Cet incroyable 1er Cru de Savigny-les-Beaune a tout pour rivaliser avec un Corton-Charlemagne ou certains premiers crus de haut de coteau vers Puligny-Montrachet (on pense aux Truffières ou aux Folatières en particulier) : la verticalité ciselée, l’empreinte minérale délicatement poudrée, la finesse de grain aux accents floraux et citronnés. C’est une pure merveille qui sait aussi montrer une belle profondeur de bouche.
Pierre Vincent exploite une vigne de 58 ares : c’est une des plus grandes de la mosaïque de micro-parcelles que compte le domaine. Plantée en deux temps, en 1989, puis en 1999, sur la base de sélections massales, la vigne occupe une bande étroite, comme c’est souvent le cas du côté de Savigny et Pernand-Vergelesses, sur le haut de coteau. Elle surplombe le célèbre cru Ile des Vergelesses situé, quant à lui, sur le finage de Pernand.
Ici, les pieds de chardonnay sont très rares. Ils se plaisent pourtant sur ces sols minces et calcaires, composés de marnes blanches, qui vont imprégner le vin de cette empreinte minérale poudrée, d’une rare finesse. La parfaite exposition au levant garantit une bonne durée d’ensoleillement sans que la vigne ne souffre des pics de chaleur de fin d’après-midi. Des conditions idéales pour obtenir des maturités optimales, avec un raisin ayant eu le temps de développer son aromatique tout en préservant fraîcheur et acidité.
Après un pressurage long et doux, pour ne tirer que le meilleur du jus, suivi d’un débourbage d’une nuit, la vinification démarre partiellement en cuves inox avant que les jus ne soient entonnés. Pour ses blancs, Pierre choisit de limiter à 10% environ la proportion de bois neuf : il ne cherche surtout pas à graisser ses vins par l’élevage mais, au contraire, à préserver la finesse naturelle et l’éclat des jus. Le vin fait sa malo en fût avant de poursuivre son élevage pendant un an. Remis en masse après un soutirage, il passe ensuite un semestre supplémentaire en cuves, avant la mise en bouteille au printemps.
Le résultat est éblouissant de délicatesse, de grâce aérienne, florale et poudrée. Au premier nez, on pénètre dans un verger en fleurs, aux senteurs fraîches de cœur de printemps. De délicates notes de jasmin et d’œillet s’associent à quelques touches rafraîchissantes de citronnelle et de craie humide. Du calcaire des sols, le vin a su tirer une subtile empreinte maritime, évoquant embruns iodés et coquillages sur une plage de sable fin. Progressivement, le fruit jaillit du verre, dans toute sa pureté : on pense à la poire, à la pêche blanche et à un citron jaune bien mûr. On pense aussi à un coing frais, enrobé d’une nuance de miel d’acacia. On est au comble du raffinement et d’une sensualité délicate.
Dans cet univers de finesse, la bouche ne manque ni d’intensité, ni de profondeur. Son empreinte minérale tout comme la juste maturité du fruit lui donnent un vrai relief texturé. On croque dans la chair pulpeuse des fruits blancs, dynamisée par une once de citron confit, tandis qu’une sorte de poussière de roche vient s’accrocher sur nos papilles pour une plus grande sapidité de l’ensemble. La longueur impressionne, sur une empreinte calcaire saline et particulièrement salivante, rappelant clairement les expressions de certains Corton-Charlemagne…
Un grand vin, bluffant, qui en surprendra plus d’un si vous le servez à l’aveugle. A table, on l’associera volontiers à des langoustines juste snackées au beurre d’estragon, une barbue ou un turbot rôti aux agrumes.
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