Voici incontestablement l’autre « Grand Cru » du Domaine, issu de deux parcelles de vieilles vignes, situées au nord de Fuissé, à la lisière du Hameau de Pouilly. Les vignes d’une soixantaine d’années en moyenne ont été plantées entre 1955 et 1964 par Jean-Alfred Ferret. Elles s’appuient sur un sol argileux assez profond avant de s’immiscer dans le sous-sol très calcaire de marnes claires, qui n’est pas sans rappeler certains des meilleurs terroirs de la Côte d’Or. L’orientation au Nord-Est préserve la plante des excès de chaleur diurne : un atout indéniable avec la succession de millésimes chauds et solaires que nous observons dans le Mâconnais.
En 2018, Audrey a fait entrer dans la cuverie (créée en 2012 pour lui donner les moyens de son ambition) une belle récolte, vendangée autour du 10 septembre à son point optimal de maturité. Des raisins dans un état sanitaire proche de la perfection. Ce Pouilly-Fuissé fut ensuite vinifié sur levures indigènes en fûts dont 20% à peine de fûts neufs. L’élevage de 9 mois se poursuit ensuite par une remise en cuve où le vin va parfaire sa structure pendant 6 mois supplémentaires, jusqu’à sa mise en bouteille en mars dernier.
On perçoit dès le premier nez la grande complexité de ce Tournant de Pouilly, tout en harmonie délicate et en sérénité. On pense à un paysage de lac, entouré d’arbres et d’arbustes couverts de fleurs blanches, du tilleul au lilas. On pense à des champs de céréales battues par les vents, on pense à des pollens délicats. Le sous-sol calcaire imprime une dimension maritime, toute en fraîcheur elle aussi, avec ses évocations d’algues Nori et d’étoile de mer.
Si elle se révèle juteuse et nourrissante, la bouche se montre surtout d’une incroyable pureté : elle jaillit, elle avance, elle trace, portée par une dimension minérale très excitante, évoquant le poivre Timut. Bien sûr, le fruit est bien là, charnu et parfaitement mûr, sur des évocations de poire Passe Crassane et de pomme Canada compotée. Mais c’est bien la présence du sol qui s’impose, dans un équilibre fascinant entre densité « marneuse » et tension calcaire.
La finale sapide et finement réglissée, développe une allonge stupéfiante ! Ce fier rival de certains des plus beaux crus de la Côte de Beaune sublimera une sole ou une barbue juste accompagnée d’un beurre blanc légèrement citronné. Mais aussi une feuillantine de langoustines aux graines de sésame accompagnée d’une sauce légère au curry. Ou encore des ris de veau braisés, aux trompettes de la mort. Un must absolu, emblématique de ce que la Bourgogne mâconnaise peut produire de plus grand !
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