Si la roussanne contribue depuis longtemps à donner leurs lettres de noblesses à certains des plus prestigieux crus de la vallée du Rhône, on ne doit pas oublier qu’elle a, en France, une autre magnifique terre d’élection : la Savoie. Connue ici sous le nom de bergeron, la roussanne trouve sur ces pentes abruptes au sol argilo-calcaire, plus ou moins parsemées de cailloux issus de moraines glaciaires, un environnement idoine pour exprimer sa puissance, son intensité aromatique et une minéralité hors du commun.
Pour peu qu’elle soit travaillée par un amoureux de la plante et un virtuose de la vinification comme Gilles Berlioz, alors on touche au sublime… Ici, les vignes d’une vingtaine d’années sont plantées sur les terroirs des Châteaux et de la Tournaz, aux sols assez profonds. Elles bénéficient d’une belle exposition au Sud qui a permis au fruit, sur ce millésime 2019 à l’été exceptionnellement ensoleillé, d’atteindre un point optimal de maturité et de hautes concentrations aromatiques, sans, pour autant, manquer de tension et d’énergie.
Après une vinification en cuves, sur levures indigènes, et un élevage très peu interventionniste d’une dizaine de mois, ce Chignin-Bergeron révèle aujourd’hui une pureté aromatique et une densité de bouche qui rivalisent clairement avec les meilleurs crus de la vallée du Rhône, tout en conservant une tension minérale tout à fait caractéristique.
Dès le premier nez, on se délecte d’un véritable jaillissement d’arômes mûrs et intenses, entre fleurs jaunes, gelée de coing, pêche beurrée et abricot, complétés d’une touche acidulée de berlingot à l’orange, de fruit de la passion et de kiwi, d’une note mentholée rafraîchissante et d’une nuance fumée, presque pétrolée, qui nous plonge directement dans les sous-sols savoyards ! Plus il s’aère, plus le vin se pare d’une touche suave, sur le miel de fleurs, la cire fraîche et le nougat.
En bouche, cette cuvée Les Filles se montre tactile et profonde, éminemment savoureuse. Elle enrobe délicatement le palais. La sensation de pureté ne vous quitte pas. De fins amers minéraux apportent une dimension tonique, scintillante, qui fait vibrer ce Chignin-Bergeron jusque dans la finale : des saveurs de noyau de pêche et d’abricot s’associent alors à l’amande fraîche et à une touche légèrement anisée.
Dense, équilibré et complexe, voici de toute évidence un beau vin de gastronomie, aussi à l’aise sur un omble-chevalier rôti, des quenelles de brochet que des moules au safran ou tout simplement, un beau plateau de charcuterie. Succulent aujourd'hui comme dans 5 ans !
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