Situé sur le village de Nothalten, le Zellberg fait office de rempart de protection naturel de la vallée du Muenchberg qui s’ouvre juste derrière. Il doit certainement son nom (« zell » signifie cellule) à une « cellule » de moines installée en ermitage au sommet du coteau, au Moyen-Age.
Exposé au Sud-Est, son sol original est issu d’un véritable « chaos géologique » comme l’explique André Ostertag, mêlant argiles, grès rose et calcaires. Les vignes du domaine occupent une position de mi-coteau, en pente relativement douce, où les sols sont plus profonds. Le pinot gris y a été planté à la fin des années 1980, trouvant dans ce terroir à dominante argilo-calcaire, des conditions d’expression idéales.
Car ici, c’est bien cet équilibre à la fois sec et gras qui est recherché, avec cette dimension fumée, et presqu’animale que le pinot gris peut alors donner au vin. A cette fin, Arthur et André soignent tout particulièrement le pressage des baies, lent et très doux, afin d’extraire un maximum d’éléments des peaux sans toucher aux pépins qui ramèneraient de la dureté.
Fidèle à la tradition de vinification du Domaine pour les pinots gris, après une fermentation naturelle sur levures indigènes, le vin est ensuite élevé pendant un an en fûts de chêne, avec cependant très peu de bois neuf (moins de 15%). Il s’agit ici de « dompter » la puissance naturelle du cru, tout en conservant un toucher de bouche soyeux, dynamique et jamais lourd.
Mission parfaitement réussie pour ce Zellberg 2018 dense mais tonique et racé. Comme souvent, les rendements furent parmi les plus faibles de toutes les vignes du domaine, contribuant à donner au vin une remarquable concentration. Les fruits blancs (pêche, coing) cohabitent harmonieusement avec les épices (paprika, poivre gris), l’amande, le citron confit, le zeste de pamplemousse, la pierre à fusil, l’humus et une touche plus racinaire évoquant quelques légumes oubliés. L’entame de bouche est ample et charnue, dévoilant une structure tannique bien équilibrée par cette arête minérale épicée, qui annonce une finale très salivante. Elle mêle des saveurs légèrement pimentées et la fine amertume de l’écorce de pamplemousse.
La longueur en bouche impressionne déjà pour ce grand vin de gastronomie qui magnifiera canard ou porc laqué, une blanquette de veau aux trompettes de la mort, ou des suprêmes de volaille accompagnés d’une purée de panais et autres légumes racines. Incontournable.
© 2020 La Route des Blancs – Tous droits réservés