Nous voici au cœur du vignoble de la famille Haag, sur la parcelle reine du Juffer Sonnenuhr. Comme son nom l’indique (on pourrait traduire Sonnenuhr par « cadran solaire »), ce terroir est certainement le plus solaire de tout le grand cru Juffer : il occupe une position privilégiée, dans la partie la plus pierreuse et pentue du Brauneberg, aux sols profonds d’ardoises bleues du Devonien qui vont donner au riesling à la fois sa fraîcheur et cette profondeur minérale hors-norme.
En 2020, Olivier Haag a vu beaucoup de raisons de se réjouir d’un millésime quasiment aussi chaud et solaire que 2018 ou 2019 mais qu’il a choisi de vendanger plus tôt pour préserver fraicheur et légèreté. En effet, ce millésime 2020 a révélé des fruits certes bien mûrs mais qui offraient une finesse rarement vue ces dernières années. Les quelques vins doux, particulièrement élégants, élaborés en 2020, proviennent d’ailleurs de raisins sur-mûris, bien plus que du botrytis. Les blancs secs rafraichissants et légers en alcool possèdent une intensité bluffante. La Moselle centrale tire particulièrement bien son épingle du jeu avec quelques joyaux dont les vins des terroirs de Brauneberg en général, et de Juffer Sonnenuhr en particulier. Elégance et fraîcheur : tels sont bien les maître-mots en 2020 !
Au préalable, et pour en apprécier la beauté et la profondeur, il est indispensable d’aérer ce vin. Le cœur battant d’un fruit mûr et resplendissant monte par volutes régulières. Flottant parmi ces notes de fruits blancs et de fruits à noyau, on distingue assez vite l’ortie, la chlorophylle et la badiane. Une couche mince mais compacte qui constitue le premier étage de cette fusée mosellane. Le jus tonique des agrumes surgit ensuite : il nous semble percevoir la mandarine et un peu de pamplemousse rosé. On ne s’arrête pas en si bon chemin, le vin nous offre maintenant des notes charmeuses d’abricot et de massepain. Si le tout semble crémeux, il tournoie cependant autour d’un cœur ramassé, vif et tendu. Le nez danse au son entraînant d’une mélodie du bonheur.
La bouche incisive, vive et tendue, propose de prime abord une lecture sans circonvolution. Après la tension schisteuse vient cependant, en contrepoint idéalement ajusté, une forme de langueur suave, apportant au milieu de bouche le moelleux d’un abricot confit et d’une pâte d’amande. Les élevages discrets, pour moitié en cuves, pour moitié en foudres, préservent le grain porté par une minéralité salivante, par une pierre qui nous semble ferrugineuse. On revient avec plaisir vers ce milieu de bouche dynamique, et perpétuellement à la relance, pour se délecter maintenant de citron, de thé vert et de verveine. Il est un vin puissant, à la fois enrobant et tendu, qui vous tient en haleine de longues minutes. On ne peut être qu’ébaubi par tant de finesse et de relief. On contemple ce vin nervuré et complexe comme on le ferait avec Les mains priant d’Albrecht Dürer. C’est dire la révélation qui vous attend.
La puissance de ce Grand Cru du Sonnenuhr accompagnera parfaitement la texture et la fraicheur d’un Saumon gravlax. Il viendra tout autant contrecarrer les fins amers et la légère acidité proposés par un bar ou un turbot poché avec un beurre d'agrumes. Il en ira de même avec un Tajine de poisson au citron confit. Un grand vin de gastronomie !
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