Déjà 6 générations que la famille Matrot cultive la vigne entre Meursault et Puligny-Montrachet et contribue largement au rayonnement des grands blancs de la Côte de Beaune. Au fil des années, le Domaine s’est doté d’un patrimoine viticole exceptionnel, qui compte aujourd’hui plus de 20 hectares, dont l’essentiel se situe à Meursault, et, en particulier sur les premiers crus Charmes, Blagny et Perrières. Un superbe patrimoine qui s’étend aussi, pour les blancs, sur quelques-uns des meilleurs terroirs de Puligny, du côté des Combettes et des Chalumeaux en particulier.
Thierry Matrot fait partie depuis longtemps de l’élite des vignerons murisaltiens, peut-être moins célèbre qu’un Dominique Lafon ou un Jean-François Coche-Dury, mais tout aussi respecté. Infatigable ambassadeur des terroirs de Meursault, il n’est pas pour rien dans la reconnaissance planétaire des vins du célèbre village de la Côte d’Or. Cette admiration que lui vouent aujourd’hui experts et amateurs avisés, il la doit à l’extrême précision de ses vins, leur remarquable pureté d’expression et à leur fantastique capacité au vieillissement.
Loin des modes, qui vont et viennent, Thierry Matrot est toujours resté fidèle, depuis ses débuts en 1983 et jusqu’à sa retraite bien méritée en 2016, à un style tout en épure, privilégiant l’expression du terroir et du millésime ainsi que l’aptitude à la garde. Au cours des années 2010, il s’est appliqué à passer le relais en douceur à deux de ses filles, Elsa et Adèle. Arrivées respectivement en 2008 et 2010, elles sont désormais aux manettes du prestigieux domaine familial et de son formidable patrimoine viticole sur quelques-uns des plus grands terroirs de Meursault, Puligny ou encore Saint-Romain. Plus qu’une transition réussie, c’est à l’avènement de deux grandes vigneronnes auquel nous avons assisté ces dernières années.
Convaincue de la nécessité primordiale de respecter le sol pour en exprimer sa quintessence dans le vin, la famille Matrot a banni dès les années 1970 tout engrais chimique et s'est convertie naturellement à la culture biologique, dès la fin des années 1990. Au même moment, la mode venue des Etats-Unis est à l’élaboration de vins flatteurs dans leur jeune âge, à grand coup d’élevage en fûts neufs. Qu’importe, Thierry ne transige pas et refuse d’utiliser des fût neufs pour la grande majorité de ses blancs, privilégiant des fermentations longues et douces et un élevage sur lies en fûts d’un à 5 ans.
Un principe repris par Elsa et Adèle qui ne font entrer chaque année dans la futaille du Domaine que quelques barriques neuves, réservées à l’élevage du Bourgogne (à hauteur de 20% environ). De leur côté, imprimant leur marque avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, les sœurs Matrot ont choisi d’allonger progressivement les élevages, révélant ainsi une expression encore plus intense de chaque terroir. Depuis le millésime 2018, elles ont également inauguré l’utilisation de cuves thermorégulées, qui leur permet de gagner encore dans la précision de définition des vins. Tradition et modernité, permanence et évolution, tout s’articule ici dans une belle harmonie.
Le résultat est exceptionnel de finesse et de précision. Après quelques années de garde, les vins délivrent leur message avec une rare intensité, délicieusement sensuel et opulent du côté du Charmes, d’une minéralité profonde et fascinante vers Blagny, d’une distinction princière à Perrières, d’une belle verticalité et d’une sensualité florale vers Les Chalumeaux ou Combettes… Millésime après millésime, la régularité et la cohérence des vins sont absolument remarquables. Un travail d’orfèvre qui a valu à Adèle et Elsa Matrot d’être auréolées d’une troisième étoile par le Guide Vert de la Revue du Vin de France, une distinction aussi rare que prestigieuse. Un statut de référence incontournable de la Côte de Beaune que ce superbe millésime 2024 aux blancs intenses, précis et pleins d’énergie vient confirmer avec brio.
Fidèles au style imprimé par leurs parents, tout en nuances et en subtilité, elles signent ici des vins d’une grande élégance, parfaitement ciselés et imprégnés de leur terroir. A la fois gourmands, purs et très expressifs, ils possèdent une classe naturelle remarquable, qu’un élevage particulièrement habile, toujours discret et précis, souligne avec une rare justesse.
L’année 2024 restera pourtant dans les mémoires pour les nombreux défis qu’une météo particulièrement capricieuse et arrosé a amené à relever à la vigne. Tout avait pourtant bien commencé, avec un mois de janvier assez froid, recouvrant la vigne dormante d’un manteau de givre étincelant. Les pluies régulières de l’hiver ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Si la sortie de grappes fut relativement modeste, après deux années successives très généreuses, c’est surtout la pluviométrie importante qui a perduré pendant tout le printemps et même au mois de juillet qui a posé le plus de problèmes à la vigne. Elle s’est accompagnée d’un temps assez frais et d’une pression constante du mildiou. Il a fallu tout au long du printemps contrôler le développement incessant des couverts végétaux et lutter sans faiblir pour contenir les foyers de mildiou. Heureusement, à la différence de la Côtes de Nuits, la pluie s’est un peu calmée au moment de la floraison, limitant les dégâts à ce moment crucial de la saison.
Ce n’est qu’à partir de la fin juillet qu’un temps beaucoup plus clément et lumineux est revenu, durablement cette fois. Les températures grimpaient, mais sans excès, tandis que les premiers jours de septembre offraient des conditions idéales avec une bonne amplitude thermique entre des journées bien ensoleillées et des nuits plus fraîches. De belles conditions pour que les maturités progressent lentement et régulièrement, en préservant de beaux équilibres entre sucres, fraîcheur aromatique et acidités. Les sœurs Matrot et leurs équipes ont donné les premiers coups de sécateur le 12 septembre, par un temps clément, bien ensoleillé. Au final, si les rendements affichent bien sûr une baisse sensible par rapport à 2023, surtout pour les pinots noirs et les chardonnays de plaine et de bas de coteau (aux sols moins drainants), Adèle et Elsa estiment s’en être bien tiré pour leurs chardonnays : les rendements des crus flirtent finalement avec les 40 hectolitres par hectare. Les jus offraient beaucoup d’éclat, de raffinement aromatique et d’énergie.
Après des élevages d’une précision remarquable, sans bois neuf, les vins affichent aujourd’hui un éclat et une précision d’expression magnifiques, qui les placent parmi les plus belles réussites de ce très beau millésime pour les blancs de Bourgogne. Friand et frais, fuselés et profonds, particulièrement actifs en bouche, habités d’un fruit savoureux et plein de vitalité, ils nous régalent de bout en bout. Une seule ombre au tableau : les quantités disponibles sont en baisse sensible… Avis aux amateurs !
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