Au cœur du finage de Fuissé, le secteur du Bois de la Croix, exposé au Sud- Est, est précoce et solaire : il assure aux vignes de belles maturités. La pédologie y est complexe : les sols sont essentiellement composés de tufs volcaniques, mais aussi de grès et de schistes. En surface, ils présentent une structure plus ou moins argileuse ou sableuse selon l’emplacement. On retrouve la dalle rocheuse à une faible profondeur : les racines de la vigne descendent à plus d’un mètre le long des faces verticales des prismes, s’imprégnant ainsi d’une identité minérale typique. Notons enfin que certains îlots sont recouverts de cailloutis calcaires.
On l’aura compris : c’est bien dans ce substrat complexe que ce Mâcon-Fuissé trouve sa singularité, offrant un équilibre d’école entre grâce effilée, fraîcheur et gourmandise. Une complexité idéalement servie par un élevage en cuves, à la précision millimétrée, qui a su, après deux années supplémentaires d’affinage en cave, se faire totalement oublier.
Charmant et tonique, le nez s’ouvre dans un registre de fraîcheur et d’éclat. Le pamplemousse et le gingembre dominent, rejoints par des notes jaillissantes de citron yuzu qui apportent une énergie vive. En arrière-plan, une sensation pierreuse, presque ferrugineuse, rappelle le silex frotté, les schistes et installe une minéralité franche qui évoque certains grands rieslings. Cette rigueur minérale se mêle pourtant à une dimension plus gourmande, entre miel de lavande délicat et gelée de citron jaune ou de cédrat, donnant de la rondeur et du volume aromatique. Un esprit légèrement céréalier, évoquant la farine fraîche ou le grain concassé, complète ce tableau complexe. L’ensemble respire à la fois la précision et la générosité, révélant une profondeur aromatique rare pour ce secteur.
La bouche surprend par son attaque ronde et soyeuse, presque caressante. Très vite, le milieu se resserre et déploie une texture singulière, comme une fine pellicule d’argile blanche ou de poudre de riz venant tapisser le palais. Cette matière à la fois dense et subtile est portée par une fraîcheur structurante, amplifiée par des notes anisée et citronnée de fenouil frais et de verveine. Le vin gagne alors en tension, dévoilant son empreinte minérale vibrante, marquée par une amertume noble qui rappelle les pierres concassées et le bâton de réglisse. L’acidité, parfaitement intégrée, allonge et étire la finale avec une grande maîtrise, laissant en bouche une sensation cristalline. Un Mâcon-Fuissé de haut vol, tendu, énergique et promis à une évolution remarquable en cave.
Ce vin se prête particulièrement bien à un plateau de fromages : Langres affiné, Brillat-Savarin et Reblochon seront des compagnons de choix. On l’appréciera aussi avec un produit pur, sans artifice, comme un bar de ligne rôti et parfumé aux graines de fenouil, servi avec une purée de topinambours. Avec le temps, il conservera sa franchise tout en développant une palette plus épicée : il gagnera alors à accompagner un risotto au safran relevé de quelques noix de Saint-Jacques cuites à la vapeur.
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