Quelle histoire ! Voilà ce que l’on a envie de dire lorsque l’on nous demande de parler de Jean-Marie Guffens et de ses vins… Comment résumer ce parcours absolument unique qui a conduit ce jeune étudiant belge, options théâtre et architecture, à devenir en quelques années l’un des plus grands vignerons et des plus brillants vinificateurs de la planète ? La passion, la passion, et encore la passion.
Voici plus de 40 ans que le jeune Jean-Marie et sa compagne Maine quittent leur Flandre natale pour poser leur valise dans le sud Bourguignon, du côté de Davayé au pied de la Roche de Solutré. Au départ, ils se donnent un an pour apprendre le français et découvrir l’univers de la vigne et du vin… Happés par le charme de la Bourgogne et de ses grands blancs, ils n’en repartiront jamais. Après des études au lycée viticole de Mâcon-Davayé pour lui (celui de Beaune n’avait pas voulu de lui, tant pis…), l'apprentissage des travaux à la vigne chez un voisin vigneron pour elle, le couple finit par se porter acquéreur de quelques rangs de vignes sur les hauteurs de Pierreclos : de vieilles sélections massales peu productives qui n’intéressaient plus personne à l'époque. Fort d’un vieux pressoir vertical qu’il retape patiemment et de quelques fûts récupérés chez des voisins, Jean-Marie démarre sa vie de vigneron, avec les moyens du bord. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que la légende est en marche.
Très vite, les blancs de Jean-Marie Guffens sont repérés pour leur personnalité hors du commun, entre richesse, concentration et vibration minérale. Robert Parker n’hésite pas à écrire, après avoir goûté le millésime 1982 que « les Mâcons de ce Belge fou sont aussi bons que des puligny-montrachet et que ses pouilly-fuissé sont au niveau des grands crus de la Côte d’Or » ! Une affirmation de l’oracle de Baltimore qui aurait fait rougir de plaisir bien des vignerons, débutants ou confirmés. Elle n’est pourtant pas forcément du goût de Jean-Marie qui n’hésite pas à prendre sa plume pour lui répondre que « s’il pense que les vins de la Côte d’Or sont l’objectif ultime à atteindre, alors il n’a rien compris ! Car on ne fait pas mieux ou moins bien ici, on fait juste des vins différents, des vins du Mâconnais, et on les fait en y mettant tout notre cœur ». Fin de citation ! Le caractère bien trempé de ce vigneron venu d’ailleurs n'est pas une légende…
Jean-Marie Guffens n’a jamais cherché une recette mais s’est plutôt laissé guider par l’observation patiente et affûtée de ses vignes, de ses raisins, de ses jus. Mais aussi par un idéal de grand vin qu’il a approché en goûtant, dans les années 1970, quelques précieux flacons signés Coche-Dury ou Comtes Lafon. Avec le recul, on peut cependant trouver quelques clés de cette réussite exceptionnelle et jamais démentie depuis plus de 40 ans : d’abord, une intelligence brillante et intuitive, une vision « créative » du vin, un tempérament passionné et iconoclaste, à l’imagination foisonnante, qui n’a jamais hésité à sortir des sentiers balisés, à expérimenter, à aller à contre-courant des modes, à changer d’avis, à s’adapter sans cesse aux exigences de la plante et du millésime. Mais surtout, une double conviction : d’une part, que le meilleur vin est fait avec le meilleur raisin, d’autre part, qu’il ne faut jamais oublier que ce n’est pas la nature seule qui fait le vin, mais aussi la main de l’homme ! A une époque où l’on encense, et sacralise même, la notion de terroir, Jean-Marie s’applique à démontrer, avec le sens de la formule qu’on lui connaît, qu’il n’est pas un « terroiriste » ! Tout son art, c’est justement de « permettre au vin de devenir ce qu’il est déjà, d’en exprimer la quintessence, sans artifice, mais sans trop se laisser influencer par ce que l’on aimerait qu’il soit ».
Bien sûr, dans cette quête de la vérité du goût du raisin, du lieu et du millésime, Jean-Marie a naturellement adopté quelques principes fondateurs : à commencer par une viticulture propre et méticuleuse, sans désherbant ni pesticide, en travaillant régulièrement les sols. Mais aussi le refus obstiné de toute sélection clonale. Ici, le credo, c’est la recherche de petits rendements et des justes concentrations : sur les dix dernières années, les rendements moyens au Domaine ont été de 38 hectolitres par hectare quand les collègues se réjouissent d’obtenir 55 ou 60 hectolitres voire davantage… Jean-Marie n’a qu’une obsession : celle du goût vrai du raisin, un raisin mûr, petit et expressif.
C’est bien cet équilibre subtil entre la beauté naturelle des choses et l’inspiration d’un homme que l’on retrouve dans les vins de Jean-Marie : chaque année, dans les plus prestigieux cénacles de dégustateurs avertis, ses blancs bousculent totalement la hiérarchie. En véritable alchimiste du chardonnay, en magicien du tri des raisins, du pressurage sélectif et de la préservation des jus, en génie de l’élevage et de l’assemblage, Jean-Marie Guffens signe des crus exceptionnels de densité et d’équilibre, de richesse et de pureté de fruit, de profondeur et de concentration minérale. Un membre de notre équipe résumait tout cela, voici quelques années, par une phrase : « voilà un vigneron qui n’a peur de rien, et surtout pas de son raisin ».
Fort d’une expérience de plus de 40 millésimes au compteur, Jean-Marie n’a jamais cessé de s’étonner, de se remettre en question, considérant le millésime à venir comme une nouvelle aventure, un recommencement susceptible de rebattre les cartes. C’est le raisin qui décide : ici, point de routine ni de certitude, mais juste une passion intacte pour le vin et cette faculté hors du commun à agir comme il l’entend, comme il le « sent ». D’autres seraient peut-être tétanisés à l’idée de décevoir ou de surprendre, certains n’ont pas résisté à la pression d’un « mondovino » qui avait fait d'eux des légendes : rien de tout cela chez Jean-Marie Guffens, mais la liberté, sa liberté, toujours et partout.
Progressivement, Jean-Marie a aussi décidé de partager sa vision et son savoir-faire unique avec le fidèle Julien Desplans. Brillant œnologue et vinificateur de la maison Verget, il intervient désormais également au Domaine Guffens-Heynen, pour l’organisation au quotidien, surtout pendant la période-clé des vendanges. N’oublions pas qu’ici, le juste point de maturité est et restera la valeur cardinale. Jean-Marie et Julien commencent également à vinifier à quatre mains, sans rien changer à la philosophie qui a fait le succès planétaire des vins du domaine.
Venons-en à ce millésime 2024 que nous avons le plaisir de vous proposer aujourd’hui. Un millésime pour lequel Jean-Marie confesse avoir « essayé de faire aussi bien qu’en 2014 pour finalement se rendre compte que les vins seront au-dessus » ! Nous conseillons vivement à tous ceux qui possède en cave ne serait-ce qu’une bouteille des 2014 signée Guffens de l’ouvrir très prochainement pour se rendre compte du niveau dont on parle ! Des vins d’éclat fruité et de fraîcheur, d’une précision aromatique inouïe, affichant des longueurs de bouche incomparables. La seule vraie mauvaise nouvelle dans tout cela, c’est que la récolte fut très petite : en baisse de plus de 40% par rapport au millésime précédent !
Une saison qui n’a pas du tout ressemblé à la série de millésimes plutôt très secs et très chauds, démarrée en 2015 (à l’exception notable de 2021). L’année 2024 fut très compliqué à la vigne principalement à cause d’un temps très arrosé, et souvent frais, qui a perduré globalement tout le printemps et même en juillet.
L’hiver marqué par une pluviométrie importante et des températures assez douces a entraîné une sortie assez précoce des bourgeons, dès la fin mars. Si le temps toujours pluvieux s’est refroidi par la suite, il n’a heureusement pas entraîné de gelées importantes (si ce n’est sur les vignes des Poncetys et des Combes, en Saint-Véran) mais surtout un ralentissement de la croissance de la vigne. Ce n’est qu’à la mi-mai que des températures nettement plus élevées se sont installées. Cependant, la météo est restée très humide, surtout pendant la période de floraison, avec des pluies régulières qui n’ont pas facilité les choses et entraîné de la coulure. Si bien que Jean-Marie a vite compris que les rendements seraient globalement assez faibles. Ce n’est qu’à partir de fin juillet qu’un temps durablement ensoleillé et beaucoup plus sec s’est installé. Les maturités pouvaient enfin bien progresser, mais de façon très différenciée selon les parcelles et les terroirs. Encore une fois cette année, la précision dans la surveillance des maturités et le choix des dates de vendanges étaient un facteur-clé pour réussir ce millésime exigeant. Tout comme la précision des tris : le tri de Chavigne n’a jamais aussi bien porté son nom puisque ce ne sont pas moins de 5 passages successifs qui ont été nécessaire dans ces vignes pour trouver le plus parfait point de maturité des baies.
Au final, les rendements ont culminé à 27 hectolitres par hectare. Mais de bonnes nouvelles se profilaient cependant : l’état sanitaire des fruits était bon, tout comme leur belle intensité aromatique et leurs degrés d’alcool potentiels, finalement plutôt autour de 13 à 13.5°. Et même 13.8° pour le fabuleux terroir des Croux et Petits Croux, véritable Grand Cru du domaine ! Les jus affichaient de belles acidités couplées à la concentration et des expressions minérales affirmées, parfaits reflets de chaque terroir.
Fidèle à sa science incomparable des pressurages fractionnés et d’un travail de dentelle sur les bourbes, Jean-Marie Guffens a pu travailler séparément les premiers jus et les fins de presse, pour finalement nous gratifier d’une gamme courte mais franchement exceptionnelle de 5 cuvées seulement. S’il a « sacrifié » certaines cuvées, comme l’emblématique Juliette et les Vieilles, assemblée cette année dans le fameux Tri de Chavigne, c’est pour ne proposer que des grands vins, suffisamment complexes, profonds et capables de traverser le temps. Un mal pour un bien !
Laissez-vous embarquer pour un voyage fantastique dans un pays de Cocagne dont seul Jean-Marie Guffens a les clés. « Génie » pour Bettane & Desseauve, « mythique » ou « grandiose » pour La Revue du Vin de France, le domaine Guffens-Heynen n’a décidément pas fini de nous faire rêver ! Découvrez le nouveau millésime d’un géant.
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