Nous sommes au cœur historique du vignoble chablisien : sur ce « Mont de Milieu » qui séparait jadis la cité de Chablis, possession des Comtes de Champagne, du village de Fleys, fief des Ducs de Bourgogne, la vigne s’épanouit depuis des siècles grâce au patient travail des moines cisterciens de Pontigny. Rien d’étonnant à cela : ce coteau réunit toutes les conditions idéales. Son sol de calcaires et de marnes kimméridgiennes, pauvre et exigeant, sa pente raide au drainage parfait et son exposition sud-est qui capte chaque rayon de soleil composent un terroir d’exception.
Samuel y exploite une parcelle qui couvre toute la hauteur du cru : les vieilles vignes, âgées de soixante à quatre-vingts ans, s’enracinent dans les parties basse et haute, tandis que la section centrale fut replantée dans les années 1980. L’élevage, mené pendant quinze mois en cuves et en demi-muids anciens, sans bois neuf, préserve l’intégrité du vin. Ce choix met en valeur l’élégance et la précision aromatique de Mont de Milieu, qui rivalise sans peine avec certains des plus beaux blancs de la Côte de Beaune.
La robe, claire aux reflets verts intenses, brille d’une limpidité saisissante. Le nez s’ouvre d’abord sur la grâce florale : fleurs blanches et jaunes, entre frésia, églantine, acacia ou mimosa, blés mûrs, paille dorée, mais aussi de petites fleurs du verger, fraîches et délicates, de pommiers ou de citronniers. Puis viennent les nuances fruitées plus sensuelle, mêlant la chair juteuse d’une pêche jaune, d’un abricot, d’une mangue et d’un melon de Cavaillon à l’éclat des agrumes confits. On pense à une pâte de fruit à l’orange ou à la mandarine. A l’aération prolongée, des notes d’herbes fines apparaissent, apportant une profondeur aromatique singulière, entre coriandre vietnamienne, sauge ou oseille.
En bouche, la matière ample et caressante emplit le palais. La richesse du fruit, autour des fruits blancs et des fruits à noyau, se trouve animée par un élan d’épices, qui rappelle le poivre de Sichuan, le ras el-hanout et les accents safranés. Une vibration minérale et empyreumatique, comme un métal chauffé par le soleil, traverse la chair du vin. L’ensemble conserve en finale une tension vive, équilibrant la densité gourmande par une fraîcheur structurante.
La finale, d’une intensité remarquable, prolonge longtemps le souvenir des agrumes et des épices. Les tanins, parfaitement mûrs, soutiennent une salinité éclatante qui allonge la matière. Déjà savoureux, ce Mont de Milieu révélera toute son ampleur dans quelques années sur une sole grillée accompagnée de quelques girolles, un bar cuit en croûte de sel ou une barbue à l’oseille, puis, après une garde plus longue, sur un rôti de veau aux cèpes ou une blanquette aux champignons. En fin de repas, régalez-vous d’un Langres ou d’un Livarot.
Un grand millésime pour un grand terroir !
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