Année après année, Samuel Billaud s’est installé avec une constance remarquable parmi les vinificateurs les plus brillants, précis et inspirés du Nord de la Bourgogne. Il révèle dans des vins intenses, élégants et d’une capacité de garde phénoménale, les nuances infinies des plus beaux terroirs chablisiens. Ces terroirs calcaires kimméridgiens qui font dire au célèbre critique Neal Martin qu’ils peuvent satisfaire « à la fois les sens et l’intelligence » des amateurs, avec des vins « stimulants, sensoriels et cérébraux ». Les vins de ce rare et pourtant difficile à la vigne millésime 2024 dépassent toutes nos attentes et s’imposent avec une assurance sereine parmi les plus grandes réussites de l’année dans le vignoble bourguignon : une réussite virtuose, qui sonne ici comme une évidence, pour ce « vigneron au sommet de son art » pour reprendre les mots de Neal Martin.
Si son propre domaine est encore jeune (il signe sous son nom son premier millésime en 2009), Samuel n’en est pas moins connu de tout ce que la planète vin compte d’amateurs avisés de grands Chablis, droits et racés : il a signé, d’abord sous la tutelle de son grand-père puis seul, pas moins de 25 millésimes de l’ancien domaine familial Billaud-Simon ! Encensé par la critique mondiale pour ses talents de vinificateur, il contribua largement à faire les heures de gloire de ce beau domaine, avant son rachat en 2014 par la maison Faiveley.
Fin connaisseur des subtilités et de l'extraordinaire diversité des terroirs chablisiens, Samuel a démarré en 2008 une petite activité de négoce haute-couture, guidé par une irrésistible envie de voler de ses propres ailes et surtout, d’affirmer un style singulier, tout en profondeur élégante, en équilibre subtil et en nuances minérales. Les vins signés Samuel Billaud, qui a patiemment bâti des relations de confiance avec une poignée de vignerons chablisiens capables de lui fournir un raisin parfaitement sain et mûr, sont très vite remarqués, par la sommellerie des grandes tables en particulier. Le succès est rapidement au rendez-vous, surtout de l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique où des amateurs avertis ont très tôt su repérer ces joyaux.
En 2014, suite à la vente du domaine familial, Samuel a pu enrichir sa gamme en récupérant 4 hectares de vignes, souvent anciennes, sur quelques-uns des meilleurs premiers et grands crus de Chablis, dont Mont de Milieu, Montée de Tonnerre, Séchet ou encore Vaudésir, Les Preuses, Blanchot ou Les Clos. Toujours tourné vers l’avenir et soucieux de se donner les moyens de son ambition, Samuel déménage en 2015 pour une cave plus grande et fonctionnelle, au cœur du village de Chablis (jusque-là occupée par Virginie et Stéphane Moreau-Naudet). Il la restructure et la modernise : il l’équipe de nouveaux pressoirs et de tables de tri lui permettant désormais de ne travailler que par gravité. Préserver l’intégrité et la pureté du raisin, encore et toujours…
Fidèle à une maîtrise rigoureuse des rendements, gage de concentration, de puissance et de complexité minérale, Samuel a développé une approche stylistique extrêmement précise, entre densité texturée, éclat d’un fruit aux équilibres parfaits et vibration minérale, qui s’inscrit de son propre aveu dans la lignée du travail des frères Raveneau. Il s’est affirmé au fil des millésimes comme un adepte d’une fermentation pas trop froide, plutôt en fûts et demi-muids pour ses grands crus : il cherche ainsi à « arrondir le vin », à lui donner un supplément de chair et à renforcer sa complexité aromatique. Il privilégie ensuite des élevages longs sur lies fines (une bonne année pour les « villages » et 18 mois pour les crus) dans des cuves ou de grands contenants de plusieurs vins afin que le caractère boisé s’estompe et que les jus « se minéralisent », soulignant ainsi avec éclat et intensité leur typicité chablisienne. En fin d’élevage, il n’hésite pas à repasser les vins en cuves inox, pendant quelques mois supplémentaires, afin de souligner leur tension et leur fraîcheur.
De toute évidence, ce véritable « bourreau de travail », ultra-perfectionniste, est bien décidé à creuser son sillon, avec rigueur et méthode, à la recherche d’une expression à la fois dense, élégante et intense de chaque terroir. Même sur les millésimes plutôt riches et solaires, qui ont tendance à se succéder dans le vignoble chablisien, Samuel parvient à préserver de somptueux équilibres, avec des aromatiques raffinées, toujours subtiles, des bouches à la fois tactiles et cristallines, dynamisées par cette vibration minérale puisée dans les sols kimméridgiens. La lecture des terroirs est absolument magistrale de précision et d’équilibre. Le Guide Vinous n’hésite d’ailleurs pas à hisser les vins de ce « vigneron un peu magicien » au niveau des deux domaines tutélaires de Chablis, Raveneau et Dauvissat : selon lui, « ses vins exquis n’ont rien à envier à ceux de ces deux adresses mythiques ».
Le millésime 2024 que nous vous présentons aujourd’hui restera bien sûr dans les annales pour les nombreux défis auxquels les vignerons chablisiens ont dû faire face, pratiquement tout au long de la saison, pour des rendements finaux souvent extrêmement faibles. Pour Samuel, les efforts en valaient la peine : il se montrait très heureux du style des vins, lorsque nous les avons découverts en sa compagnie, lui rappelant un peu ses 2014, avec des jus très purs et précis dans leurs contours, portés par une expression minérale vibrante de chaque terroir.
Bien sûr, comme ses collègues, rien ne lui fut épargné à la vigne, entre le gel qui s’est montré particulièrement menaçant autour du 20 avril, la grêle qui s’est manifestée dès le 1er mai, et bien sûr, une pluviométrie que l’on n’avait pas connue ici depuis longtemps, d’avril jusqu’à juillet. Une météo capricieuse qui a perturbé une floraison particulièrement longue cette année, et qui a surtout favorisé le développement et la pression constante du mildiou. C’est un travail de tous les instants qui a permis d’éviter que le champignon n’atteigne les grappes, dans la plupart des parcelles que Samuel travaille. Au final, il estime s’en être pas trop mal tiré par rapport à de nombreux collègues : avec un rendement moyen autour d’une vingtaine d’hectolitres par hectare (soit une baisse de 60% tout de même par rapport à l’année précédente), il tire son épingle du jeu, même si certaines vignes ont davantage souffert, l’amenant à ne pas proposer des cuvées pourtant emblématiques comme Montmains, Fourchaume, Valmur ou Les Clos. Les premiers coups de sécateur ont été donnés le 16 septembre. Bonne nouvelle, l’état sanitaire des baies était bon, et les jus s’annonçaient d’emblée à la fois frais, concentrés et très purs dans leurs aromatiques.
Cette année encore, toute la gamme nous a enchantés par sa précision, son équilibre subtil entre fraîcheur et gourmandise et son intensité d’expression, sa lecture juste et ciselée de chaque terroir. On aime ici le dialogue permanent entre charme et vivacité, et la sensation de pureté qui se dégage de chaque vin. Des vins à la redoutable précision de définition, qui possèdent un potentiel de garde évident : au fil des années en cave, ils continueront à se « minéraliser » et à faire triompher le terroir. La cohérence est parfaite, de l’étincelant et charmeur Chablis, aux impressionnants Grand Crus Les Preuses, Vaudésir ou Blanchot, en passant par un mémorable Montée de Tonnerre à la trame à la fois lumineuse, caressante et fraîche, ou un Séchet à la finesse traçante et l’énergie incomparables. Tout est là, aujourd’hui et pour longtemps : au moins 10 ans de cave ne feront pas peur aux premiers et grands crus.
C’est brillant, racé et délicieusement « addictif », ça semble couler de source… et c’est sur la Route des Blancs ! Un must absolu.
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