C’est au cœur de la vallée de la Moselle que se niche le village de Brauneberger (anciennement nommé Dusemond), haut lieu historique de la viticulture mosellane. La famille Haag, considérée à juste titre comme un des plus grands orfèvres du Riesling de tout le vignoble allemand, y cultive la vigne depuis le début du 17ème siècle. Cela fait en effet bien longtemps que les amateurs de grands rieslings savent que les pentes vertigineuses de la rive gauche de la Moselle forment un écrin idéal pour le précieux cépage : l’exposition plein Sud, l’humidité apportée par la rivière permettant au botrytis de se développer, et surtout ces sols d’ardoises détériorées, plus ou moins profonds, permettent au raisin d’atteindre de haute maturité tout en conservant une étonnante fraîcheur et une rare intensité minérale.
Pendant près de 50 ans, Wilhem Haag, fils de Fritz, a fait rayonner les vins du domaine familial et plus globalement ceux de la Moselle – au côté d’autres maîtres comme Egon Müller ou Manfred Prüm – parmi les plus grands blancs de la planète, dotés d’un potentiel de vieillissement hors-norme. Après avoir présidé pendant près de 20 ans le groupement des meilleurs producteurs mosellans et avoir régulièrement été désigné « Vigneron de l’année » par plusieurs guides de référence allemands, Wilhem a progressivement passé la main, depuis 2005, à son fils Oliver. Œnologue formé à la célèbre université de Geisenheim, Oliver a fait ses armes aussi bien en Afrique du Sud que du côté de la Nahe, chez un autre grand vigneron allemand, Helmut Dönnhoff. Oliver voue également une admiration sans borne aux grands « artisans-vignerons » de la Bourgogne, pour leur capacité à sublimer dans leurs vins l’identité de chaque terroir tout en inscrivant leur pas, avec respect, dans une histoire multi-séculaire.
La vingtaine d’hectares du Domaine occupe le secteur du Juffer (avec, au cœur, le fameux grand cru Juffer Sonnenuhr), sur des pentes abruptes atteignant par endroit 80% de déclivité, et interdisant bien sûr toute mécanisation. Oliver maintient le même niveau d’exigence que son père, centrant tout le travail de son équipe sur le respect du fruit jusqu’à son arrivée dans la cuverie. Bien conscient qu’il n’y a pas de grand vin sans grand raisin, il est passé maître dans l’art de cueillir à parfaite maturité, aussi bien pour ses vins secs que pour ses splendides déclinaisons de vins tendres ou moelleux. Il a également adapté ses élevages (mêlant cuves, foudres et fûts), à la recherche du meilleur équilibre entre fraîcheur, onctuosité et cette vibration minérale et saline typique des sols d’ardoises. Au final, comme son père avant lui, il livre, millésime après millésime, des expressions particulièrement élégantes, lumineuses et intemporelles du riesling mosellan.
Après un millésime 2021 tout à fait atypique sur le plan climatique, avec son été frais et ces maturités tardives, ayant rappelé les plus grands millésimes des années 1970 et 1980, surtout pour les iconiques sélections de grains nobles (BA et TBA), fierté de la famille Haag, l’année 2022 offrait un profil météorologique radicalement différent. Ce qui a frappé les esprits, dans le vignoble mosellan, c’est avant tout la chaleur et surtout la sécheresse qui a sévi pendant une bonne partie de l’été.
La saison a démarré assez précocement, avec un printemps lumineux, doux, et déjà marqué par un relatif déficit hydrique, sur ces pentes abruptes aux sols d’ardoises typiques. La floraison fut rapide et la sortie de grappes prometteuse, sous d’excellentes conditions d’ensoleillement. Chaleur et sécheresse se sont ensuite installées tout au long du mois de juillet et d’une partie du mois d’août. Si l’on n’a pas connu autant de pics caniculaires extrêmes qu’en 2018 ou 2019, les températures ont parfois flirté avec les 40°, réchauffant les sols bruns et pierreux du Brauneberg.
Oliver Haag a vite compris qu’il fallait, dans ces conditions absolument limité les rendements, au risque que les vignes s’épuisent à tenter de faire mûrir trop de grappes avec si peu de ressource hydrique. D’importantes vendanges en vert ont eu lieu fin juillet et début août, pour ne garder que les plus belles grappes, les plus prometteuses. Si les plus jeunes vignes de riesling ont souffert du stress hydrique, les plus âgées, très majoritaires dans le patrimoine viticole de la famille Haag ont encore une fois montré leur extraordinaire résilience, leur capacité à s’adapter à des conditions extrêmes et à modifier leur métabolisme en conséquence. Les maturités ont ralenti, comme si la vigne se mettait en mode "économie d'énergie".
C’est bien l’autre grande surprise de ce millésime que l’on imaginait riche et précoce, à la façon de 2018. En réalité, les raisins ont su conserver une fraîcheur, une finesse d’expression, un croquant absolument insoupçonnables quelques semaines avant les vendanges. Les blocages de maturité, en août, ont en effet permis d’éviter une montée trop rapide des sucres. Le temps a ensuite totalement changé, avec l’arrivée de pluies importantes en septembre. Ce fut alors un tout autre travail qui attendait, à la vigne, Oliver et ses équipes : il s’agissait maintenant de tout faire pour protéger les raisins de l’arrivée tardive de maladies cryptogamiques ou de phénomènes de pourriture grise. Gestion foliaire, nouveau tri des baies : les équipes n’ont pas chômé ! Les températures plus fraîches ont en revanche permis aux maturités de bien reprendre, tout en préservant de belles acidités.
Oliver a finalement décidé de donner les premiers coups de sécateurs le 18 septembre. Les vendanges se sont étalés sur près d’un mois, jusqu’aux sélections de baies pour les Auslese, mi-octobre. L’arrivée de nouvelles pluies importantes n’a en revanche pas permis d’aller plus loin dans des sélections tardives de grains nobles cette année (BA et TBA). La qualité des équilibres a vraiment surpris Oliver : des équilibres fins et frais, autour d’un fruit croquant et délié, loin de toute opulence que l’on prête généralement à des millésimes solaires. Si bien que les vins se révèlent d’ores et déjà très expressifs et parfaitement en place dans leur jeunesse.
Au final, le résultat est enthousiasmant, en sec comme en demi-sec ou en moelleux. Il y a tout : la chair délicate et juteuse, la tension et l’acidité expressive, la subtilité aromatique, l’empreinte intense, épicée et toujours très nuancée des sols d’ardoise, la finesse et la complexité.
Cerise sur le gâteau, nous avons réussi à obtenir du Domaine quelques rarissimes flacons de Juffer Trockenbeerenauslese, cet elixir liquoreux qui fait la légende des Haag. Un joyau d’intensité, un concentré de volupté et d’énergie, qui compte parmi les vins les plus précieux d’Allemagne, au côté de ceux d’Egon Müller. Sur un millésime 2017 considéré par le célèbre critique Stephan Reinhardt comme "le millésime de sa vie pour Oliver Haag". Avis aux collectionneurs : les disponibilités de ces flacons de légende sont ultra-limitées.
Majeur !
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