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La notoriété bien méritée des Meursaults du Domaine Buisson-Charles ne date pas d’hier : sous l’égide de Michel Buisson, disparu en août 2021, ce petit domaine familial jouissait déjà, dans les années 1980, d’une fort belle réputation pour ses vins empreints d’un noble classicisme, concentrés, amples et profonds, tout à fait typiques du meilleur de la production murisaltienne de l’époque.
Aujourd’hui dirigé par Catherine Buisson-Essa, la fille de Michel, son mari Patrick, et leur fils Louis, désormais en charge des vinifications, le Domaine a su se renouveler, en affinant son style, toujours marqué par une concentration bien mûre et des aromatiques franches, mais de plus en plus droit, énergique et tendu. Il propose, dans les derniers millésimes, une lecture particulièrement expressive et identitaire de chaque terroir.
Avant l’arrivée de Louis, formé d’abord à Beaune puis à la prestigieuse école d’oenologie de Changins, en Suisse, son père Patrick Essa avait déjà largement fait évoluer la viticulture et le style des vins du Domaine. En parallèle de sa carrière d’enseignant, ce dégustateur passionné, amoureux des vins de Bourgogne, s’est illustré ces dernières années en écrivant sur son blog une véritable encyclopédie des terroirs bourguignons : sa connaissance intime de chaque climat et des vins qui en sont issus force le respect. Une vision qu’il a pu mettre en pratique, au fil des années, régalant les amateurs avec des Meursaults voluptueux et équilibrés, conçus pour traverser les années avec panache.
Le petit domaine familial compte un peu moins de 6 hectares de vignes. Les deux tiers des vignes familiales sont situés sur quelques-uns des meilleurs crus de Meursault : Charmes, Goutte d’Or mais aussi les moins connus et pourtant épatants premiers crus Les Cras ou Bouches Chères (ou Bouchères). Les « villages » parcellaires sont tout aussi bien nés, que ce soit du côté de l’excellent terroir des Tessons, ou vers les Pellans, juste sous les Charmes-Dessous, où se niche une des plus vieilles vignes de la famille, la fameuse « vigne de 1945 » qui donne son nom à une magnifique cuvée.
Catherine et Patrick ont la chance d’exploiter un très beau patrimoine de vieilles vignes, âgées de 30 ans pour les plus jeunes, jusqu’à 90 ans pour les plus anciennes : des vignes qui n’ont jamais connu les désherbants et autres produits de synthèse et dont les sols ont toujours été travaillés, bien avant que les règles de la culture biologique « moderne » remettent ces pratiques sur le devant de la scène. Au final, les rendements sont ici naturellement limités et permettent de produire des vins concentrés et imprégnés de leurs origines. Le seul guide à la vigne : que la plante soit au service du fruit. Une plante pleine de vie qui doit être capable d’étirer au maximum le cycle de maturation du raisin, afin que celui-ci ait le temps de capter toute la complexité et la richesse des messages que le terroir envoie. Louis a de son côté entamé un travail au long cours sur le développement d’une véritable collection de sélections massales, à partir des plus vieux pieds présents sur le domaine, eux-mêmes issus de sélections pré-phylloxériques. Une façon de s’assurer, pour l’avenir, d’un maintien au plus haut niveau de la qualité du matériel végétal.
Depuis 2011, la famille a élargi sa palette par le lancement d’une petite activité de négoce « haute couture » (représentant en moyenne un peu moins de deux hectares), en achetant quelques raisins produits en bio, auprès d'une poignée de vignerons amis et tout aussi respectueux qu’eux des terroirs, issus de quelques prestigieux crus à Chablis, Corton mais aussi dans le vignoble mâconnais, du côté de l’appellation Pouilly-Fuissé en particulier. Ici, on ne se repose jamais sur ses lauriers et l’on ne cesse de chercher, d’expérimenter, d’ajuster, toujours en quête de la vérité des terroirs. Pour preuve les récents travaux d’agrandissement de la cave qui vont permettre d’allonger encore certains élevages. L'arrivée au Domaine de Louis, après sa formation d’ingénieur œnologue à Changins suivie d’un passage non moins formateur aux domaines Voillot et Rossignol-Trapet, nous dit qu’ici, l’avenir s’écrit au présent, et qu’il s’annonce radieux. Sous l’œil bienveillant de ses parents, le jeune et talentueux Louis Essa pilote désormais les vinifications avec une précision et une subtilité qui impressionnent déjà. Comme l’écrit le journaliste de la Revue du Vin de France, Olivier Poels, « Louis fait des étincelles avec des vins qui brillent par leur chair ».
Venons-en à ce très réussi millésime 2021 que nous vous proposons aujourd’hui. Disons-le tout net : le domaine ne fait pas exception, les rendements furent historiquement bas. Même si Louis concède que « nous nous en tirons plutôt mieux que beaucoup de nos confrères ». Bien sûr ici aussi, le gel d’avril a fait des dégâts, surtout sur les parcelles de coteaux, dans les premiers crus. Mais l’adoption d’une taille très tardive, avec un « plumage » fin mars (nécessitant une organisation millimétrée pour intervenir dans un temps très court), a eu des effets bénéfiques. Le stade de débourrement de la vigne était moins avancé que sur des parcelles taillées plus tôt : ça a permis de diminuer sensiblement l’impact de ces gelées noires ayant vu les températures descendre jusqu’à -6° pendant plusieurs nuits consécutives. En outre, Louis et son équipe ont réalisé un très gros travail dans les vignes pour éliminer les bourgeons brûlés par le gel et favoriser le plus rapidement possible la reprise de pousses de deuxième génération. Tout ce travail, tout comme le soin apporté à la vigne pour l’aider à lutter contre un mildiou très présent cette année, ont permis de limiter les dégâts.
A partir du 10 août, le soleil est revenu durablement, permettant aux maturités de reprendre leur cours. Fidèle à leur recherche de maturités physiologiques très abouties, Louis et Patrick ont fait le choix de démarrer les vendanges autour du 25 septembre. Ici, plus qu’aux analyses techniques, on fait avant tout confiance à l’aspect et au goût du raisin, parcelle par parcelle, rang par rang. Les vendanges ont même empiété sur les tout premiers jours d’octobre, ce qui n’avait pas été vu depuis longtemps, des vendanges très sélectives, visant aussi à éliminer toute baie botrytisée. Au final, le Domaine a enregistré des rendements moyens de l’ordre de 30 hectolitres par hectare dans les « villages » et de 18 hectolitres pour les crus, avec des variations importantes selon les parcelles. Des rendements bien sûr très faibles, mais honorables au vu du contexte général du millésime.
La bonne nouvelle, c’était l’éclat aromatique et la fraîcheur des jus, qui ne manquaient pas non plus de chair et de concentration. Quant aux degrés d’alcool potentiel, ils se situaient pour la plupart entre 12.5 et 13°. La longue période d’élevage a fait beaucoup de bien aux vins : Louis n’a pas hésité à bâtonner davantage que les années précédentes. Les vins ont gagné en relief et en profondeur, sans rien perdre de leur vivacité et de cette finesse d’expression typique d’un millésime 2021 qui a décidément beaucoup réussi aux blancs de la Côte de Beaune en général, et de Meursault en particulier. Côté Premier Cru, au vu des très faibles rendements, Louis a fait le choix d’assembler dans une cuvée « ronde », comme jadis, les quatre crus du Domaine, Charmes, Goutte d’Or, Cras et Bouchères, pour donner naissance à un formidable Meursault Premier Cru In Memoriam, baptisé ainsi en hommage à son grand-père, Michel Buisson, disparu peu avant les vendanges.
En complément de ce « splendide millésime » comme n’hésite pas à le qualifier le célèbre critique de la Bourgogne, Allen Meadows, nous vous proposons d’acquérir quelques pépites de millésimes précédents. Attention, ce sont les toutes dernières bouteilles : il n’y en aura pas pour tout le monde…
Corneille nous disait « qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » : le jeune Louis Essa nous en fait, en trois millésimes seulement, une démonstration franchement convaincante. Bravo.
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