Nous sommes ravis de vous proposer cette superbe collection 2024 signée Joseph Colin, qui est, de notre point de vue, une des plus éblouissantes de toute la Côte de Beaune. Nous ne sommes pas les seuls à le penser : le journaliste spécialisé, Jasper Morris, n’hésitait pas à écrire récemment qu’il voyait dans ce millésime 2024 « les meilleurs vins produits par Joseph à ce jour » ! S’il a signé, en 2017, son premier millésime sous son (pré-)nom, Joseph est bien connu des amateurs de grands Bourgognes puisqu’il vinifiait jusque-là, au côté de son frère cadet Damien, les vins d’une des plus célèbres propriétés de Saint-Aubin, le Domaine Marc Colin.
15 ans après le départ du frère aîné, Pierre-Yves, ce fut donc au tour de Joseph de se faire un prénom dans cette famille de talentueux vignerons. Depuis un certain temps déjà, Joseph rêvait de faire évoluer ses méthodes culturales et sa vinification vers une approche plus inspirée de la biodynamie et moins interventionniste en cave. Or, il est sûr que l’on ne manœuvre pas le « paquebot » familial (plus de 20 hectares tout de même) avec la même agilité qu’un petit catamaran…
C’est donc en 2017, après une mûre réflexion et des échanges avec son frère et sa sœur, que Joseph s’est finalement décidé à franchir le cap et à voler de ses propres ailes. Il a récupéré environ 6 hectares des vignes familiales, sur quelques-uns des plus beaux terroirs de Saint-Aubin et Chassagne-Montrachet. Il a également pu rapidement s’installer dans l’ancien chai de son père, un outil de travail parfaitement opérationnel qui lui a permis de livrer un premier millésime 2017 déjà très abouti et remarqué par la critique. Nous avons pour notre part découvert son travail en solo dès le millésime 2018 : nous avons été immédiatement conquis par l’éclat naturel des vins, la précision d’expression de chaque terroir et surtout, cette formidable énergie communicative, cette lumière intérieure qu’ils dégageaient.
En échangeant longuement avec Joseph, nous avons pu également mieux comprendre la philosophie qui guide ses choix. En concentrant ses efforts sur 6 hectares seulement, il a pu encore affiner et préciser son approche culturale, qui s’inspire davantage de la biodynamie. Pour pouvoir se permettre d’être moins interventionniste en cave et de laisser s’exprimer autant que possible la nature, Joseph sait parfaitement qu’il ne peut miser que sur des raisins parfaitement sains, ayant atteint leur optimum de maturité. Il fait preuve d’une précision redoutable dans les choix des dates de vendange : à un ou deux jours près, il sait pertinemment que les équilibres et surtout les aromatiques peuvent sensiblement évoluer.
Au chai aussi, Joseph a fait évoluer sa pratique : il a cherché à supprimer au maximum tout biais ou artifice de vinification qui tendrait à masquer ou travestir l’expression la plus pure et la plus vraie de chaque terroir. Après un pressurage très doux en grappe entière, il privilégie aujourd’hui les grands fûts (entre 500 et 600 litres), en veillant à pouvoir soutirer par gravité. Il limite sensiblement la proportion de bois neuf (rarement plus de 10%). En outre, Joseph a décidé de se passer autant que possible de l’ajout de soufre pendant la vinification et l’élevage, se contentant le plus souvent de protéger le vin au moment de la mise en bouteille. Bien sûr, rien n’est laissé au hasard, Joseph vérifiant fût par fût qu’aucune déviance aromatique ne survienne : on est heureusement très loin de certaines expérimentations hasardeuses que l’on rencontre encore trop souvent dans l’univers des vins « naturels » …
Toujours en quête de finesse de texture et afin de conserver pendant l’élevage suffisamment de gaz carbonique qui protège naturellement le vin, Joseph a pratiquement supprimé les bâtonnages. Au final, selon les crus, les vins passent 9 mois à un an en grands fûts et demi-muids avant de finir de s’harmoniser 3 à 4 mois supplémentaires en cuve. Soucieux de se donner les moyens de ses ambitions, Joseph a fait bâtir une nouvelle cuverie, sur 3 niveaux : plus fonctionnelle que les anciens chais familiaux qu’il occupait jusque-là, elle lui permet de travailler intégralement par gravité et de peaufiner les élevages, grâce à la présence de deux grandes caves enterrées dont Joseph peut ajuster les températures par un astucieux système de ventilation géothermique. Vous l’aurez compris, aucun détail n’est laissé au hasard dans cette quête permanente du vrai et du beau.
Venons-en à ce magnifique millésime 2024 : son prédécesseur nous avait franchement enthousiasmés, mais en découvrant celui-ci l'automne dernier, nous nous sommes demandé si 2024 n’était pas encore plus brillant. Un modèle d’équilibre, d’intensité et de transparence, un petit bijou d’éclat fruité et de précision d’interprétation de chaque terroir. Avec ce supplément d’énergie, de « croustillant » de bouche, comme le décrit joliment Joseph, qui souligne le relief et la vibration des vins. Des vins de très « haut vol », pour reprendre les termes enthousiastes de la Revue du Vin de France !
Pourtant, l’année ne fut pas de tout repos à la vigne, c’est le moins que l’on puisse dire. Tout avait pourtant bien commencé, avec un mois de janvier assez froid, recouvrant la vigne dormante d’un manteau de givre étincelant. Les pluies régulières de l’hiver ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Si la sortie de grappes est relativement modeste, après deux années successives très généreuses, c’est surtout la pluviométrie importante qui perdure pendant tout le printemps et même au mois de juillet qui va poser le plus de problèmes à la vigne. Elle s’accompagne d’un temps assez frais et d’une pression constante du mildiou. Il a fallu tout au long du printemps contrôler le développement incessant des couverts végétaux et lutter sans faiblir pour contenir les foyers de mildiou. Heureusement, à la différence de la Côtes de Nuits, la pluie s’est un peu calmée au moment de la floraison, limitant les dégâts à ce moment crucial de la saison.
Ce n’est qu’après un gros orage le 1er août qu’un temps beaucoup plus clément et lumineux est revenu, durablement cette fois. Les températures grimpaient, mais sans excès, tandis que les premiers jours de septembre offraient des conditions idéales avec une bonne amplitude thermique entre des journées bien ensoleillées et des nuits plus fraîches. De belles conditions pour que les maturités progressent lentement et régulièrement, en préservant de beaux équilibres entre sucres, fraîcheur aromatique et acidités. Joseph, désormais épaulé par son fils Gaël, a décidé de vendanger en deux temps. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 14 septembre, pour 3 jours, sur les parcelles traditionnellement précoces comme Les Caillerets de Chassagne-Montrachet. Les Colin ont ensuite patienté une bonne semaine supplémentaire, pour que les équilibres des baies et les maturités aromatiques soient pleinement abouties sur les vignes un peu plus tardives, et les vendanges ont repris le 25 septembre, par beau temps. Au final, Joseph s’estime heureux avec des rendements finalement très corrects, légèrement en-dessous de la barre des 50 hectolitres. Il faut dire que l’essentiel de son vignoble, très morcelé entre Saint-Aubin et Chassagne, occupe majoritairement des coteaux aux sols souvent caillouteux, bien calcaires et très drainants. Des terroirs auxquels les conditions météorologiques de 2024 ont bien mieux réussi, en comparaison aux parcelles de bas de coteau ou de plaine, plus argileuses, retenant l’eau et l’humidité.
Les jus offraient densité et éclat, avec une belle intensité aromatique, toute en pureté et en précision, et des degrés d’alcool modérés, autour de 12°. Autant d’éléments qui annonçaient la belle sensation de fraîcheur tactile, d’élan et de finesse que dégagent aujourd’hui les vins.
Après des élevages au cordeau, pour lesquels Joseph n’a pratiquement pas intégré de bois neuf (moins de 5%), et un temps supplémentaire d’affinage en cuve puis en bouteille, tous les vins nous enchantent par leur éclat et leur précision, leur énergie et leur superbe vibration de bouche. Des vins lumineux, au fruit pur, gourmand et tonique. Des vins à la fois cristallin et intenses, à l’allonge stimulante, offrant une grande lisibilité de chaque terroir. On adore.
Ce splendide millésime 2024 brille, encore une fois, parmi ce que la Côte de Beaune a produit de plus excitant : on a juste envie de dire bravo et merci !
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