Fort de ses 75 parcelles et micro-parcelles réparties sur quelques-uns des meilleurs terroirs des Coteaux Sud d’Epernay mais aussi de la vallée de la Marne et de la Côte des Blancs, Aurélien Laherte n’a eu de cesse, depuis ses débuts, d’élargir l’éventail de ses cuvées parcellaires afin de capter et retranscrire au plus près de chaque terroir les nuances de cette véritable mosaïque viticole.
Pour cette cuvée, Aurélien met à l’honneur les plus vieilles vignes de pinot meunier du Domaine, plantées par ses aïeux entre 1947 et 1953. Ces petites parcelles occupent les lieux-dits des Rouges Maisons et des Monts Bougies, au cœur du berceau familial de Chavot. Le pinot meunier s’épanouit sur des sols argilo-limoneux riches en silex, sur un sous-sol crayeux reposant sur des calcaires durs. Aurélien complète l’assemblage avec une vieille vigne située sur le village voisin de Mancy, au lieu-dit Les Hautes Norgeailles : ici, les sols peu profonds sont plus argileux, avant d’atteindre assez rapidement une couche calcaire très drainante, issue du Sparnacien.
Conscient de la richesse naturelle du pinot meunier, surtout sur ces vieilles vignes aux rendements faibles et aux raisins petits et concentrés, Aurélien choisit de bloquer la fermentation malolactique afin de rester au plus près des équilibres naturels d’un fruit bien mûr. C’est d’autant plus pertinent sur un millésime 2018 où l’été bien ensoleillé a permis au meunier d’atteindre de splendides maturités.
Dégorgé en novembre 2021, cet Extra-Brut Les Vignes d’Autrefois nous enchante par sa complexe subtilité aromatique : ici, tout s’entremêle harmonieusement, les arômes vont et viennent dans une joyeuse farandole. On pense aux macarons délicats et raffinés d’un Pierre Hermé. Côté fruit, on croise la cerise, la fraise et la groseille, l’abricot et la prune Reine-Claude, la rhubarbe et la pomme rouge. La roche s’imbrique parfaitement dans le fruit, tantôt crayeuse et effilée, tantôt plus ronde, évoquant davantage un grès qu’un calcaire (on doit peut-être y voir l’influence des argiles). Après plusieurs minutes d’aération, on finit sur une note irrésistiblement gourmande de quatre-quarts parfumé à la fleur d’oranger. C’est un régal !
L’ampleur de bouche est impressionnante : le fruit est à la fois généreux et énergique, déployant des saveurs de confiture de mirabelles et d’abricots, de purée de pomme Boskoop, de marmelade d’agrumes, de jus d’ananas finement acidulé, de kiwi et de fruit de la passion. Au cœur de cette chair savoureuse et nourrissante se développent des notes plus épicées d’anis de Flavigny et de clou de girofle. La puissance vibratoire et la longueur de la finale sont impressionnantes et finissent de nous plonger dans une sensation presque physique de plénitude.
Voici incontestablement une grande bouteille, que l’on attendra idéalement au moins 3 années supplémentaires avant de l’associer, à table, à une volaille de Bresse à l’estragon, un quasi de veau à la sauge ou une pintade à la rhubarbe accompagnée d’une purée à la façon de Joël Robuchon ou d’une gratin Dauphinois. Autre option, plus maritime : un saumon à l’oseille, en s’inspirant de la recette de chez Troisgros. A table !
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