Installée à Pernand-Vergelesses, au pied de la colline de Corton, voilà déjà quatre générations que la famille Rollin cultive la vigne avec le plus grand soin. Après avoir longtemps vendu leurs raisins à quelques grandes maisons voisines, Rémi Rollin, arrivé au domaine familial en 1976 convainc son père, Maurice, de vinifier et de mettre en bouteille eux-mêmes les récoltes. S’ensuit une longue période de travail acharné dans les vignes, d’acquisition de nouvelles parcelles et de restructuration du vignoble, d’ajustements des vinifications et des élevages…
Au mitan des années 2000, Rémi est rejoint par son fils, Simon, préalablement passé par le Domaine Zusslin, en Alsace, où il a pu se familiariser avec les principes de la bio-dynamie et les pratiques culturales biologiques, mais aussi, à l’autre bout du monde, au célèbre domaine Néo-zélandais, Kumeu River, considéré par beaucoup comme un des hauts-lieux de la vinification du chardonnay… en dehors de la Bourgogne !
Loin de la sur-médiatisation et de la spéculation qui menacent tant de domaines bourguignons, les Rollin ont poursuivi leur chemin avec discrétion, cherchant à « capter le fruit au plus frais » et à exprimer ainsi avec justesse et le moins d’artifice possible l’identité des terroirs de Pernand, mais aussi de Savigny, Aloxe-Corton et Chorey-les-Beaune pour les rouges. Ici, point d’emphase dans le verre mais de l'élégance et de la sincérité. On cherche tout simplement à transmettre la vérité du fruit et de ses origines.
En véritables artisans de la vigne, les Rollin ont également compris depuis bien longtemps que l’équilibre naturel du sol et de la plante devait être absolument respecté si l’on veut qu’il donne son meilleur dans le vin : s’ils ne revendiquent aucun « label », ils conduisent leurs vignes avec le plus grand soin, dans une démarche très respectueuse des sols et de l’environnement, privilégiant travail manuel et intrants biologiques. La vinification se fait le plus naturellement possible, sur des levures indigènes, et l’élevage sur lies, avec très peu de bâtonnage, prend son temps, entre 9 et 15 mois suivant les cuvées.
Voilà pourquoi nous aimons particulièrement les vins du Domaine Rollin. Du simple régional des Hautes-Côtes de Beaune au Grand Cru Corton-Charlemagne, ils illustrent parfaitement ce que la Bourgogne aurait pu (du ?) rester : une terre de grands vins de terroirs, à la fois subtils et concentrés, élégants et minéraux, faits pour vieillir quelques années en cave et surtout pour être bus ! Les Rollin restent indéfectiblement attachés à cette approche, et veillent à pratiquer des prix raisonnables.
Chez les Rollin, l’ancrage dans le terroir n’est pas un slogan mais une réalité profonde, qui traverse les générations. Ce terroir de la colline de Corton, plus frais et tardif, que la succession récente de millésimes très solaires, précoces a pu parfois faire passer un peu au deuxième rang derrière l’éclat incroyablement gourmand du fruit. Sur ce rayonnant millésime 2022, Simon Rollin signe une collection de Pernands, et bien sûr un Corton-Charlemagne, aux équilibres d’école. Lorsque l’identité parfaitement captée d’un millésime précoce entre en résonance avec l’essence d’un terroir, alors on touche le Graal : ses blancs marient avec bonheur des aromatiques à la fois sensuelles et fraîches, une belle profondeur de bouche, avec cette intensité minérale, cette énergie épicée typiques de la colline de Corton.
Hormis un épisode caniculaire très tardif, fin août et début septembre, la saison 2023 fut bien moins marquée par des phénomènes extrêmes que bon nombre d’années récentes. Une saison qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements généreux.
Une probable abondance qui a conduit les Rollin, comme beaucoup de leurs confrères, à pratiquer des vendanges en vert, afin de veiller à limiter la charge par pied et de s’assurer de bonnes maturations et d’une concentration suffisante des baies. D’autant que l’été ne se montrait pas particulièrement chaud et ensoleillé. Mais tout a changé après le 20 août, comme si une nouvelle saison commençait. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et les niveaux de sucre. Un phénomène amplifié par une bonne pluie orageuse le 28 août.
Au final, les Rollin ont démarré les vendanges le 8 septembre, avec leurs pinots, plus sensibles à ces très fortes chaleurs. Les chardonnays ont été coupés jusqu’au 16 septembre. Finalement, les rendements, plutôt généreux mais pas excessifs, étaient équivalents à ceux de l’année précédente. Les jus étaient expressifs, concentrés et parfaitement équilibrés dans leur rapport sucre-acidité, offrant des degrés d’alcool potentiel autour de 13°.
Côté vinification, Simon est resté fidèle au style maison, avec des élevages en fûts et demi-muids. Selon le millésime, il n'hésite pas, bien sûr, à s'adapter et à opérer des évolutions millimétrées, en particulier sur la proportion de bois neuf et sur la fréquence et l’intensité des bâtonnages. En 2023, conscient de la richesse naturelle des jus, il a limité le remuage des lies.
Pernand ou Corton, les vins offrent aujourd’hui un équilibre souverain entre rondeur fruitée, élégance florale et cette sensation de fraîcheur et d’énergie si caractéristique de ce superbe millésime 2023, très grand millésime sur la Côte de Beaune. L’imbrication entre le fruit, sensuel, gourmand, et la tension minérale, aux contours souvent épicés et salins, est juste parfaite.
Dans les traces de son père Rémi, Simon Rollin enchaîne les réussites avec une régularité exemplaire. Bravo.
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