« Nouvel Eldorado du chardonnay », « Renouveau du Mâconnais », «Effervescence en Bourgogne Sud»… Le vignoble du Mâconnais fait l’objet depuis pas mal d’années déjà de nombreux éloges et permet de hisser le Sud de la Bourgogne au rang des régions viticoles les plus passionnantes de l'époque. Jean-Philippe et Jean-Guillaume Bret, du Domaine La Soufrandière, pourraient à eux-seuls illustrer cette renaissance tant leurs vins, très prisés, impressionnent par leur éclat, leur profondeur et leur équilibre… sans parler de leur capacité à gagner encore en complexité au fil des années de garde.
C’est pourtant seulement en 2000 que les frères Bret reprennent le domaine familial de Vinzellles, créé en 1947. Jusqu’en 1998, les raisins étaient encore vendus à la cave coopérative. Jean-Paul Bret prépare alors le retour de ses fils au Domaine et se retire progressivement de la coopération. A l’arrivée de ses enfants, la globalité des raisins sera mise en bouteille au domaine. Le vignoble est très vite converti à l’agriculture biologique puis à la biodynamie et labellisé Demeter dès 2006.
Une culture qui « tombait sous le sens » pour les frères Bret, profondément guidés par le respect du vivant, l’amour du terroir et cette volonté que chaque vin révèle son origine. Dès le départ, leur maîtrise de la vinification et de l’élevage (sans bois neuf) a impressionné les dégustateurs les plus avertis, et ne s’est jamais démentie depuis. Il faut dire que les frères Bret n’ont pas hésité à multiplier les expériences, tout au long des années 1990, avant de se décider à reprendre le domaine familial : ce sera la Californie, mais aussi des passages très formateurs chez deux des plus grands vinificateurs du chardonnay bourguignon, Jean-Marie Guffens et Dominique Lafon.
Dès le début des années 2000, les premiers millésimes signés par Jean-Philippe et Jean-Guillaume sont très vite repérés par ce que la planète vin compte de critiques et autres amateurs passionnés. La gourmandise, la richesse maîtrisée, l'énergie interne et la qualité des équilibres de leurs blancs font d’emblée l’unanimité ou presque.
Loin de se reposer sur leurs lauriers, ils ont continué, ces dernières années, à avancer, à se donner les moyens d’explorer et de magnifier de nouveaux terroirs. Ils ajustent sans cesse leurs pratiques culturales, toujours résolument inscrites dans la bio-dynamie. Depuis 2016, ils ont largement recours au travail des sols au cheval, soucieux d’éviter de trop les tasser et d’en préserver au maximum la vie microbiologique et les équilibres organiques des sols. Dernière expérimentation en date, menée avec succès, l’utilisation de petit lait dans les vignes pour améliorer la lutte contre oïdium et mildiou.
Les frères Bret continuent, en parallèle, d’ajuster leurs vinifications (avec une diminution notoire des doses de soufre utilisées, jusqu’à l’élaboration des déjà fameuses cuvées « Zen » vinifiées sans soufre si ce n'est à la mise en bouteille) et leurs élevages, toujours plus longs et subtils. Ils ont investi ces-dernières années dans l’acquisition d’œufs béton pour élaborer leurs délicieuses cuvées « Ovoïdes »…
Nouvelles caves enterrées inaugurées en 2012, reprise en 2016 de plusieurs magnifiques parcelles, depuis longtemps cultivées en bio par le précédent propriétaire, sur quelques-uns des meilleurs terroirs de Saint-Véran et Pouilly-Fuissé, extension en 2017 du fameux « Tinailler » de la Soufrandière (leur cuverie) pour permettre d’approfondir encore la vinification parcellaire et d’allonger les élevages… Bref, vous l’aurez compris, avec Jean-Philippe et Jean-Guillaume, l’histoire s’écrit au présent et au futur, pour notre plus grand bonheur.
En 2022 et 2023, les frères Bret enchaînent les réussites et nous montrent à quel point leurs vins sont solidement installés au sommet de la hiérarchie bourguignonne. Après un millésime 2021 atypique à bien des égards, avec ces maturités tardives et ses rendements en berne, les deux années suivantes ont renoué avec un profil plus solaire et précoce, devenu la norme dans le Sud Bourguignon depuis pas mal d’années déjà.
Après un hiver assez doux, le printemps 2022 s’est montré particulièrement chaud et sec, avant un mois de mai où le thermomètre flirtait souvent avec 30°. La floraison, très précoce, s’est déroulée dans des conditions idéales d’ensoleillement, jusqu’à la fin du mois de mai. Le mois de juin fut ensuite marqué par une succession d’épisodes orageux : si certains secteurs ont pu être touché par la grêle, ce ne fut pas le cas du vignoble de La Soufrandière. Bonne nouvelle au contraire : les nombreuses averses ont permis de reconstituer des réserves hydriques qui s’avèreront bien utiles pour affronter un été chaud et sec. Les mois de juillet et d’août ont vu la canicule s’installer durablement. Des conditions extrêmes qui ont montré encore une fois les bienfaits d’une viticulture biodynamique, préservant la vie organique des sols, pour aider la vigne à résister et à trouver en profondeur les ressources nécessaires à la progression régulière des maturités. A la veille des vendanges, les frères Bret étaient heureux de constater que les feuillages étaient encore très beaux et les grappes magnifiques. La promesse d’une récolte plutôt généreuse et, surtout, très qualitative dans ses équilibres et sa richesse aromatique.
En 2023, les vignes ont bénéficié de pluies importantes au printemps. Des réserves hydriques qui se révéleront très précieuses par la suite. Comme à l’accoutumée, l’hiver fut particulièrement doux, entraînant un débourrement précoce des vignes avec les risques afférents en cas de gel. Heureusement, cette année, l’alternance de journées ensoleillées et d’autres plus froides et pluvieuses, a limité les gelées et leur intensité. A nouveau, le printemps a surtout été marqué par des températures élevées entraînant un développement rapide de la vigne et une floraison précoce. La sortie de grappes, fort prometteuse, laissait présager un millésime généreux. Juillet et la première partie du mois d’août offraient un profil chaud et ensoleillé, mais pas caniculaire.
C’est à partir de la fin du mois d’août qu’une canicule tardive s’est installée. Branle-bas de combat : il a fallu organiser les vendanges avec précision et réactivité, essentiellement dans la première moitié du mois de septembre. Toutes les parcelles n’ont pas réagi de façon homogène à cette brutale montée des températures : sur certains terroirs, ces conditions ont accéléré les processus de maturation des raisins, tandis que sur d’autres, au contraire, il a plutôt fallu s'adapter à des blocages de maturités. Au final, les frères Bret ont cueilli des fruits à leur optimum de maturité, avec des équilibres proches de la perfection.
A la dégustation, les cuvées se révèlent à la fois charnues et incisives, très expressives sur le plan aromatique, animées d’une énergie interne que la bio-dynamie contribue à révéler. L’empreinte de chaque terroir est interprétée avec naturel et virtuosité, tantôt lascive, tantôt épicée, tantôt saline et iodée… Deux très belles collections qui confirment la régularité du Domaine parmi l’élite de la Bourgogne. Pour reprendre les mots de la Revue du Vin de France, « les vins de la Soufrandière brillent aujourd'hui au firmament du Mâconnais ! » On approuve sans réserve.
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