C'est simple : depuis quelques années, aucun amateur n’évoque les vins corses sans faire l'éloge du domaine Vaccelli. Gérard Courrèges, aujourd'hui à la tête du domaine, a repris les vignes familiales dans la vallée du Taravo, au sud d'Ajaccio. L'endroit est à couper le souffle. Imaginez des pentes tantôt douces, tantôt plus escarpées, sur une vingtaine d’hectares d'un seul tenant, qui offre un paysage en damier, alternant parcelles de vignes et maquis, aux expositions multiples, aux nuances pédologiques innombrables. Le tout s’ouvrant sur la baie de Propriano, toute proche. Un véritable paradis pour cet amoureux de la Bourgogne, de ses climats et micro-terroirs et de ses vinifications parcellaires.
Granit illustre à merveille cette recherche : ce blanc est devenu, en quelques années, un des plus beaux nectars que la Corse peut nous offrir. Soigneusement sélectionnés, les raisins proviennent d’une parcelle de vermentinu exposée au Sud-Est, apportant au vin une trame plus ciselée. Le travail en cave y est aussi pour beaucoup : peu d’interventions, et beaucoup de précision, comme toujours au Domaine. Un pressurage direct, lent et délicat, dès la réception de la vendange, une fermentation sur levures indigènes, puis un élevage de 12 mois sur lies intégrales en demi-muids de 500 litres, avant de repasser au moins 6 mois supplémentaires en cuves.
Ce n’est pas du vin, mais bien de l’émotion en bouteille que nous délivre ici Gérard Courrèges. Sur ce millésime généreux, plutôt solaire, le souffle et la patte du vigneron ont fait la différence, conférant au vin une structure svelte, dynamique. Passé une subtile touche terpénique, il s’ouvre sur de superbes notes d’agrumes autour du citron confit, de la gelée de pamplemousse et du kumquat. Quelques touches de jasmin, de thym frais et d’immortelle fleurent bon le maquis et les paysages insulaires. Un très joli fruité, mûr et élégant, entre poire juteuse, pêche blanche et abricot, apporte de la gourmandise. Ce qui fascine surtout, c’est le support minéral. Des nuances fumées, de silex frotté ainsi qu’une sensation de pierre mouillée confèrent au vin une superbe complexité. On croit maintenant ressentir le souffle des embruns salins, portés jusqu’à la vallée du Taravo.
D’abord vive, avec une attaque franche, la bouche repose sur une trame pulpeuse et acidulée parfaitement maîtrisée, évoquant de petits fruits blancs croquants, les groseilles à maquereau, la pomme Granny. La douceur du jasmin se mêle harmonieusement avec l’énergie du citron et du pamplemousse. La texture prend ensuite le relais, gagnant en ampleur et en densité, tout en conservant cette tension sous-jacente qui garde toujours le vin en mouvement. L’acidité s’efface, laissant émerger une salinité cristalline, une amertume noble rappelant l’écorce de pamplemousse, et une minéralité presque tactile. C’est salivant, ciselé, vibrant. La finale s’étire longuement sur un beau gras de texture, subtilement relevé de piment d’Espelette et d’une touche saline très salivante. Le plaisir est à son maximum. Tout comme la persistance en bouche, remarquable.
Beau vin de gastronomie, il vous régalera sur un tajine de poissons aux agrumes, sur un curry de lotte et gambas, une belle bouillabaisse corse (la fameuse aziminu). Autre option : des pâtes fraîches à la langouste, dans une préparation de jus de carapace réduit et relevé d’un peu de piment frais. On en salive d’avance !
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