Quelques années après son arrivée à la Possonnière, alors qu’il bichonnait son Clos de la Hutte, Thibaud s’est vu proposer cette belle parcelle située juste en contrebas, en allant vers la Loire. Il n’a pas hésité longtemps pour se porter acquéreur du Clos Frémine, sur un peu moins d’un hectare. Deux clos juste séparés d’un petit chemin : pourtant – et c’est toute la magie des terroirs -, Thibaud a pu constater, au fil des millésimes, de vraies différences dans l’identité des vins qu’ils produisent.
Le Clos de Frémine repose également sur un socle de schistes très proche de la surface (entre 20 et 30 cm de profondeur). La plantation ne fut pas une sinécure : c’est au brise roche qu’il a fallu enfoncer piquets et tuteurs de palissage ! Mais, à la différence de son voisin, le Clos Frémine bénéficie d’un sol plus aérien, plus léger avec sa structure nettement sableuse en surface.
Thibaud reconnaît volontiers qu’il lui a fallu un peu de temps pour bien comprendre et appréhender la nature profonde de ce terroir. Alors qu’avec ses vignes « historiques » du Clos de la Hutte, mais aussi de Saint-Lambert-du-Lattay, en Anjou, il travaillait sur des jus puissants, des matières amples, qu’il cherche ensuite à étirer, ici, il a dû se familiariser avec une certaine idée de la finesse, de la délicatesse, de la fragilité même. Comme il le dit lui-même : « Il m’a fallu m’imprégner de cette part de féminité ».
Au final, il nourrit aujourd’hui une affection toute particulière pour ce terroir qui donne des vins à la fois intenses mais d’une incroyable subtilité, des vins de nuances et d’éclat, évoquant les compositions raffinées et lumineuses d’un grand pastelliste. Un terroir plus sensible à la sécheresse, aux fortes chaleurs, pour lequel il n’hésite pas à prodiguer des soins spécifiques, inspirés des pratiques biodynamiques et homéopathiques, entre pulvérisation d’argiles blanches sur le feuillage en été, pour diminuer les effets du rayonnement solaire, application d’arnica ou de décoction d’ortie pour reminéraliser la plante… Le résultat est plus que probant : nous l’avons visitée encore récemment au cœur de l’été, sous un soleil de plomb, la vigne se portait comme un charme !
Les conditions d’un millésime comme 2023, moins chaud et un peu plus arrosé que son prédécesseur, conviennent particulièrement au terroir du Clos Frémine, qui peut ici s’exprimer dans toute sa subtilité, sa précision. Parfaitement servi par un élevage en grands fûts de 500 litres, avec une très faible proportion de bois neuf, le vin se distingue par ce raffinement vertical hors du commun, et cette fraîcheur qui font sa signature.
Dès le premier nez, d’une pureté irradiante, on oscille entre la fraîcheur raffinée d’une poussière de craie, des petites fleurs du verger, des herbes fraîches aux accents anisés, et l’éclat tonique des fruits blancs et des fruits à noyau, à la chair juteuse, légèrement acidulée. On pense à la poire Beurré-Hardy, à la pêche de vigne, au brugnon blanc et à la pomme Granny ou Reinette. Autant de fruits qui se mêlent à des notes plus toniques d’orange et de clémentine, de zeste de citron vert, mais aussi de poivre blanc moulu et de poudre de gingembre. Des épices stimulantes, rafraichissantes même, qui soulignent une empreinte minérale fraîche et énergique. S’il est encore dans ses langes, ce jouvenceau nous entraîne déjà dans une étourdissante farandole !
Le toucher de bouche prolonge la sensation de raffinement tout en dégageant une énergie immédiatement palpable. Les segments de citron vert et les grains de citron caviar explosent sur nos papilles électrisées. La chair juteuse de la pomme Granny ou de la pêche blanche est relevée de notes de poivre Sichuan, de bâton de réglisse, de baie de genièvre subtile et même de piment d’Espelette. L’allonge et la droiture de la finale sont époustouflantes : elles mêlent à l’envie énergie des agrumes, subtile note fumée et vibration minérale. Le fruit et le terroir à l’état pur !
A table, ce Savennières Clos Frémine convoquera, après un minimum de 5 ans de cave, des saveurs subtiles, des chairs souples et délicates : en entrée, on pourra aller sur une terrine tiède de barbue aux herbes fines ou une anguille fumée, suivies de noix de Saint-Jacques à la vapeur servies avec une mousseline de céleri, des langoustines snackées, émulsion coriandre et fenouil, ou encore un bar de ligne au beurre d’agrumes. Pour les plus impatients, optez, après un long carafage, pour un tartare de turbot aux herbes fines ou des sashimis de très haute volée.
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