Le nom des Carillon est avec quelques autres, comme Leflaive et Sauzet, indéfectiblement lié à l’histoire et la renommée mondiale du vignoble de Puligny-Montrachet. Figurez-vous qu’un certain Jehan Carillon était déjà vigneron à Puligny en 1520 !... C’est à partir des années 1960, sous l’égide de Louis Carillon, père de Jacques et François, que ce domaine d’une dizaine d’hectares à l’époque démarre son irrésistible ascension vers les sommets de la Bourgogne. Le domaine abandonne la polyculture, affirme sa spécialisation dans le chardonnay, s’engage très tôt dans une culture raisonnée, opte pour des vendanges manuelles (alors que la mécanisation est en vogue à l'époque). Louis choisit de vinifier et d'élever les vins au Domaine, pratiquant dès le début des élevages longs de 18 mois environ. N'oublions pas qu'en ces temps ses confrères sont encore très nombreux à préférer la vente des raisins au négoce Beaunois. La légende Carillon est en marche et le succès international est rapidement au rendez-vous.
L'année 2010 marque une étape importante dans l’histoire des Carillon : le domaine historique est partagé entre les deux frères, chacun cultivant désormais ses propres vignes. Jacques, qui vinifiait déjà depuis longtemps les vins du Domaine, a ainsi pu créer son domaine, qui compte à peine 5 hectares, quasi-exclusivement situés sur les meilleurs climats du finage de Puligny-Montrachet, comme Champs-Canet, Perrières ou Referts. Les vignes, d’une quarantaine d’années en moyenne, s’immiscent en profondeur dans les sols bruns calcaires et les bans de marnes argileuses. L’exposition majoritaire à l’Est et au Sud-Est garantit au chardonnay des conditions optimales de maturation.
Le style de Jacques Carillon est empreint d’un certain classicisme, cherchant à transmettre dans ses vins cet équilibre entre intensité racée, verticalité et sophistication minérale caractéristique des terroirs de Puligny. Tout est fait pour mettre en avant l'expression du sol : un maximum de 15 à 20% de fûts neufs, y compris pour le rarissime Grand Cru Bienvenues-Bâtard-Montrachet, pour ne pas trop marquer les vins, la recherche d'une maturité juste, qui vise à conserver l'acidité, car c'est elle qui fait le mieux chanter la pierre et le sol.
Après 12 mois passés en fût, les vins sont mis en masse dans des cuves inox pour six mois supplémentaires, ils s'y affinent encore et y atteignent une parfaite cohérence, tout en conservant un maximum de fraîcheur. Finesse, élégance, fraîcheur, complexité et minéralité, voilà le tableau de bord de Jacques Carillon, millésime après millésime, avec pour objectif de bâtir de grands vins de garde et de terroir.
Malheureusement, la production du Domaine est extrêmement réduite, surtout lorsqu'on la met en perspective de la notoriété et de l'engouement planétaire pour ses vins, véritables parangons de ce que doit être un grand Puligny-Montrachet intemporel et d’un noble classicisme.
Une rareté que les conditions du millésime 2024 ont encore accentuée, les rendements finaux affichant cette année une baisse comprise entre 20% pour les villages et 50% pour les vieilles vignes des premiers crus.
Alors que la saison 2023 avait été relativement « tranquille » à la vigne, il en fut tout autrement en 2024. Une année de défis, mais qui a donné des jus aux maturités plus fraîches, tardives, qu’affectionne tout particulièrement Jacques Carillon. La promesse d’un beau millésime aux équilibres « classiques », moins « épais et solaires » que certains prédécesseurs.
Tout avait pourtant bien commencé, avec un mois de janvier assez froid, recouvrant la vigne dormante d’un manteau de givre étincelant. Les pluies régulières de l’hiver ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Si la sortie de grappes est relativement modeste, après deux années successives très généreuses, c’est surtout la pluviométrie importante qui perdure pendant tout le printemps et même au mois de juillet qui va poser le plus de problèmes à la vigne. Elle s’accompagne d’un temps assez frais et d’une pression constante du mildiou. Il a fallu tout au long du printemps contrôler le développement incessant des couverts végétaux et lutter sans faiblir pour contenir les foyers de mildiou. En outre, le temps perturbé au moment de la floraison a gêné celle-ci, surtout sur les vieilles vignes de coteau, en premiers crus, où Jacques n’a pu que constater les dégâts des coulures et filages.
Ce n’est qu’à partir de la fin juillet qu’un temps beaucoup plus clément et lumineux est revenu, durablement cette fois. Les températures grimpaient, mais sans excès, tandis que les premiers jours de septembre offraient des conditions idéales avec une bonne amplitude thermique entre des journées bien ensoleillées et des nuits plus fraîches. De belles conditions pour que les maturités progressent lentement et régulièrement, en préservant de beaux équilibres entre sucres, fraîcheur aromatique et acidités. Jacques et ses équipes ont donné les premiers coups de sécateur le 14 septembre, par un temps magnifique, jusqu’au 20. Au final, si les rendements affichaient des baisses sensibles, les jus offraient beaucoup d’éclat, de raffinement aromatique et d’énergie. Et les degrés d’alcool potentiels, autour de 13°, étaient pleinement satisfaisants.
Le résultat est superbe aujourd’hui : plus ronds, structurés et charmeurs que les 2021, mais avec cette trame de vivacité, de finesse et de fraîcheur qui leur donne un formidable rebond en bouche, toute la gamme brille parmi les très belles réussites du millésime sur la Côte de Beaune. Chair fuselée et juteuse, tension, acidité juste, persistance minérale, il ne leur manque rien pour briller sur une ou deux décennies, voire bien plus pour les crus !
Rare et incontournable.
Attention les vins seront expédiés à partir du 15 juin 2026.
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