Collector absolu : voici l’un des premiers crus de Chassagne-Montrachet les plus cultes, mais aussi et malheureusement l’un des plus rares, quasiment introuvables devrait-on dire ! Sur ce minuscule finage de la Dent de Chien (à peine 65 ares au total), Thibault Morey a la chance d’exploiter une micro-parcelle de 7 ares de vieilles vignes plantées en 1973.
Le climat de la Dent de chien (dont le nom fait référence à la forme du rocher calcaire qui le surplombe) jouxte la partie haute du Montrachet : si la célèbre colline était un crâne, disons que la Dent de Chien en serait l’occiput. Une partie du climat fut d’ailleurs intégrée au mythique Grand Cru dès 1921 (avant la classification officielle de 1936).
Pourtant, géologiquement, c’est plutôt du Chevalier-Montrachet que l’on devrait le rapprocher : ici, les sols de terres brunes légères sont minces, arides, mais surtout très calcaires et caillouteux, avec une roche-mère toute proche. La végétation revêt presque un caractère « méditerranéen », entre chênes pubescents, buis et amandiers.
Pour reprendre les mots d’un autre fameux « Morey » bourguignon, le grand Pierre Morey lorsqu’on lui demandait de décrire ce qu’il recherche à transmettre dans ses vins, on peut tout de suite dire que ce « Dent de Chien » a bien « la gueule de l’endroit d’où il vient » ! Ici, c’est incontestablement le sol et la roche qui donnent le « La » !
Dès le premier nez, c’est bien cette minéralité calcaire qui semble jaillir du verre sur des notes fumées et crayeuses, sur une évocation de pierre à fusil et de poudre de roche, mâtinée notes mûres et gourmandes de poire, de pêche et d’abricot. Viennent ensuite des nuances florales, à la fois raffinées et sensuelles, autour du chèvrefeuille, de l’aubépine et de la violette. Le sol apporte aussi une dimension fraîche et marine, évoquant de lointains embruns et quelques souvenirs de coquillage. La finesse poétique du bouquet nous tire du côté du Chevalier-Montrachet tout proche…
En bouche, on reste dans un univers à la fois intense et raffiné avec une entame de bouche au toucher infiniment soyeux. Peu à peu, le vin se déploie pour finir par déployer une impressionnante puissance fuselée. Toujours actif et tendu, porté par sa minéralité crayeuse, il est extrêmement précis dans sa définition et énergique dans sa façon de stimuler les papilles. Il noue avec les sens et l'esprit un dialogue constant, à la fois animé et fluide. La fin de bouche est magistrale d’intensité et de longueur, oscillant sans cesse entre sensualité des fruits à noyau, fins amers évoquant les écorces d’agrumes et minéralité empyreumatique, véritable signature de ce Chassagne d’exception.
Un grand vin qu’il faudra savoir attendre un peu, 5 années au minimum.
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