La « Felsterrasse » est le terroir fétiche de Clemens Busch. Il chérit tout particulièrement ces vieilles vignes, âgées entre 70 et 80 ans, qui occupent une sorte d’îlot de cinq fines terrasses vertigineuses, surplombant le site de Falkenlay.
Ici, il y a très peu de sol : le système racinaire s’immisce rapidement dans la roche primaire d’ardoises, parcourues de veines ferrugineuses. En outre, la protection de blocs de roche massifs d’un côté, et de la forêt de l’autre, contribue à créer un véritable microclimat.
Clemens va généralement chercher ici de hautes maturités, avec beaucoup de concentration : c’est l’une des dernières vignes vendangées pour les vins secs. Une matière première riche et puissante, imprégnée d’une empreinte minérale intense qu’un long élevage en foudre va lentement polir. Quand le millésime s’en mêle, comme en 2021, avec ces maturités tardives et ses équilibres d’anthologie, entre concentration et acidité, alors on touche au sublime.
Dès le premier nez, on perçoit une extraordinaire sensation de profondeur et d’énergie. On se régale d’un fruit mûr et expressif autour de l’abricot, de la pêche de vigne et de la mangue, complétés de subtiles notes d’agrumes, entre mandarine, citron confit et zeste de pamplemousse. La fraîcheur et l’énergie des notes de fleur de sureau, de fenouil, de feuille d’eucalyptus, de gingembre, de verveine et de roquette poivrée viennent titiller nos sens, avant que le bouquet prenne un tour plus sensuel, autour d’une touche de miel, de parfums de pain d’épices et d’une délicieuse note d’ananas. Les ardoises apportent leur touche fumée, aux accents salins.
Si la bouche est fluide, tendue, elle n’en reste pas moins puissante et racée. La texture est incroyablement soyeuse. Plus la matière se déploie, plus elle révèle sa gourmande sapidité, portée de bout en bout par un formidable élan salin et subtilement acidulé. Badiane, poivre de Sichuan et gingembre rafraîchissent le palais, tout comme les notes acidulées et juteuses de cassis frais, de groseille à maquereau, de noyau de pêche et de pomelo. La finale très longue convoque l’amertume stimulante de la bergamote, du bâton de réglisse et de la roquette ainsi que des notes de silex. C’est grandiose.
Un riesling d’anthologie, à la capacité de garde 20 ans au moins, qui s’accordera très bien avec un filet de truite au miel et au gingembre ou encore un saumon aux poireaux. Dans quelques années, nous le proposerons sans prendre de risque sur un bar au four au citron confit ou un homard grillé au beurre d'estragon.
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