Ce Bourgogne de très haute tenue met bien évidemment en lumière l’ancrage familial et les terroirs de Chassagne-Montrachet. Issus de 3 petites parcelles qui totalisent moins d’un hectare, il met à l’honneur les bas de coteau du célèbre village, là où les sols sont un peu plus profonds et argileux. Pour autant, la roche calcaire n’est jamais très loin.
Les vignes ont entre 10 et 40 ans, les plus anciennes ayant été plantées au milieu des années 1980 : elles sont cultivées en suivant scrupuleusement une approche biologique et biodynamique. En 2023, le système racinaire a parfaitement su puiser dans les argiles profondes l’humidité et les nutriments nécessaires pour que les maturités des fruits progressent de façon régulière et homogène. Thibault a fait le choix de clôturer ses vendanges avec ces vignes, vers le 10 septembre. Les rendements étaient satisfaisants et les équilibres des raisins juste parfaits, affichant des degrés d’alcool potentiels autour de 13°.
Comme pour ses meilleurs crus, Thibault privilégie un élevage en fûts et demi-muids, intégrant moins d’un quart de bois neuf, pendant un an. Des contenants complétés par quelques jarres en grès.
Le nez impressionne d’emblée par sa richesse aromatique, le sentiment de plénitude qu’il dégage. On se régale de notes mûres et franches de pommes Boskoop ou Reinette compotées, de noisette fraîche et d’amande grillée, de zeste d’orange séché, de pamplemousse et de citron vert, de menthe fraîche, de cerfeuil, de livèche et d’une pointe de gingembre. A l’aération prolongée, le fruit s’épaissit, le bouquet se montre encore plus généreux, sensuel : on décèle maintenant la pulpe d’une mandarine bien sucrée, la confiture d’abricot et la marmelade.
La bouche, charnue, nous plonge elle aussi au cœur de Chassagne-Montrachet, porteuse de cette empreinte empyreumatique et épicée typique du célèbre finage. La matière, ample mais très active sur le palais, déploie des saveurs franches de prunes vertes et jaunes, de pomme Granny et de poire. Autant de fruits relevés de roquette poivrée, de cardamome, de verveine et d’une touche de piment séché. On aime aussi l’énergie des agrumes, autour de la mandarine, du zeste de pamplemousse et du kumquat, qui contribuent à exciter nos papilles. Plus on avance vers la finale, plus le vin se montre énergique, déployant une trame aux fins amers salivants entre écorce d'agrume, noyau de fruit et réglisse. La finale s’étire sur une trame incisive, déclinant des poivres lointains.
S’il est déjà très expressif, ayant parfaitement digéré son élevage, nul doute que ce Bourgogne se magnifiera encore après quelques années de cave. Il vous régalera sur des escargots de Bourgogne ou des cuisses de grenouilles en persillade, un saumon gravlax ou un tartare de thon bien relevé, mais aussi sur des noix de Saint-Jacques snackées au beurre d’agrumes, accompagnées d’une fricassée de girolles, une sole Meunière, ou encore un suprême de volaille aux champignons et à la crème.
C’est un modèle du genre, imparable et indispensable.
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