Cela fait plus de 10 ans déjà que nous avons eu la chance de croiser le chemin des vins de Frantz Chagnoleau et Caroline Gon, sa compagne, sur les conseils précieux d’un grand Monsieur de la Bourgogne, Dominique Lafon : ce fût pour nous une vraie révélation ! Ce jeune couple installé dans le Mâconnais, du côté de Pierreclos, signe une gamme exemplaire de blancs savoureux, lumineux et élégants, exprimant avec justesse et naturel l’incroyable mosaïque de terroirs du Sud bourguignon. Nul doute qu’on tient là un duo d’exception qui n’a pas fini de faire l’admiration de la planète vin…
Il faut dire que Frantz et Caroline ont su faire tout ce qu’il fallait pour sublimer les terroirs mâconnais : tous deux œnologues, ils ont rapidement été attirés par ce véritable eldorado du chardonnay et ont eu la chance de se former auprès de grands vignerons passionnés et inspirés, Olivier Merlin, un des précurseurs du renouveau qualitatif du mâconnais, pour lui, Dominique Lafon, vigneron iconique de Meursault, pour elle, qui fut en charge de la vinification au Domaine des Héritiers du Comte Lafon pendant plus de 10 ans, en parallèle du travail des vignes avec son mari…
C'est à partir de 2009 que Frantz, charentais d’origine installé depuis peu à Pierreclos, acquiert ses premières parcelles du côté de Saint-Véran, puis d'autres sur quelques-uns des plus beaux terroirs classés en Pouilly-Fuissé. Une dizaine d'années plus tard, son domaine compte environ 9 hectares de vigne. Son seul guide : la volonté farouche d’exprimer le plus naturellement possible la qualité et la race des terroirs mâconnais. Ici, on recherche le meilleur équilibre entre la vigne, le sol et son environnement. Préservation de la vie des sols, travaux manuels de la vigne et maîtrise des rendements sont pour Caroline et Frantz des évidences. La certification Biologique s’est imposée naturellement dès 2012, et celle en bio-dynamie frappe à la porte.
L’année 2023 a marqué une nouvelle étape dans l’histoire de ce domaine encore jeune, avec le retour à plein temps de Caroline qui partageait jusque-là sa vie entre Milly-Lamartine (aux Héritiers Comte Lafon) et Pierreclos. Connaissant son extraordinaire capacité de travail, sa précision aussi bien à la vigne que dans ses choix de vinification ou d’élevage, nul doute que ce travail à quatre mains annonce un avenir radieux pour le Domaine Chagnoleau.
Venons-en à ce millésime 2024, un millésime à la météo capricieuse qui fut très exigeant à la vigne, du début de saison jusqu’au dernier jour des vendanges. Mais le jeu en valait la chandelle : si les rendements étaient relativement faibles, les équilibres des jus rappelaient ceux de 2010 et 2014, deux grands millésimes de blancs bourguignons, avec une parfaite combinaison de concentration, de fraîcheur et d’intensité minérale.
L’hiver marqué par une pluviométrie importante et des températures plutôt douces a entraîné une sortie assez précoce des bourgeons, dès la fin mars. Si le temps toujours pluvieux s’est refroidi par la suite, il n’a heureusement pas entraîné de gelées importantes mais seulement un ralentissement de la croissance de la vigne. Ce n’est qu’à la mi-mai que des températures nettement plus élevées se sont installées. Cependant, le temps est resté très humide, entraînant une forte pression du mildiou. Idem pendant la période de floraison, avec des pluies régulières qui n’ont pas facilité les choses. Si bien que Caroline et Frantz ont vite compris que les rendements seraient globalement assez faibles.
A partir de fin juillet, un temps durablement ensoleillé et beaucoup plus sec s’est installé. Les maturités pouvaient bien progresser, mais de façon différenciée selon les parcelles et les terroirs. Encore une fois cette année, la précision dans la surveillance des maturités et le choix des dates de vendanges étaient un facteur-clé pour réussir ce millésime exigeant. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés autour du 10 septembre.
Au final, si les rendements étaient relativement faibles et assez hétérogènes selon les parcelles, l’état sanitaire des fruits était bon, tout comme leur intensité aromatique et leurs degrés d’alcool potentiels, entre 12.5 et 13°. Les jus affichaient de belles acidités couplées à la concentration et des expressions minérales affirmées, parfaits reflets de chaque terroir.
La collection que nous proposent Frantz Chagnoleau et Caroline Gon est à nouveau très impressionnante par sa cohérence et ses équilibres, au plus haut niveau. Un millésime de chair fuselée, tendue, mais aussi de gourmandise, voire de sensualité aromatique sur certaines cuvées. On se régale de la fraîcheur et de l’éclat du fruit, de la précision des touches de bouche, de l’imprégnation minérale, omniprésente et toujours juste, de la sapidité incroyable des finales : un vrai concentré de charme et d’énergie. Il se dégage des vins une formidable sensation de dynamisme, mais aussi beaucoup de subtilité et de classe.
Plus que jamais, les vins honorent la parfaite communion entre une fruit, un terroir et un couple de vignerons talentueux et inspirés. Des vins de lieu et de vibration, indispensables dans toute bonne cave.
C’est majeur, c’est rare et c’est sur la Route des Blancs.
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