Nous sommes ravis de faire à nouveau étape chez Theulot-Juillot, au cœur d’une appellation bourguignonne encore trop méconnue, qui produit pourtant avec régularité quelques pépites en pinot noir, mais aussi, plus confidentiellement encore, en chardonnay : bienvenue à Mercurey !
Situé au cœur de la Côte chalonnaise, le vignoble de Mercurey est pourtant connu et réputé depuis des siècles, certains clos historiques comme le Clos du Roy ou le Clos des Montaigus étaient d’ailleurs précisément délimités dès la Renaissance ! Bien que les vignerons locaux savent depuis longtemps la qualité de ces terroirs marno-calcaires, il faudra attendre les années 1980 pour que ce vignoble connaisse un nouvel essor, poussé par quelques grandes maisons de la Côte d’Or qui voient ici un nouvel eldorado à conquérir, dans lequel les prix des terres ne se sont pas encore totalement « envolés »… Une recomposition du vignoble qui aboutit au classement en 1er Cru d’une trentaine de climats, venant couronner la reconnaissance de l'identité de ces terroirs.
Loin de ces mouvements de mode ou de spéculation foncière, il est un domaine historique qui n’a pas attendu la fin des années 1980 pour magnifier les terroirs de Mercurey. Bienvenue au domaine Theulot-Juillot ! Un petit bijou, à la démarche singulière et éminemment qualitative. L’histoire commence au début du 20ème siècle, sous l’impulsion d’Emile Juillot, vigneron passionné, visionnaire et plutôt iconoclaste. Patiemment, il a identifié, replanté et mis en valeur quelques-uns des plus beaux terroirs de l’appellation (bien avant qu’une bonne partie d’entre eux soient ensuite classés en premier cru).
Il fut aussi l’un des premiers, dans l’après-guerre, à décider de mettre en bouteilles et de commercialiser directement les vins du Domaine. Plus encore, alors que le pinot noir occupait depuis longtemps une position quasiment hégémonique, cet amoureux des grands blancs de la Côte d’Or décide, contre l’avis de la plupart de ses confrères, d’accorder dans son vignoble familial une place importante au chardonnay. Un cépage qui occupe encore aujourd’hui environ le quart des 12 hectares du Domaine, principalement sur les hauts de coteau exposés majoritairement au Sud, où la roche calcaire est souvent affleurante et la durée d’ensoleillement plus élevée, permettant au chardonnay d’atteindre une parfaite maturité.
Autre singularité du Domaine Theulot-Juillot, ici la transmission des vignes et du savoir-faire s’est faite « par les femmes ». Marguerite Juillot, la veuve du fondateur, continua à piloter le domaine de main de maître, n’hésitant pas à 80 ans à s’engager encore dans d’ambitieux programmes de replantation des vignes ! Elle transmit finalement en 1987 ce beau patrimoine viticole à sa petite fille, Nathalie Theulot-Juillot, qui le dirige encore aujourd’hui avec l’aide précieuse de son mari Jean-Claude. Tous deux pratiquent une viticulture exigeante, persuadés que tout commence avec un beau fruit : labour régulier des sols, absence de tout herbicide, taille modérée et ébourgeonnage afin de limiter sensiblement les rendements, recours aux vendanges en vert si nécessaire, tri manuel des baies, en bout de rang ainsi qu’à l’entrée de la cuverie… Rien n'est laissé au hasard pour vinifier un fruit sain, mûr et expressif, qui contient tout entier le puissant message de ses origines.
Avec ce nouveau et rayonnant millésime 2023, qui conjugue avec justesse l’éclat gourmand, le volume du fruit avec une excitante sensation de fraîcheur et d’énergie, Nathalie et Jean-Claude signent une collection de blancs de haut vol, dans la lignée des excellents 2020, dans une version plus tonique, loin des archétypes des millésimes solaires.
Hormis un épisode caniculaire très tardif, fin août et début septembre, la saison 2023 fut bien moins marquée par des phénomènes extrêmes que bon nombre d’années récentes. Une année qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements très généreux. Des conditions qui ont conduit les Theulot à s’attacher à bien contrôler les rendements (y compris par des vendanges en vert si nécessaire), afin de veiller à limiter la charge par pied et de s’assurer de bonnes maturations. D’autant que l’été ne se montrait pas particulièrement chaud et ensoleillé.
Tout a changé après le 20 août, comme si une nouvelle saison commençait. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et la montée des sucres. Un phénomène amplifié par une bonne pluie orageuse le 28 août. Les vendanges ont débuté dans les tout premiers jours de septembre, en mode « commando », afin d’éviter que les sucres ne grimpent à des niveaux trop élevés. Mission parfaitement menée par Nathalie, Jean-Claude et leurs équipes de vendangeurs. Au final, après avoir éliminé les quelques grappes touchées par l’oïdium, l’état sanitaire des raisins était excellent, et les équilibres franchement enthousiasmants, entre chair pulpeuse et fraîcheur, tout comme les qualités aromatiques des baies.
Les vins offrent aujourd’hui un profil à la fois séveux, charmeur et frais, avec un fruit charnu et savoureux, relevé d’une expression saline et dynamisante des sols. Le couple Theulot est en pleine forme ! Vous l’aurez compris : c’est délicieux, c'est difficile à se procurer et c’est sur la Route des Blancs !
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