Muriel Giudicelli

Muriel Giudicelli

Les beaux jours arrivent : il est grand temps de mettre le cap vers un pays de lumière et de douceur, au cœur d’un paysage à la beauté saisissante, entre le golfe de Saint-Florent et Patrimonio : nous partons aujourd’hui à la rencontre d’une vigneronne iconique, libre et inspirée, Muriel Giudicelli, « grande dame du vin qui a rejoint le panthéon restreint de l’excellence insulaire », pour reprendre les mots du récent portrait que lui consacrait la Revue du Vin de France.

Ce n’est qu’en 1997 que notre attachante autodidacte s’installe à Poggio-D’Oletta, dans l’arrière-pays du Golfe de Saint-Florent, finalement assez loin de Solenzara et des montagnes de Chisà qui l’ont vu grandir et d’où ses parents sont originaires. Si l’amour du bon vin et de la vigne tenait déjà une place particulière dans la famille (son arrière-grand-père avait même planté quelques vignes du côté d’Ajaccio), cette amoureuse de la nature et du patrimoine vivant de son île semble d’abord se destiner à l’élevage bovin, désireuse de préserver les races autochtones. En attendant de trouver les terres qui lui permettraient de se lancer, elle poursuit, après son BTS agricole, des études aussi variées que la communication et la sociologie : on doit certainement voir dans ce parcours déjà éclectique la marque d’un esprit ouvert et aventurier, à la curiosité insatiable et loin de tout stéréotype.

A la fin des années 1990, la vie de Muriel bascule définitivement dans le monde de la vigne et du vin : avec l’aide de son ami Antoine Arena, un des pionniers du renouveau d’une viticulture paysanne et biodynamique en Corse, elle saisit l’opportunité d’acquérir 5 hectares de vignes à Poggio-D’Oletta, plantées de niellucciu, vermentinu et muscat d’Alexandrie. Au coeur de l'appellation de Patrimonio, dont la diversité géologique est unique sur l’île. Ce vignoble est en effet à la croisée des schistes du Cap Corse, des granites du désert des Agriates et des sols argilo-calcaires occupant les contreforts de la montagne de Sant-Angelo. Une source inépuisable de complexité pour les vins produits ici. A condition bien sûr de comprendre le terroir… et de le respecter !

Si l’approche biologique à la vigne s’impose à elle comme une évidence, Muriel, rejointe en 2005 par son mari Stéphane, va pas mal tâtonner à la cave. Pas satisfaite de ses premiers millésimes, qui manquent, selon elle, d’âme et de vie, elle va entreprendre une sorte de compagnonnage dans de nombreux vignobles de France et d’Italie, pour se nourrir de l’expérience des autres et trouver son propre chemin. Ses séjours en Alsace, chez André Ostertag ou Jean Boxler par exemple, vont particulièrement l’inspirer pour trouver sa propre vision de vins blancs vivants et vibrants, imprégnés par leur terroir. N’oublions pas, après tout, que le vermentinu est un lointain cousin du riesling…

Faisant de son absence de bagage technique une force, Muriel ne va cesser d’expérimenter, de tester, d’affiner encore et encore ses pratiques, loin de tout formatage ou autre déterminisme, pour développer au final une vision singulière et particulièrement inspirée du vin de Patrimonio, mais aussi du Muscat du Cap Corse qui brille ici d’un éclat tout à fait unique. C’est ainsi qu’elle décide en 2012 de convertir l’ensemble de la douzaine d’hectares du domaine à la bio-dynamie. Avec le concours précieux de Stéphane qui se consacre au travail de la vigne, Muriel pousse toujours plus loin cette recherche d’un équilibre naturel optimal, d’une harmonie globale, d’une osmose entre la plante et tous les éléments qui font son environnement.

Dans ce pays plutôt aride et souvent balayé par la brise marine, tout le vignoble est désormais conduit en gobelet, en privilégiant une taille basse. En outre, l’influence des vents descendant des sommets à plus de 1000 mètres qui entourent les vignes apportent de la fraîcheur nocturne et tempère les températures diurnes, même au cœur de l’été. Des conditions idéales pour des maturations lentes, régulières, gages d’une belle complexité aromatique des baies. Si Muriel et Stéphane sont restés fidèles à l’encépagement dominant de la région (niellucciu, vermentinu et muscat), ils mènent en parallèle de nouvelles expériences en introduisant progressivement d’autres cépages autochtones, sciaccarellu pour les rouges, genovese et rimenese en blanc.

A la cave, tenante d’une vinification naturelle, elle a supprimé depuis longtemps tout intrant œnologique et limite au maximum l’ajout de sulfites, si ce n’est au moment de la mise en bouteille. Son credo est finalement simple à énoncer : le fruit et son terroir, rien que le fruit et son terroir. Bien sûr, pour cela, le travail en amont est colossal pour veiller à ne récolter qu’un raisin à parfaite maturité, dans un état sanitaire irréprochable, porteur de l’identité du sol et du millésime. Muriel et Stéphane n’hésitent pas à éliminer ainsi 15 à 20% des baies, lors d’opérations de tri particulièrement méticuleuses. Les blancs sont pressés en grappes entières, très délicatement, pendant 6 heures au moins. Le plus souvent, les fermentations malolactiques s’opèrent, naturellement. Dans ce pays où l’on privilégie les élevages en cuves inox, Muriel a également fait le choix singulier, après de nombreux essais, d’introduire des foudres, conçus par le célèbre tonnelier autrichien Stockinger : un choix guidé par son goût pour les grands rieslings alsaciens et par la volonté que le vin « respire » et gagne ainsi en complexité sans pour autant être marqué par l'influence du bois… Les amateurs de « beurré-toasté » peuvent passer leur chemin !

Au final, Muriel Giudicelli nous offre une gamme de blancs inspirés, vivants et vibrants. Des vins au potentiel de garde qui en surprendra plus d’un, et qui racontent leurs origines avec sincérité et une rare sensibilité. Des vins parmi les plus touchants et habités que ce formidable vignoble Corse produit. De « très grands vins » en somme, pour paraphraser la RVF.

Du charmeur, subtil et tonique Patrimonio blanc 2023, aux équilibres souverains entre gourmandise fruitée, fraîcheur acidulée et empyreumatisme épicé, à un Muscat du Cap Corse N°1 à l’énergie prodigieuse, en passant par quelques perles rares, comme un succulent Blanc de Noir issu d’une vieille vigne de grenache noir complété d’un peu de sciaccarellu qui ajoute encore de la finesse au propos, ou encore le dernier-né, l’ultraconfidentiel Luna Nera, assemblage fascinant de vermentinu et de genovese, cofermentés et élevés en jarre de grès, Muriel nous offre cette année encore des vins époustouflants de justesse et de diversité.

C’est authentique, c’est vivant et lumineux : c’est la Corse, à son meilleur !

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