C’est au cœur du berceau ardéchois de l’appellation Saint-Joseph, à Mauves, que Bernard Gripa et désormais Fabrice, son fils, élaborent depuis près d’un demi-siècle des Saint-Joseph absolument incontournables, sensuels et intenses. Quant à leurs deux cuvées de Saint-Péray, Les Pins et Les Figuiers, elles sont devenues, au fil des millésimes, les porte-étendards de cette petite appellation qui marque la limite méridionale du Rhône Nord, et présente la particularité de ne produire que des blancs.
Issu d’une lignée de vignerons dont on retrouve des aïeux travaillant les vignes dès le 17ème siècle, Bernard Gripa fut l’un des acteurs majeurs du renouveau de ces deux appellations, décidant dès le milieu des années 1970 de mettre en bouteille directement au Domaine, chose rare à l’époque. Autre singularité « historique » dans cette région où la syrah est reine, le domaine produit autant de blancs que de rouges.
Les Gripa possèdent en particulier plus de 4 hectares de vieilles vignes au cœur de l’appellation Saint-Péray, d’où sont issues les cuvées Les Pins et bien sûr Les Figuiers, référence absolue pour tous ceux qui veulent apprécier le mariage des cépages emblématiques de l’appellation, marsanne et roussanne, et d’un grand terroir à dominante calcaire. Sur ces pentes prononcées, souvent aménagées en terrasse et dominées par l’éperon calcaire de la colline de Crussol, point de mécanisation, mais un travail respectueux de l’identité du terroir, qu’il soit purement calcaire ou qu’il mêle granite et calcaire.
Du côté de Saint-Joseph, en revanche, si le climat et la géographie des lieux sont assez similaires, la géo-pédologie diffère : ici, le granit est roi ! Les Gripa ont la chance d’exploiter leurs parcelles dans ce qu’ils nomment eux-mêmes le « berceau », désignant ainsi le cœur historique de la célèbre appellation, entre Mauves et Tournon, du côté du lieu-dit Saint-Joseph. En Saint-Péray comme en Saint-Joseph, le travail des sols est régulier et l’apport de compost organique une pratique déjà ancienne, visant à préserver leurs équilibres microbiologiques.
Fabrice perpétue avec une maîtrise impeccable la tradition d’excellence du Domaine, et élabore sous l’œil expert et bienveillant de son père, des blancs racés qui trouvent un beau point d’équilibre entre le gras, la rondeur et la richesse aromatique des vins rhodaniens, et cette fine trame acidulée ou amère qui donne la fraîcheur et la tension que l’on attend d’un grand vin. Par petite touche mais avec constance, Fabrice a encore affiné le style des vins, en particulier pour les élevages où la part des demi-muids, plus grands, est en constante augmentation et la part de bois neuf, en constante diminution pour les blancs (pas plus de 10 à 15% aujourd’hui).
Ici, plus que la puissance, on cherche la finesse d’expression du fruit et de la minéralité venue des sols, ainsi qu’une vraie capacité de garde. Les blancs signés Gripa, qu’ils soient à majorité de marsanne ou de roussanne, évoluent parfaitement bien sur au moins 10 ans. Ils ne cessent de gagner, au fil des années, en complexité et en relief épicé. Une recherche qui atteint aujourd’hui pleinement son but, avec une succession de millésimes brillants.
Venons-en à ce millésime 2024 qui nous a franchement ravis, par sa précision, sa fraîcheur, par son équilibre d’école entre éclat du fruit et empreinte minérale vibrante et sapide. Après une série de millésimes beaucoup plus solaires dans leur profil, les blancs possèdent un élan absolument irrésistible.
Cette saison 2024 ne fut clairement pas de tout repos à la vigne, avec une météo capricieuse et particulièrement arrosée, pratiquement jusqu’en juillet, et un surcroît considérable de travail à la vigne, sur ces vertigineux coteaux, souvent aménagés en étroites terrasses, où tout doit se faire manuellement, même les traitements, à dos d’homme. Un millésime qui a aussi, encore une fois, montré la résilience de la vigne qui a su puiser dans ses ressources, aidée en cela par la faible charge de grappes par pied, pour donner des raisins d’une belle concentration.
Les abondantes pluies printanières, parfois accompagnées d’épisodes de grêle, n’ont pas rendu les choses faciles sur coteaux de Tournon ou de Mauves. Pratiquement jusqu’à mi-juillet, les foyers de mildiou menaçaient de s’installer et de s’étendre. Toutes les équipes étaient sur le pont pour mener un travail minutieux alternant traitements préventifs, bio évidemment, et une gestion ajustée, pied par pied, du développement foliaire. Heureusement, le mistral, omniprésent cette année, a aussi permis d’assécher et d’assainir l’atmosphère, et ainsi, de limiter un peu les dégâts.
Au cœur de l’été, l’atmosphère s’est nettement réchauffée : le mois d’août a vu le retour d’un soleil rayonnant, qui a redonné le sourire aux équipes. D’autant que les températures bien qu’élevées, restaient raisonnables pour la région, ne menaçant pas la progression des maturités. Fin août et début septembre, le vent du Nord a permis d’avoir de belles amplitudes thermiques entre le jour et la nuit : des conditions idéales pour permettre à la marsanne et la roussanne de parfaire leurs maturités phénoliques, leurs qualités aromatiques, tout en préservant de belles acidités, annonciatrices de finesse et de fraîcheur dans les vins. Les vendanges ont finalement démarré mi-septembre, sous des conditions idéales : malgré des rendements faibles, Fabrice Gripa et ses équipes ont vite compris au moment des premiers coups de sécateurs qu’ils tenaient là la promesse d’un beau millésime de blanc, tout en fraîcheur, en équilibre et en raffinement aromatique, rappelant quelques grandes années de la décennie 2000 en particulier.
Le résultat est bluffant de précision, d’équilibre entre éclat du fruit, délicatesse florale et tension minérale. Une gamme de Saint-Péray et Saint-Joseph au sommet.
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