Pour nombre de vignerons, critiques ou autres connaisseurs, le climat des Grands Charrons fait partie, avec Chevalière ou encore Les Tessons, de ce que l’on pourrait appeler les « seconds crus » de Meursault, tant ils donnent des vins racés et de belle envergure.
Il faut dire que les Grands Charrons présentent toutes les caractéristiques d’un grand terroir bourguignon : une exposition à l’Est et au Nord-Est, garantissant des maturations régulières mais sans excès, et surtout, un substrat d’argiles fines, riches en oxyde de fer, qui laisse rapidement la place à la roche-mère de dalles calcaires. Le sol est plus profond et alluvionnaire en bas de coteau, gage de puissance du vin, plus mince et pierreux sur le haut, gage de finesse…
C’est ici que Pierre Vincent a la chance de bichonner une des plus vieilles vignes du domaine, plantée en 1929 sur à peine 14 ares ! Inutile de vous dire qu’ici, les rendements sont naturellement très limités. Les raisins, souvent millerandés, possèdent une concentration absolument hors-norme, donnant un Meursault d’une intensité exceptionnelle.
Après un pressurage long et doux, pour ne tirer que le meilleur du jus, suivi d’un débourbage d’une nuit, la vinification démarre partiellement en cuves inox avant que les jus ne soient entonnés. Pour ses blancs, Pierre choisit de limiter à 10% environ la proportion de bois neuf : il ne cherche surtout pas à graisser ses vins par l’élevage mais, au contraire, à préserver la finesse naturelle et l’éclat des jus. Le vin fait sa malolactique en fût avant de poursuivre son élevage pendant un an. Remis en masse après un soutirage, il passe ensuite un semestre supplémentaire en cuves, avant la mise en bouteille au printemps.
Lors de la découverte de ce millésime fondateur, nous avons eu un gros coup de cœur pour ce vin : la concentration, les parfums, la chair, le rebond, l’allonge, tout y est, déjà parfaitement en place. Au nez, on se régale de la douceur estivale des fruits du verger, expressifs, juteux, autour de la poire et des fruits à noyau. Elle se mêle à des fleurs blanches subtiles, aériennes, à une touche enveloppante de noisette et de poudre d’amande, relevée de notes de zeste de citron confit, de gelée de pamplemousse et d’un soupçon de poivre blanc.
Ce qui frappe le plus, c’est l’incroyable intensité, la sensation de vigueur et de puissance contenue que le jus dégage en bouche. Bien sûr, une matière aussi compacte et concentrée aura besoin d’un peu de temps pour se délier. Mais déjà, on perçoit une profondeur et une complexité de saveurs hors-norme. La longue finale, à la percussion pénétrante, nous emporte déjà très loin.
Une très grande bouteille, à déguster d’ici 5 ans, sur un turbot servi avec un beurre blanc ou une béarnaise, des ravioles homard dans une émulsion zestée à l’estragon mais aussi des ris de veau braisés aux girolles !
© 2025 La Route des Blancs – Tous droits réservés