de menthe poivrée relancent le milieu de bouche et étirent une longue finale droite, fuselée, à la fois fumée et saline. L’équilibre est magistral.
Ce très grand Sommerberg parcellaire mérite quelques années de cave. Les plus pressés pourront, après un bon carafage, le servir sur un tartare de daurade, un gravlax de truite de Banka de chez Goicoechea à l’aneth ou un poulet à la citronnelle. Après 5 à 8 ans de garde, il sera le compagnon idéal d’un crabe farci, un bar grillé aux salicornes, ou de filets de turbot meunière au beurre blanc. Autre option, une tourte de volaille et champignons au riesling.
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