Fin 2022, nous nous rendions dans la petite ville de Neustadt, dans le Palatinat viticole, pour participer à une dégustation professionnelle réunissant quelques-uns des meilleurs vignerons d’Allemagne (et d’ailleurs). Au détour d’une allée, nous mettions alors le cap sur le stand d’une adresse mythique du vignoble du « Pfalz », Dr. Burklin-Wolf. Nous avions eu la chance de profiter d’une verticale exceptionnelle de leur « Grand Cru » Gaisböhl Monopol, un riesling parcellaire de Ruppertsberg, à la pointe méridionale du Mittelhaard, coeur battant du vignoble du Pfalz (Palatinat).
Le choc fut immédiat : alors que nous remontions jusqu’en 2002, nous avons compris avec une sorte d'évidence pourquoi le nom de Burklin-Wolf faisait depuis si longtemps briller les yeux (et s’exciter les papilles) des amateurs des plus grandes expressions de riesling sec. Intensité et éclat, incroyable complexité aromatique, énergie phénoménale, vibration minérale, profondeur abyssale et persistance infinie : tout y était. C’est ainsi que nous avons décidé de faire étape, en 2023, au cœur de ce Domaine historique, dont les origines remontent à la fin du 16ème siècle, lorsqu’un certain Bernhard Bürklin, maire de la petite commune de Wachenheim, acquiert des vignes sur les coteaux pentus du Mittelhaardt.
Depuis, cette adresse mythique est devenue un rendez-vous incontournable sur notre Route des Blancs, avec sa collection unique de « Grands Crus » tout bonnement renversante. Le domaine nous livre, avec cette somptueuse collection 2023, un millésime de grâce et de gourmandise, d’intensité et de chair fuselée, d’une folle complexité aromatique. Un millésime qui fait entrer en résonnance le fruit et la roche comme rarement. Un millésime d’une profondeur inimaginable, donnant à ces précieux vins secs un parfum d’éternité.
Bien sûr, la réputation planétaire des vins signés Burklin-Wolf ne s’est pas construite en un jour. Déjà au 18ème siècle, il est fait référence, dans de précieuses notices de négociants, aux « vignobles exceptionnels à Wachenheim, Forst, Deidelsheim et Ruppertsberg, tous propriétés de Johan Ludwig Wolf ». Il faut attendre 1875, pour que les vignobles des deux familles soient réunis, grâce au mariage d’Albert Bürklin et Luise Wolf. Formant ainsi une des plus belles collections de joyaux de toute l’Allemagne, un patrimoine offrant une diversité unique de terroirs et de géologies, entre sols volcaniques, grés, sables ou argilo-calcaires.
Installée à Wachenheim, la famille Bürklin-Wolf va alors patiemment bâtir ce qui fait aujourd’hui sa légende : un vignoble d’exception bien sûr, mais aussi cette conviction que c’est bien le terroir qui fait le vin. Dans cette volonté de révéler la vérité de chaque lieu, le domaine est un des premiers à se concentrer uniquement sur l’élaboration de ce que la nomenclature allemande appelle « les vins de qualité supérieure ». Il se dote très tôt d’installations performantes et de caves pour vinifier, élever et mettre en bouteille sa propre production, au plus près de chacun de ses vignobles. Et la commercialiser par lui-même, en Allemagne puis sur toute la "planète vin".
Sur bien des plans, Bürklin-Wolf fut précurseur. Au point d’adopter, en 1990, sa propre classification des terroirs, en s’inspirant, d’une part, de la hiérarchisation des vignobles du Palatinat établie en 1828 par les autorités royales de Bavière, mais aussi de la classification en vigueur en Bourgogne, une source d’inspiration de la famille depuis bien longtemps. C’est ainsi que sont nés les GC (pour Grands Crus), des cuvées parcellaires d’exception, au nombre de 9 dans le formidable portfolio de cuvées de ce domaine de près de 80 hectares. On citera bien sûr le mythique « Kirchenstück », qualifié de "Montrachet du Palatinat" par la famille elle-même, et considéré par de nombreux spécialistes comme le plus grand Riesling sec allemand, au côté du G-Max signé Keller. Mais aussi les PC, pour premiers crus, des vins révélant la spécificité d’un terroir de premier ordre, et les cuvées « Village », toujours très impressionnantes par rapport à leur niveau de prix, qui doivent refléter l’identité d’un des 4 vignobles communaux du Domaine.
Sous l’égide de Bettina Bürklin-Von Guradze, qui dirige l’emblématique propriété familiale depuis 1990, le domaine fut également un des premiers à adopter les principes d’une culture biodynamique pour l’ensemble de ses vignes, à une époque où les adeptes des écrits de Steiner étaient encore regardés, en Allemagne, « avec un sourire en coin ». Bettina n’a d’ailleurs pas hésité alors à se rapprocher de quelques figures du vignoble français qui lui paraissaient plus en pointe sur ces questions, comme Anne-Claude Leflaive, Pierre Morey, Marc Kreydenweiss ou Olivier Humbrecht. Depuis 2005, l‘ensemble du vignoble est certifié en Biodynamie et le labour au cheval est généralisé dans ces parcelles pourtant très escarpées et difficiles d’accès.
Vous l’aurez compris : ici, tout est tourné vers l’excellence et la mise en lumière de terroirs d’exception, ces joyaux au service desquels les générations successives consacrent leur vie. Epaulée à la vigne et à la cave par un précieux duo composé du directeur Steffen Brahner et de l’œnologue et chef de cave d’origine italienne Nicola Libelli, Bettina Bürklin-Von Guradze perpétue une tradition séculaire qui force l'admiration.
Nous sommes particulièrement fiers de pouvoir vous proposer aujourd’hui le millésime 2023 de cette adresse de légende, offrant une lecture incroyablement gracieuse, profonde et habitée de chaque terroir. Une saison à la météo contrastée, alternant sécheresse et fortes pluies. Après un hiver assez doux et un début de printemps bien arrosé, la saison a démarré plutôt tranquillement dans le Mittelhaardt, sans gel ni autre incident. Le beau temps s’est durablement installé dès le mois de mai et, avec lui, une longue période de sécheresse. Tout a changé au mois d’août avec l’arrivée de pluies abondantes, qui ont entraîné un forte pression des maladies cryptogamiques et foyers de pourriture. Les équipes ont été mobilisées pour les éliminer, manuellement, rang par rang, pied par pied, et ainsi protégé le reste de la récolte. Ce temps plus frais et humide a retardé les maturations. Dans la deuxième moitié du mois de septembre, le temps est redevenu plus sec, le botrytis a stoppé sa progression et les vendanges ont pu se dérouler dans une atmosphère plus sereine. Après un tri rigoureux, les grappes de riesling offraient un profil frais et juteux, avec des aromatiques mûres, expressives et de superbes acidités en support.
Après des élevages au cordeau, pendant une dizaine de mois sur lies, pour les grands crus, avant d’être affinés en bouteille une année supplémentaire, les vins resplendissent de grâce et de gourmandise, d’intensité et d’énergie vibratoire. Si le Kirchenstück est encore une fois le vin le plus impressionnant de la gamme, « le dieu du vin » pour reprendre les mots du critique spécialisé Stuart Pigott, les grands crus Pechstein, Kalkofen et Gaïsbohl par exemple, le suivent cette année de très près. Et que dire des premiers crus et de certains villages : ce sont, de très loin, les meilleurs rieslings dans leur catégorie de prix.
A la fin des fins, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait très certainement le domaine Dr. Bürklin-Wolf : respect !
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