Le Grand Cru Brand surplombe le village de Turckheim. Avec son sol de granit et son exposition majoritaire au Sud et au Sud-Est, c’est un terroir plutôt chaud et précoce. C’est souvent ici que l’on voit au printemps les premières fleurs apparaître sur les vignes de Riesling.
En outre, la décomposition des granites, dans un sol vivant et non compacté (la qualité du travail des sols réalisé par Jean Boxler et son équipe prend tout son sens), produit des argiles capables de fixer beaucoup de minéraux et de les transmettre à la plante et au fruit.
Ajoutons que le substrat associant micas, feldspath et schistes a un effet réchauffant sur le système racinaire et contribue à la pleine maturation des grappes. Pourtant, sur ce millésime 2022 plutôt marqué par une météo chaude et sèche, si ce n’est les bonnes pluies salvatrices tombées mi-août, la fraîcheur est au rendez-vous : elle accompagne avec grâce et naturel un fruit à la pureté enthousiasmante et une énergie interne aux contours résolument épicés.
Luxe, calme et volupté : et si c’était ça ? Dès le premier nez, on plonge dans des paysages idylliques, de jardins verdoyants, d’éclat lumineux, de lac ou de rivière aux eaux cristallines. On pense à la brillance parfaite d’un diamant. Peu à peu, les notes de pomme Granny, de jus finement acidulé de poire Comice ou de pêche de vigne, de sorbets aux fruits blancs s’entremêlent aux élégants parfums de fleurs blanches et de fleurs d’eau. De discrètes notes anisées percent maintenant ce premier rideau, évoquant cerfeuil ou aneth juste cueillis. L’empreinte minérale subtile, comme une dentelle découpée dans une roche immaculée, donnent de la profondeur à l’ensemble. On plonge maintenant dans des lacs souterrains, au milieu de stalactites et concrétions minérales. Après une longue aération, les agrumes font leur apparition, d’abord discrète, sur le pomelo et la clémentine, puis bien plus affirmée.
En bouche, on retrouve ce fruit gourmand et expansif typique du millésime 2022 : les saveurs de pommes et de poires se mêlent au citron et au kiwi. Mais ici, ce sont bien les épices qui dominent les débats : on retrouve un piment d’Espelette énergisant, un délicat poivre blanc et même le poivre Sichuan. Une trace de curry vert, une pointe de raifort et de baie de genièvre : on ne s’ennuie jamais, pour le plus grand plaisir de nos papilles. L’intensité et la longueur de la finale sont stupéfiantes. Effet « waouh » garanti.
Si vous ne résistez pas à l’idée de le déguster dans sa jeunesse, optez pour une salade d’araignée de mer aux agrumes ou un ceviche de daurade. Mais bien évidemment, le mieux sera de le laisser s’affiner au moins 6 ou 7 ans en cave, avant de le servir sur un homard Thermidor ou un bar en croûte de sel accompagné d'une fricassée de girolles. Attention : grand vin !
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