La vigne plantée voici une quarantaine d’années occupe le sommet d’une petite colline, formant une sorte de dôme à la pente douce (à peine 5%). Ouverte et bien ventilée, cette parcelle offre une vue imprenable sur le vignoble et le village de Leynes.
Conscient de la spécificité du lieu, avec ses sols calcaires et très caillouteux en surface, Christophe Thibert a décidé d’en isoler la production dans cette cuvée parcellaire créée avec le millésime 2004. Depuis, il n’a cessé d’affiner sa vision de l’identité de ce terroir de Champ Rond, qui donne au vin une empreinte minérale intense, à la fois iodée, pierreuse et saline. Lorsque celle-ci se combine avec un fruit aussi pur et intègre que celui récolté par Christophe, alors on tient ce vin de grande envergure.
Sublimé par un long élevage de 20 mois, intégrant seulement un quart de fûts, ce Saint-Véran Champ Rond nous a séduits par son souffle aérien et sa fraîcheur minérale particulièrement évocatrice et stimulante. Dès le premier nez, on descend dans la fraîcheur d’une grotte calcaire, puis on respire les embruns marins et salés, on visualise les étoiles de mer, les coquillages et les carapaces de crustacés. Le sol est omniprésent apportant aussi son lot d’épices, autour de poivres délicats, de la bergamote, de la réglisse et d’une touche orientale évoquant le Ras El-Hanout.
Au fil de l’aération, le fruit s’installe progressivement sur le devant de la scène, évoquant le poire Passe-Crassane et la pomme, complétées d’une dimension plus aérienne et toujours rafraîchissante, entre cerfeuil et coriandre. Quelques nuances d’écorce d’orange ou de kumquat s'ajoutent à ce bouquet à la fois intense, sérieux et profond.
Cette profondeur et la densité naturelle du vin s’affirment encore davantage en bouche. L’entame, chargée d’un fruit charnu et expressif, avec ses saveurs de poire Beurré Hardy, de pommes Reinette et Granny et de prunes jaunes, laisse peu à peu la place à un milieu de bouche excitant, portée par une trame serrée et tonique à la fine amertume épicée : on pense aux zestes d’orange, au poivre vert et au laurier, mais aussi à la roche-mère, à ce calcaire salin et actif qui ne cesse d’exciter les papilles et de nous faire saliver. L’expression du sol est littéralement vibratoire !
Ce superbe Saint-Véran Champ Rond s’accommodera fort bien de plats iodés : on pense tourteau ou huîtres Belon par exemple, mais on pourra aussi s’aventurer du côté des oursins et même des ormeaux. A moins que l’on ne préfère un tartare de bar bien relevé. Avec 2 ou 3 années supplémentaires, on pourra opter pour des huîtres gratinées ou un Saint-Pierre aux épices, façon « Retour des Indes » comme le proposent les Roellinger, père et fils, dans leurs Maisons de Bricourt…
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