Vincent Dancer figure incontestablement parmi les vignerons les plus iconiques de sa génération, les plus sincères et authentiques aussi. Depuis 5 ans, son fils Théo a pris la relève avec une assurance, un enthousiasme et une précision qui forcent l’admiration ! Il nous en fait une démonstration particulièrement éclatante avec ce trop rare millésime 2024, un millésime « captivant » pour reprendre ses mots, aux équilibres tout en pureté, en fraîcheur, en éclat du fruit et en intensité minérale.
Si l’on réembobine la pellicule, tout n’allait pourtant pas de soi lorsque Vincent profite de l’opportunité du retour dans le giron familial de quelques vignes, jusque-là louées et exploitées par le négoce Beaunois. Des parcelles idéalement situées à Chassagne-Montrachet et Meursault. Arrivé d’Alsace où il a passé l’essentiel de sa jeunesse et envisageait de devenir ingénieur, comme son père, c’est en 1996 qu’il s’inscrit « un peu pour voir » en viti-oeno à Beaune. Il envisage alors de reprendre durablement les vignes familiales.
Parfaitement conscient que le temps de la vigne et du vin est un temps long, dans lequel patience et humilité sont des valeurs cardinales, Vincent reprend d’abord en main la culture de la vigne (sur un peu plus de 3 hectares), replantant quand il le faut, plutôt à haute densité, et adoptant rapidement les principes d’une culture biologique respectueuse de son terroir. Parallèlement, il continue à se former auprès de quelques illustres voisins de vigne, mais aussi de son oncle Philippe Ballot, vigneron à Meursault. Il faudra attendre 2003 avant qu’il estime que ses vins soient dignes d’être commercialisés sous sa propre étiquette. 7 ans de réglages fins, parcelle par parcelle, grappe par grappe, 7 ans d’expérimentations, aussi bien à la vigne qu'au chai, 7 ans de dégustations exigentes, à la recherche du but ultime : élaborer des vins « vivants » et habités, reflétant avec précision et équilibre la pureté de leur origine, exprimant leur terroir et leur millésime au plus juste, sans fard ni artifice.
20 ans plus tard, Vincent Dancer est solidement installé parmi l’élite de la Côte d’Or, adulé dans le monde entier pour la pureté et l’intensité hors-norme de ses vins. Ce passionné de photo et amoureux de la nature a su marquer ses vins d’une véritable « signature » esthétique : millésime après millésime, ils marient avec équilibre et élégance une concentration souvent impressionnante, une tension incisive, une expression franche du sol et du lieu qui les a vu naître. Malheureusement pour les amateurs que nous sommes, le domaine ne compte que 4 « petits » hectares en blanc (et 2 hectares de Pinot noir) et n’est plus, depuis longtemps, en mesure de satisfaire une demande qui n’a jamais cessé de croître. Même si de nouvelles vignes, plantées sur des terroirs calcaires d’altitude, du côté de Nantoux, en Hautes-Côtes, commencent aujourd’hui à entrer en production.
Figurant parmi cette poignée de vignerons « cultes » de la Côte de Beaune, Vincent n’a jamais dévié d’un fil : toujours à l’écoute de sa plante et de son fruit, toujours adepte d’une vinification la plus simple et la moins interventionniste possible, toujours modeste face à la force de la nature. Ici, la main du vigneron ne tremble pas, mais elle sait s’effacer pour laisser parler le terroir et le millésime. Résolument proche de la nature et d’une vision authentique et sans artifice du grand vin, Vincent limite au maximum les intrants, se contentant d’ajouter une dose infinitésimale de souffre, peu avant la mise en bouteille. Rien ne doit perturber le cheminement naturel du vin et la façon dont il se construit au fil des fermentations et de son élevage. Chaque cru, chaque millésime est différent : ici, on ne cache rien, « pas de retouche ni de maquillage » nous glisse, sourire aux lèvres, ce grand amateur de photographie, son autre passion. La vérité du fruit, du lieu et des saisons : c’est cette histoire que le vigneron a envie de raconter, et rien d’autre. Une histoire dans laquelle Théo, son fils revenu au Domaine en 2021, apporte aujourd’hui sa patte, avec un talent et une maîtrise qui forcent le respect, après avoir fait ses gammes chez quelques vignerons de légende (Eloi Dürrbach, à Trévallon, et Dominique Belluard en particulier).
Face à la succession de millésimes chauds et solaires, Théo fait progressivement évoluer les pratiques culturales, misant sur la protection naturelle du feuillage. Il a ainsi adopté des palissages plus hauts, limitant au maximum les rognages. Il généralise aujourd’hui, en particulier pour ses crus, une conduite inspirée de la conduite en gobelet, autour d’un échalas unique. L’utilisation de couverts végétaux et le recours à un griffage très léger du sol permettent également de limiter les phénomènes d’évaporation et d’assèchement des sols, mais aussi de veiller aux maintiens de bons équilibres microbiologiques pour le substrat de la vigne. Théo, dans la droite ligne de ce qu’avait déjà initié son père, se tourne également vers des pratiques d’agroforesterie, misant sur une plus grande diversité de flore au sein même de chaque parcelle de vignes. Une pratique que père et fils avaient expérimentée avec beaucoup de réussite sur les hauteurs de Nantoux, où ils ont planté des vignes de chardonnay et de pinot noir, au sein d’un véritable écosystème d’arbres fruitiers, de bois et de haies protectrices. Ici, l’histoire s’écrit au présent et c’est heureux.
Avec cette magnifique mais bien trop rare collection, nous continuons notre exploration du millésime 2024 qui se montre particulièrement resplendissant pour les blancs de la Côte de Beaune. Par leur intensité, leur énergie interne, leur capacité à marier gourmandise, fraîcheur et finesse, la précision de leurs équilibres et de la lecture de chaque terroir, les vins nous ont impressionnés. Complexes, précis, digestes : ils feront date. Théo en est d’ailleurs persuadé, voyant dans ce millésime « l’un des plus captivants de ces dernières années, loin des années solaires marquées par le contexte de réchauffement climatique ».
Alors que la saison 2023 avait été relativement « tranquille » à la vigne, il en fut tout autrement en 2024. Une année de défis que Théo a brillamment relevés, signant l’une des plus belles collections que nous ayons goûté sur le millésime lors de notre long périple bourguignon de novembre dernier, alors que les vins n’étaient encore qu’en élevage.
Tout avait pourtant bien commencé, avec un mois de janvier assez froid, recouvrant la vigne dormante d’un manteau de givre étincelant. Les pluies régulières de l’hiver ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Si la sortie de grappes est relativement modeste, après deux années successives très généreuses, c’est surtout la pluviométrie importante qui perdure pendant tout le printemps et même au mois de juillet qui va poser le plus de problèmes à la vigne. Elle s’accompagne d’un temps assez frais et d’une pression constante du mildiou. Il a fallu tout au long du printemps contrôler le développement incessant des couverts végétaux et lutter sans faiblir pour contenir les foyers de mildiou. Heureusement, à la différence de la Côtes de Nuits, la pluie s’est un peu calmée au moment de la floraison, limitant un peu les dégâts à ce moment crucial de la saison.
Ce n’est qu’à partir de la fin juillet qu’un temps beaucoup plus clément et lumineux est revenu, durablement cette fois. Les températures grimpaient, mais sans excès, tandis que les premiers jours de septembre offraient des conditions idéales avec une bonne amplitude thermique entre des journées bien ensoleillées et des nuits plus fraîches. De belles conditions pour que les maturités progressent lentement et régulièrement, en préservant de beaux équilibres entre sucres, fraîcheur aromatique et acidités. Théo et son équipe ont donné les premiers coups de sécateur mi-septembre, par un temps lumineux. Si les grappes étaient peu nombreuses, avec des rendements finaux en baisse de 60% par rapport à l’année précédente, les jus offraient beaucoup d’éclat, de raffinement aromatique et d’énergie, avec des degrés d’alcool modérés, autour de 12.5°, annonçant la belle sensation de fraîcheur et d’énergie que dégagent aujourd’hui les vins.
Théo nous gratifie cette année encore d’un millésime de très haut vol, un millésime d’équilibre entre chair fuselée, fraîcheur et énergie, avec des aromatiques expressives et des bouches qui conjuguent une matière pulpeuse, de belles acidités juteuses et des trames minérales particulièrement bien définies, ciselées, fraîches, qui prolongent le plaisir de bouche et nous emportent loin.
Attention, c’est culte et pratiquement introuvable !
© 2026 La Route des Blancs – Tous droits réservés