Doit-on encore présenter ce 1er Cru de la rive droite du Serein, voisin du Grand Cru Les Clos ? Comme lui, il repose sur un sol de marnes calcaires riches en fossiles marins, les fameuses Exogyra Virgula, qui lui confèrent une droiture et une minéralité d’une intensité remarquable. Montée de Tonnerre incarne tout ce que le chardonnay septentrional peut offrir de plus racé, profondément marqué par ses origines kimméridgiennes.
Samuel exploite ici deux petites parcelles totalisant 60 ares : l’une sur le climat historique de Montée de Tonnerre, l’autre sur le Haut-Chapelot, voisin immédiat des vignes de Raveneau. Âgées d’une cinquantaine d’années, les ceps ont eu le temps de puiser dans ce terroir la dimension saline et pierreuse qui marque leur identité. Pour révéler ce profil, Samuel s’appuie sur un élevage de haute précision, associant environ un quart de demi-muids anciens et une majorité de cuves, sur quinze mois, qui préserve parfaitement la pureté et ‘l’identité de ce cru d’exception.
La robe, d’un or pâle traversé de reflets verts, brille d’une luminosité saisissante. Dès le premier nez, la roche broyée, la craie humide ainsi qu’une touche subtile de cire d’abeille imposent leur empreinte. Les fruits se déploient progressivement, autour d’une poire délicate, de la pêche plate, de l’abricot et de la mirabelle, enrobés d’un voile miellé. L’aération révèle un souffle balsamique où se croisent bergamote, camphre, aiguilles de pin et iode, prolongés par des notes de fruits jaunes plus exotiques – on pense à la mangue ou l’ananas - et d’agrumes confits, orange et mandarine en tête. On devine déjà la promesse d’une complexité remarquable, qui s’épanouira après quelques années.
En bouche, la matière se montre généreuse et expressive. Les agrumes dominent, entre citron vert, pamplemousse, mandarine, mêlés à une fraîcheur herbacée de sauge, de coriandre et d’oseille. La pomme Granny croquante et une touche de prune verte apportent de la vivacité, tandis que des accents poivrés, subtils et variés, se fondent dans l’ensemble. La finale, intense et vibrante, déploie une salinité éclatante, comme si le vin était né sur une pierre calcaire léchée par la mer.
Déjà savoureux après une demi-heure de carafe, il accompagnera à merveille un carpaccio de langoustines aux agrumes ou des tempuras de crevettes au poivre Sichuan, fleur de sel et coriandre fraîche. Dans cinq ans, il aura gagné en profondeur et brillera alors sur une sole aux légumes croquants ou une barbue accompagnée d’une purée de panais et céleri. Plus tard encore, il se hissera à la hauteur d’un turbot servi avec un risotto aux morilles ou un Saint-Pierre nappé d’une sauce hollandaise et servie avec une fricassée de jeunes cèpes.
Un grand Montée de Tonnerre, lumineux et d’une précision saisissante, promis à une longue garde.
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