La famille Pellé a largement contribué à redonner à l’appellation Menetou-Salon la place qu’elle mérite, grâce à de grands blancs de terroir, croquants, profonds et complexes, qui figurent clairement parmi les expressions les plus abouties du sauvignon ligérien.
Le petit village de Morogues, qui occupe une position d’altitude au sein de la zone d’appellation, est le véritable berceau de la famille. Celle-ci cultive déjà quelques arpents de vigne dès la fin du 19ème siècle, et l’aïeul Paul Pellé commence déjà à vendre quelques fûts de vins dans les années 1920 à une poignée de restaurants et brasseries de la ville voisine de Bourges. Il faudra cependant attendre la création de l’appellation Menetou-Salon, en 1959, et surtout l’action d’Henry Pellé (petit-fils de Paul) pour que la production familiale se fasse une place de choix parmi les incontournables de la région. En parallèle à son activité de pépiniériste pour la plupart des vignerons de Sancerre, il va oeuvrer sans relâche à mettre en valeur les spécificités et la très grande qualité des terroirs de Morogues, obtenant d’ailleurs l’autorisation exceptionnelle d’accoler le nom du village de Morogues à l’appellation Menetou-Salon.
Car ici, les vignes s’appuient sur un substrat argilo-calcaire de tout premier ordre, riche des mêmes marnes kimméridgiennes, que l’on retrouve sur les grands terroirs du Sancerrois (à Chavignol en particulier) ou du Chablisien. En outre, la position d'altitude relativement élevée des coteaux de Morogues, entre 300 et 350 mètres, garantit une relative fraîcheur qui, couplée à un ensoleillement important dans cette région aux influences continentales, permet au sauvignon d’atteindre des maturités optimales, en préservant de beaux équilibres.
Après la disparition prématurée d’Eric Pellé, en 1995, sa femme Anne a su continuer à étendre le vignoble familial et à affiner le style des vins du Domaine, avec le concours précieux de Julien Zernott (que les amateurs de grands vins languedociens connaissent bien depuis qu’il a fondé le Pas de l’Escalette), alors régisseur du domaine. L’arrivée en 2007 de Paul-Henry, fils d’Anne et d'Eric, a permis à la propriété familiale de franchir une nouvelle étape : produire moins, mais produire mieux, en ayant toujours en tête la recherche d’une expression juste et sans artifice du terroir.
C’est en Bourgogne que le jeune Paul-Henry, après ses études à Beaune, s’est très tôt forgé de solides convictions auprès de quelques brillants aînés. Olivier Lamy d’abord, à Saint-Aubin, qui lui apprend tout l’art et la précision des vinifications parcellaires. Puis Benjamin Leroux, en charge à l'époque du célèbre domaine Comte Armand à Pommard, chez qui il découvre l’importance du travail des sols et du respect de la plante si l’on veut que celle-ci transmette le meilleur de son environnement.
Plus de 15 ans plus tard, Paul-Henry a largement fait évoluer les méthodes culturales du Domaine, en s’appuyant sur une approche biologique (certifiée depuis 2021). Une qualité du travail à la vigne qui prend tout son sens avec la succession de millésimes solaires que l’on connaît aujourd’hui dans les vignobles du Centre-Loire, permettant de préserver fraîcheur et vivacité dans les vins. Pour cela, Paul-Henry a la chance de pouvoir s’appuyer sur un excellent matériel végétal dont une bonne partie avait fait l'objet de rigoureuses sélections massales effectuées par Henry, son grand-père, qui était avant tout le pépiniériste viticole de référence dans la région. A l’époque déjà, il privilégiait des pieds à la maturité tardive, permettant de limiter les dégâts liés aux épisodes de gel printanier et surtout de préserver une bonne acidité naturelle dans les jus. Dans le même objectif, les Pellé se sont lancés dans un vaste programme de plantation de haies et d’arbres fruitiers autour des vignes, qui jouent également, par l’ombre qu’ils apportent, un rôle thermorégulateur.
En parallèle, Paul-Henry a affiné les élevages, combinant avec une rare maîtrise différents types de contenants : cuves inox, cuves bois tronconiques, foudres et demi-muids. Il a peu à peu développé les cuvées parcellaires, révélant ainsi pleinement la diversité des terroirs de Morogues et les nuances subtiles que chacun est capable de transmettre au vin.
Les blancs du Domaine Pellé, d’une régularité sans faille, comptent aujourd’hui parmi les expressions les plus équilibrées et précises du sauvignon de Centre-Loire. Ces dernières années, les millésimes précoces et solaires s’enchaînent du côté de Menetou-Salon comme ailleurs en France. 2024 marque une pause dans cette série : il faut remonter à 2014 pour voir des vendanges ne démarrer qu’autour du 25 septembre à Morogues, fief de la famille Pellé… Il faut dire que cette saison fut une année de défis qui a réclamé à la fois énormément d’efforts pour les équipes à la vigne et une grande précision dans les choix des dates de vendanges.
Après un hiver à nouveau très doux, le débourrement et le début du cycle végétatif se montraient encore une fois fort précoce, entre fin et mars et les tout premiers jours d’avril pour le sauvignon. Heureusement, cette année, aucun épisode de gel tardif n’est venu perturber ce démarrage. En revanche, la situation s’est nettement compliquée au cours du printemps et d’une partie de l’été, avec une pluviométrie record. Il est tombé sur le vignoble de Ménetou-Salon environ 1400 mm d’eau sur l’ensemble de l’année, soit le double de la moyenne habituelle !
Une météo qui a entraîné des pertes de rendements importantes en perturbant la floraison, d’une part, et en favorisant une pression constante et intense du mildiou. Les équipes n’ont pas ménagé leurs efforts à la vigne pour en contenir la progression tout en respectant les principes biologiques dans la conduite de la vigne. Avec une attention toute particulière à la gestion de la canopée et l’aération du feuillage et des grappes. A partir du mois d’août, la situation s’est nettement améliorée avec le retour d’un temps sec et lumineux. En outre, la forte amplitude thermique entre le jour et la nuit, qui a prévalu ensuite pendant le mois de septembre, a favorisé la maturation des arômes et des composés phénoliques, en préservant fraîcheur et acidité. Les vendanges ont finalement débuté autour du 25 septembre, sous un temps plutôt clément. Elles se sont étalées sur plusieurs semaines afin de parfaitement s’ajuster aux évolutions des maturités dans chaque parcelle.
Au final, les rendements affichaient bien sûr des baisses importantes, entre 30 et 50% en moyenne, mais les raisins étaient beaux, avec des jus aux aromatiques expressives, et des degrés d’alcool potentiels optimaux, autour de 12.5°. Une belle matière première, toute en distinction et en fraîcheur, qu’il ne restait plus à Paul-Henry qu’à sublimer, à travers des élevages au cordeau.
Le Domaine Pellé nous régale, cette année encore, avec des vins juteux et expressifs, qui balancent entre l’éclat gourmand d’un fruit parfaitement mûr, la sensation de fraîcheur et d’énergie omniprésente, et cette empreinte minérale, toujours subtile, précise, qui anime et prolonge les fins de bouche. Tantôt fringants et toniques, tantôt empreints d’une sérénité à toute épreuve, les vins nous enchantent et nous rappellent qu’ils n’ont rien à envier à leurs célèbres voisins sancerrois. En prime, comme à son habitude, Paul-Henry nous gratifie de quelques bouteilles d'un millésime plus ancien. Cette année, honneur à un millésime 2016 lumineux, balançant harmonieusement entre gourmandise et tension minérale. Les vins n’ont pas pris une ride et ont encore gagné en profondeur, en complexité nuancée : Morogues, Blanchais ou Vignes de Ratier, ils brillent à leur apogée !
Une collection incontournable de Menetou-Salon, à des tarifs toujours aussi raisonnables : ne la ratez sous aucun prétexte !
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