Ce qui nous a immédiatement séduit en découvrant ce vin, l’hiver dernier, c’est la sensation d’harmonie et d’équilibre qu’il dégageait, entre l’éclat sensuel et lumineux d’un soleil d’été et la fraîcheur d’une brise marine, d’un jus d’agrumes frappé. L’antithèse de tous les clichés que nous pouvions avoir sur un blanc californien… Une révélation en somme.
Matt Dees, brillant œnologue du domaine, mais aussi géologue de formation, poursuit, à travers cette "cuvée ronde", un objectif très ambitieux : exprimer toutes les nuances et la complexité des terroirs de ce petit bijou du Sud-Ouest des Santa-Rita Hills. Diversités de sols, entre schistes plus ou moins sableux ou pierreux et terres de diatomées, diversité d’expositions, diversité des sélections variétales et de l’âge des vignes.
Sont ainsi assemblés dans cette cuvée « Domaine » une sélection de raisins issus des vignobles de Radian et de Bentrock. Le premier occupe des coteaux accidentés, plein Ouest et Nord-Ouest, qui culminent à plus de 200 mètres d’altitude. Les vignes sont très exposées aux vents marins, tandis que les sols y sont plus pierreux. Le second occupe des vallons aux pentes douces, rappelant un peu les paysages bourguignons. Argiles sédimentaires et schistes y forment l’essentiel du substrat, même si l’on retrouve ici aussi des affleurements de terres de diatomées, ces sols tendres et crayeux, constitués de planctons fossilisés.
Une combinaison gagnante parfaitement maîtrisée et même sublimée sur ce millésime 2021, une année sereine dans le vignoble, très ensoleillée mais sans phénomènes extrêmes, ayant permis aux maturités de progresser régulièrement, avec de bons équilibres acides. Côté élevage, Matt reste fidèle à l’usage des fûts de chêne français, intégrant un tiers de bois neuf. Une infime partie de la cuvée est élevée en cuve inox. Une fois remis en masse, le vin a ensuite passé 6 mois supplémentaires en cuve. Le résultat est bluffant d’équilibre et de maîtrise.
Passé une touche empyreumatique rappelant le silex frotté, le nez s’ouvre dans un registre à la fois doux et tonique. Aux notes gourmandes d’abricot, de pêche jaune, de tarte au citron, de miel ou de cire d’abeille, de crème légèrement vanillée répondent de délicates fleurs blanches, des parfums chlorophylliens de plantes aquatiques, d’herbe tendre et de nénuphar. Des notes énergisantes de zeste de citron vert et de main de bouddha annoncent cette fraîcheur qui fait la signature des blancs de The Hilt. On balance sans cesse entre fraîcheur et douceur gourmande : on pense maintenant à une brioche au beurre et à la pâte d’amande. C’est un pur délice.
En totale cohérence, la bouche allie sensualité et tension acidulée dans un parfait équilibre. Les notes capiteuses d’un champ de fleurs mellifères et la texture ample, aux saveurs de fruits à noyau et de poire s’entremêlent à des saveurs de berlingots aux agrumes, de jus de citron vert. Sur la finale, un fine touche lactée vient arrondir une intense empreinte saline. On succombe à son charme et sa finesse !
Idéal à table sur des ravioles de langoustines au lait de coco et citronnelle ou un bar en croûte de sel. Plus tard, on pourra aller sur un risotto au safran, une fricassée de volaille à la crème et champignons sauvages. Coup de cœur garanti !
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