« La vallée qui sourit » : il semble bien que le petit village de Sury-en-Vaux n’ait jamais aussi bien porté son nom, hérité de l’ancien français. Après Sancerre bien sûr, Chavignol ou Bué, ce charmant village niché au creux d’une petite vallée fait figure de nouvel Eldorado pour les amateurs des expressions les plus authentiques et vibrantes du sauvignon sancerrois.
Avec Stéphane Riffault et Jean-Philippe Agisson, Vincent Gaudry est incontestablement un des vignerons les plus enthousiasmants de la région. Loin des modes et des effets de manche, ce véritable vigneron-paysan, inspiré par la nature qui l’entoure et chantre de la bio-dynamie, livre depuis son domaine familial de Sury-en-Vaux, cultivé comme son jardin, parmi les blancs les plus intenses et habités que nous ayons goûtés depuis longtemps. Des vins identitaires, des vins de lieu et d’émotion, gorgés de l’énergie du vivant, des vins aux antipodes d’une expression variétale du célèbre cépage ou d’une vision standardisée et « prête à boire » du Sancerre. Vous l’aurez compris, pour nous, c’est un coup de cœur !
Le jeune Vincent Gaudry revient au domaine familial en 1991 : il n’est âgé que de 16 ans. Il faut dire que la vigne, il est réellement tombé dedans : ses parents lui racontaient souvent qu’à 5 ans, « il les embêtait car il voulait déjà savoir comment devenir vigneron ! ». Marcher dans les vignes, humer la terre, toucher la plante, ses bourgeons, ses feuilles puis ses fruits : aussi loin que les souvenirs remontent, c’est déjà son désir le plus profond.
La petite propriété, fondé par ses grands-parents, compte 5 hectares de vignes que son père travaille alors de façon conventionnelle. Vincent prend très vite la décision radicale de cesser tout traitement de synthèse, pour sa propre santé bien sûr (à ses débuts, il tombe très malade à la suite d’une campagne de traitement), mais aussi et surtout pour celle du sol et de la plante. Précurseur en la matière, sa décision n’est pas forcément bien comprise à l’époque par son entourage et par les voisins de vignes : dans les années 1990, les produits systémiques triomphent un peu partout dans le vignoble, à quelques rares exceptions.
En parallèle, Vincent récupère quelques parcelles supplémentaires, le plus souvent sur les fameuses caillottes, ces sols constellés de petits cailloux de calcaires tendres, mais aussi sur quelques terroirs plus rares de silex, comme cette petite vigne de coteau sur silex rouge qui donnera plus tard naissance à la cultissime cuvée « A mi-chemin ». Pendant une dizaine d’années, il va déployer son énergie pour redonner à la vigne toute sa vitalité. Il va également restructurer ce qui doit l’être avec le souci de préserver au maximum la diversité du matériel végétal : ici, la complantation ne se fait qu’à partir de sélections massales des plus vieilles vignes de la famille. Plus récemment, Vincent a eu l’opportunité rare de récupérer en fermage quelques parcelles exceptionnelles sur les meilleurs terroirs de Chavignol, dont une vieille vigne plantée dans les années 1960 dans la meilleure partie du Mont-Damné. Elle lui a été confiée par Anne Vatan, propriétaire du mythique Clos La Néore. L’histoire s’écrit au présent et au futur : c’est heureux !
Dès le début des années 2000, il obtient pour la douzaine d’hectares de vignes que compte aujourd’hui le domaine la certification Bio puis, en 2006, le label Demeter qui consacre la stricte application des principes de la bio-dynamie, dont il fut un des précurseurs dans la région. Autant de pratiques qu’il voit, non comme des finalités, mais seulement comme des étapes dans sa compréhension du vivant, sa compréhension intime de la vigne et de son environnement. Cet autodidacte revendiqué possède cette qualité rare, celle de celui qui sait qu’il ne sait pas. Celui qui cherche sans cesse, qui observe, qui écoute la nature autant que les êtres qui l’entourent. Comme il le dit, « rien n’est écrit, à la vigne comme à la cave, je m’adapte à chaque millésime ».
Depuis ses débuts, Vincent n’a eu de cesse de s’inspirer des anciens pour mieux inventer son propre présent. « Rester ouvert » pourrait être la devise d’un vigneron humble et discret, qui n’a suivi pendant de longues années qu’une seule école, « sa grande école » comme il le dit avec malice, l’école des anciens. Des aînés dont il a patiemment observé chaque geste, cherchant à en percevoir l’influence, le sens profond, à la vigne comme en cave.
C’est aussi à leur côté qu’il a compris le goût du vin, comment il se construit, d’abord à la vigne, puis dans le chai. Un vin qu’il voit « un peu comme un enfant, dont sols et terroirs seraient les parents, ceux qui vont lui donner son tempérament ». Quant au vigneron, il est là pour l’écouter, le guider dans ses premiers pas, canaliser sa fougue, affiner son caractère : une fois qu’il est apte à courir et à vivre sa vie, le vigneron peut s’effacer. Sa mission est accomplie. Le vin est prêt pour écrire sa propre histoire, en bouteille, dans le temps étiré d’une cave silencieuse. En optant pour des élevages longs, jusqu’à deux ans en vieilles barriques pour ses cuvées parcellaires les plus emblématiques, suivi d’un temps d’affinage supplémentaire en bouteille cirée, Vincent concède bien volontiers n’avoir rien inventé. Là encore, il lui a suffi de se plonger dans l’histoire de la viticulture locale pour comprendre que le sauvignon avait besoin de ce temps long pour que sa typicité variétale s’efface au bénéfice de l’expression du sol. Jeune, il avait mis la main sur les actes d’une conférence datant de 1904, au lendemain de la crise phylloxérique, où tous ces principes essentiels étaient déjà énoncés !
Vous l’aurez compris : Vincent fait partie de cette race d'artisans-vignerons qui ne cherchent surtout pas une recette, qui n’ont pas la science infuse mais sont avant tout à l’écoute du monde qui les entoure et du monde qui les a précédés, des messages que la terre et la plante leur envoient. Des vignerons qui s’inscrivent dans un temps long, à la recherche de l’harmonie et l’équilibre en toute chose. Et nous, ça, on adore. Les vins de Vincent Gaudry, adulés par une communauté d’inconditionnels qui n’aiment pas toujours partager leur secret, nous touchent au coeur : ils respirent le vivant, le lieu qui les a vu naître et vibrent d’une énergie incomparable.
Une seule ombre au tableau : ses vins sont rares et difficiles à se procurer. Nous ne boudons pas notre plaisir de pouvoir vous les proposer. Cerise sur le gâteau : Vincent a exceptionnellement accepté d’entrouvrir sa vinothèque pour vous faire goûter quelques flacons de millésimes plus anciens, qui vous montreront avec brio combien les Sancerres signés Vincent Gaudry se bonifient avec le temps. Mais, attention, les quantités sont très limitées. Avis aux amateurs…
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