Comme beaucoup de ses confrères chablisiens, Thomas Pico a connu, ces dernières années, une véritable série noire, avec une succession de récoltes très déficitaires quand elles n’étaient pas carrément détruites ! On pense en particulier à 2016, 2017, 2019 et, bien sûr 2021, où les épisodes de gel printanier, mais aussi de grêle, furent particulièrement dévastateurs pour la vigne et éprouvants pour le vigneron !
Alors évidemment, Thomas n’a pas boudé son plaisir en 2022, au moment des vendanges, aussi belles en qualité qu’en quantité. Au début de la saison, des températures négatives en avril ont à nouveau fait craindre le pire. Heureusement, le temps venteux et ensoleillé, a fait assez rapidement remonter les températures. Si bien que les bourgeons secondaires ont pu prendre le relais de ceux qui avaient été touchés par le gel, évitant ainsi de grever les rendements futurs.
Le reste de la saison a surtout été marqué par un temps plutôt sec, chaud et ensoleillé. Les bonnes pluies tombées l’année précédente ont permis à la vigne de puiser dans les réserves hydriques des sous-sols et de bien résister à une succession de trois vagues de chaleur. Aucun signe de stress à l'horizon : les feuilles sont restées bien vertes, abritant de très belles grappes qui mûrissaient tranquillement dans les rangs, à l’abri de la pression des maladies cryptogamiques, que ce temps sec a permis d’éviter. Les vendanges ont démarré début septembre, sous un temps radieux. Les maturités étaient régulières et parfaitement abouties : la pierre angulaire du travail de Thomas.
Ce Chablis Vent d’Ange, à la fois très raffiné dans son aromatique et d’une belle générosité gourmande en bouche, assemble les raisins des parcelles « originelles », défrichées et replantées sur le lieu-dit Pattes Loup. Complétées de vignes plus âgées (35 à 40 ans en moyenne), situées sur les lieux-dits Ménardes et Malentes, non loin de là. Le point commun, c’est bien sûr la nature des sols, riches en marnes kimméridgiennes.
Pour cette cuvée, Thomas privilégie un long élevage en cuves, pendant plus de deux ans au total, après une fermentation sur levures indigènes. Fidèle à une approche naturelle de la vinification, il limite drastiquement l’ajout de soufre, se contentant d’une protection légère à la mise en bouteille.
Le résultat aujourd’hui s’offre à nous dans un registre élégant et subtil. Le nez, d’abord discret, s’ouvre progressivement sur des parfums aériens et doux de mimosa, de miel de lavande ou d’acacia, de poussière de craie, mais aussi de poire juteuse et de peau de pêche blanche. Vient ensuite l’élan frais et excitant des agrumes, sur une déclinaison de sorbet au citron vert, de citron de Menton et de pomelo givré. La dimension saline évoque à ce stade davantage le sel gemme ou le sel rose de l’Himalaya que les embruns marins. Quelques touches épicées, entre noix de muscade et poivre gris, relève une touche gourmande de pâte d’amande.
La bouche est à la fois généreuse et fluide, dans le plus pur style « Pattes Loup ». On retrouve l’énergie des agrumes, entre citron et pamplemousse, mais aussi la chair croquante et acidulée d’une pomme Granny, relevée de parfums de fenouil sauvage, de livèche et de menthe fraîche. Une note de wasabi renforce encore la sensation d’énergie que dégage ce formidable Chablis sur ce millésime pourtant solaire. La précision de contours de la finale, tout comme sa persistance, sont impressionnantes à ce niveau. Une persistance désormais habitée par une empreinte maritime résolument salée, à la sapidité extraordinaire. On en redemande !
Il vous régalera dès aujourd’hui sur des sashimis relevés d’un peu de wasabi et gingembre confit, un tourteau ou un plateau de fruits de mer, crus et cuits. Plus tard, des poissons juste grillés à la plancha, accompagnés d’un filet de citron et d’un peu de persil lui conviendront à merveille. Sans oublier, en fin de repas, un fromage de chèvre entre deux.
C’est un incontournable !
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