Fidèle à sa quête perpétuelle d’une rencontre parfaite entre un cépage et un terroir, Jean Boxler a analysé, année après année, chaque micro-parcelle de ses Grands Crus Sommerberg et Brand. Comme pour le Riesling, il a décidé, après une longue période d’observations, de tests et de méticuleux ajustements, de vinifier et d'élever séparément le produit de ses meilleures parcelles de Pinot Gris.
C’est ainsi qu’est née cette cuvée W issue d'une petite parcelle située sur le lieu-dit « Wiptal » où poussent des vignes encore relativement jeunes, même si elles ont aujourd’hui dépassé la vingtaine d’années.
Nous nous situons sur la partie haute du coteau du Sommerberg, autour de 400 mètres d’altitude, où les pentes aux sols très caillouteux sont particulièrement raides et difficiles à travailler. Ce terroir un peu plus frais et tardif donne des pinots à la fois concentrés et incisifs.
Nous le disions déjà à l’époque : 2019 présentait ici toutes les qualités pour rejoindre quelques mythiques millésimes en « 9 », comme 2009, 1989 ou 1959 ! Pourtant, cette année emblématique pour les vins alsaciens avait démarré sous un jour plutôt chaotique, les aléas climatiques ayant apporté leur lot de stress et d’incertitudes. Le printemps particulièrement frais et humide a beaucoup ralenti la croissance de la vigne et retardé la floraison. Puis vient un premier épisode caniculaire dès la fin du mois de juin, pendant lequel les plus jeunes vignes, sur les terroirs les plus arides ont souffert.
Mais, à la différence de 2018, cette année, les périodes de chaleur extrême, fin juin, fin juillet et fin août, ont alterné avec des moments plus frais et quelques épisodes pluvieux, en août surtout, qui ont permis d’éviter des blocages de maturité et de conserver une belle fraîcheur. Au final, les vendanges ont débuté mi-septembre, sous des conditions d’ensoleillement exceptionnelles pour la période. Si les rendements se révélaient plus limités que l’année précédente, les maturités et les qualités des équilibres se révélaient proches de la perfection, en particulier pour le pinot gris.
Après un long élevage suivi d’un vieillissement en cave pendant plus de 3 ans supplémentaires, le vin se dévoile aujourd’hui dans un registre sensuel, dense et gourmand. Le bouquet s’ouvre sur une touche fumée de pierre frottée avant de laisser triompher un fruit mûr et gourmand où l’on retrouve la pomme au four, l’abricot et la mangue rôtie, une note de zeste d’orange confite, une poire pochée aux épices, entre cardamome, poivre gris et baie de genièvre.
En bouche, le vin fonctionne comme une caresse sur la langue avec des arômes de peau d'orange, de mandarine, mais aussi de coulis de poire Williams, de melon de Cavaillon et de mangue, complétés d'une touche d’eau de rose, d'une note de badiane et de quelques évocations d'herbes à tisane plus ou moins citronnées, entre verveine et tilleul. Après l’avoir avalé, il reste la fine amertume du pamplemousse confit, de la pâte de noisette couplée à une trame épicée excitante où l’on croise poivre vert, cumin et ras el-hanout.
En le dégustant à l'aveugle, on s’interroge : ce vin contient-il un peu de sucre résiduel ? On peut le penser quand on le grume, avec ses saveurs suaves et gourmandes de miel d’acacia et d’ananas rôti. Mais les papilles, stimulées par la tension des zestes d'agrumes et la dimension épicée venues du sol, n’en ressortent absolument pas collantes. Peut-être une petite quinzaine de grammes par litre, tout au plus… Ce que l’on retient au final, c’est bien la qualité renversante de ses équilibres.
On brûle de l’associer à une peau de canard laqué à la Pékinoise, ou à une tarte salée mêlant chèvre, poire et noix. Plus osé, il pourra rafraîchir le feu de petits boudins antillais pimentés, juste pochés pour l’apéritif. On pense aussi à un curry Madras d'agneau. Nous vous invitons à le carafer pour s’émerveiller de sa couleur aux reflets évoquant l'ambre et le topaze, et à servir juste rapidement rafraichi pour préserver toute sa complexité aromatique.
Quantité limitée à 3 bouteilles par client.
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