La « Felsterrasse » est le terroir fétiche de Clemens Busch. Il chérit tout particulièrement ces vieilles vignes, âgées entre 70 et 80 ans, qui occupent une sorte d’îlot de cinq fines terrasses vertigineuses, surplombant le site de Falkenlay.
Ici, il y a très peu de sol : le système racinaire s’immisce rapidement dans la roche primaire d’ardoises, parcourues de veines ferrugineuses. En outre, la protection de blocs de roche massifs d’un côté, formant de véritables falaises, et de la forêt de l’autre, contribue à créer un véritable microclimat.
Clemens va généralement chercher ici de hautes maturités, avec beaucoup de concentration : c’est l’une des dernières vignes vendangées pour les vins secs. Une matière première puissante, à la concentration phénoménale, imprégnée d’une empreinte minérale intense qu’un long élevage en foudre va lentement polir.
Dès le premier nez, on perçoit une extraordinaire sensation de profondeur et d’énergie. On se régale d’un fruit mûr et expressif autour de l’abricot, de la nectarine et du coing, complétés de subtiles notes d’agrumes, entre mandarine, citron confit et zeste de pamplemousse. La fraîcheur et l’énergie des notes de fleur de sureau, de fenouil, de feuille d’eucalyptus, de verveine et de roquette poivrée viennent titiller nos sens, avant que le bouquet prenne un tour plus sensuel, autour d’une touche de miel, de parfums de pain d’épices et d’une délicieuse note de mangue et de papaye. Les ardoises apportent leur touche fumée qui évoque clairement la pierre à fusil que l’on vient de gratter. On a l’impression d’un gigantesque labyrinthe dans lequel on a envie de s’égarer.
Si la bouche est riche et puissante, encadrée par des tannins crémeux, elle n’en reste pas moins tendue et très dynamique. La texture est souple, fuselée. Plus la matière se déploie, plus elle révèle sa gourmande sapidité, portée de bout en bout par un formidable élan salin et subtilement acidulé. Badiane, poivre de Sichuan et gingembre confit dynamisent le palais, tout comme les notes acidulées de groseille à maquereau, de noyau de pêche et de zeste de pomelo confit. La finale très longue convoque l’amertume stimulante de la bergamote, du bâton de réglisse et de la roquette ainsi que des notes de silex frotté. C’est grandiose.
Un riesling d’anthologie, à la capacité de garde de 20 ans au moins, qui s’accordera très bien avec un filet de truite mariné au gingembre et citron, des tempuras de crevettes au poivre Sichuan et cinq parfums. Dans quelques années, nous le proposerons sans prendre de risque sur un bar au four au citron confit ou un homard grillé au beurre d'estragon.
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