Nous entrons avec ce vin dans la catégorie de ce qu’André Ostertag a longtemps nommé les vins de pierre, car ici, le vin doit exprimer avec justesse et la plus grande sincérité la singularité de chaque sol, son « âme ». Avant qu’André ne le transcende dans ses vins, ce terroir de Fronholz n’était pas franchement connu ni reconnu : longtemps, il fut d’ailleurs recouvert de bois et la vigne n’y fit son apparition que tardivement.
Fronholz révèle pourtant une typicité tout à fait remarquable, donnant au riesling une dimension iodée et saline caractéristique. Il est d’ailleurs probable qu’il fasse bientôt l’objet d’un classement en premier cru, dès que cette notion sera reconnue dans le vignoble alsacien…
Occupant le sommet de la colline d’Epfig, il se distingue par son exposition au Sud-Ouest et au Sud, assez rare en Alsace, et bénéficie d’un ensoleillement prolongé. Eloigné du massif vosgien, il est cependant assez frais et venté. Ici, le raisin peut mûrir lentement, tout en évitant sur-maturation et diminution de son acidité. Les vignes de riesling, d’une quarantaine d’années, occupent un plateau, au sommet de la colline, où les sols de quartz et de sables calcaires sont plus légers, minces et très drainants. La présence d’argiles en profondeur finit de donner au vin un très bel équilibre entre finesse minérale et densité de structure.
Les conditions estivales de 2018, avec un ensoleillement spectaculaire, ont permis au raisin du Fronholz d’atteindre une superbe maturité phénolique, tout en conservant une belle acidité, l'équilibre idéal pour accoucher d’un grand vin, profondément ancré dans son terroir !
Au final, après un élevage d’un an en cuve, sur lies fines, cette cuvée emblématique du Domaine a tout du grand Riesling, lumineux, dense mais frais et énergique. Dès que l’on pose le nez sur le bord du verre, on est saisi par cette sensation de transparence et de fraîcheur qui se dégage du vin. Le bouquet délicat évoque le sable, mais aussi un univers végétal sophistiqué de fleur d’oranger et d’herbes fines fraîchement coupées, cerfeuil et coriandre en tête, ainsi qu’une touche un peu plus maritime sur l’étoile de mer et les embruns.
Le fruit est juteux, sapide et gourmand, sur la pomme Granny, la pêche blanche, le citron vert et la goyave. On retrouve en bouche la force du terroir (et des argiles profondes), avec cette grosse densité qui se déploie progressivement, toujours soutenue par une belle acidité mûre et une tension minérale juste et tonique. Il y a déjà beaucoup de sapidité et de persistance dans la finale aux accents salins.
Par son remarquable équilibre entre volume et fraîcheur, ce Fronholz est taillé pour une belle garde, d’au moins 10 ans : il aura encore gagné en souplesse et en fluidité. Quant aux accords gastronomiques, l’éventail est large : saumon gravlax, salade d’écrevisses, crabe farci, ris de veau ou tourte de volaille!
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