Ici aussi, Joseph Colin a la chance d’exploiter une petite parcelle de vieilles vignes qui ont entre 60 et près de 100 ans, donnant des rendements faibles, avec de petits raisins magnifiquement concentrés et expressifs.
Malgré sa taille relativement importante (pour la Côte d’Or !), puisqu’il compte plus d’une dizaine d’hectares, le 1er Cru Les Chenevottes est encore souvent méconnu. Il occupe pourtant une position tout à fait privilégiée sur le finage de Chassagne-Montrachet et donne des blancs d’une grande élégance aromatique, mais aussi parmi les plus intenses, profonds et vibratoires, de la Côte de Beaune. De l’avis de Joseph, la succession de millésimes plutôt solaires et précoces convient particulièrement bien à ce terroir.
Les vignes des Chenevottes regardent en direction du célèbre Montrachet, de l’autre côté de la route qui s’enfonce ensuite dans la combe de Saint-Aubin. Orientées au levant, à mi-coteau, elles partagent avec le célèbre Grand Cru un sol de marnes mêlant argiles fines rougeâtres, riches en oxyde de fer, et calcaires, les premières apportant du volume et de la structure, les seconds, une belle finesse minérale et épicée.
Après une vinification la plus naturelle qui soit en grand fût, sans bois neuf cette année, ce 1er Cru Chenevottes a été élevé pendant 12 mois avant de repasser 4 mois supplémentaires en cuve. Sur cette cuvée, la fermentation est souvent assez lente, contribuant à renforcer la densité de texture et la sensation de profondeur qui se dégagent du vin.
Dès le premier nez, on se retrouve plongé dans un paysage luxuriant aux essences sensuelles mais empreintes d’une belle fraîcheur tonique : on aime la touche florale de chèvrefeuille et de jasmin, on se laisse charmer par la douceur subtile de la poudre d’amande, du beurre froid et d’un miel d'acacia. Peu à peu, les notes épicées nous emmènent vers le curcuma, la cardamome et le safran. On se régale d’une pêche blanche ou d’un brugnon mûr et juteux, plus vrais que nature, parcourus d’une touche stimulante de zeste de citron vert et de cédrat confit. A l’aération, l’empreinte minérale ne cesse de gagner en fraîcheur et en tonicité : on pense maintenant à des cailloux mouillés, à une poussière de craie, comme en suspension au-dessus du verre.
La bouche se structure autour d’un noyau fruité ample, souple et nourrissant. On se régale de la chair savoureuse et finement acidulée de la poire, de la pêche de vigne et de la prune verte. La baie de genièvre mais aussi les zestes de citrons jaune et vert apportent une fine amertume qui stimule les papilles. L’extrait sec enrobe le palais tandis que la dimension empyreumatique s’affirme sur une finale serrée, imprégnée par les calcaires. Un grand vin, élégant, savoureux et persistant, parfait sur une barbue ou un Saint-Pierre cuisiné façon « retour des Indes », en s’inspirant de la recette fameuse d’Olivier Roellinger. Autre option, après quelques années de cave, des ravioles de homard aux morilles !
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