La colline de l’Hermitage constitue, avec la Côte Rôtie, le joyau du vignoble du Rhône Nord. Déjà appréciés à l’époque de la domination romaine, les vins de l’Hermitage n’ont cessé de briller, au fil des siècles, parmi les plus grands vins d’Europe que l’on s’arrachait de la cour de Louis XIII à celle du tsar Nicolas II ! Plus près de nous, le célèbre sommelier et critique, Olivier Poussier, n’hésite pas à écrire « que les Hermitages blancs sont magiques et font partie des très rares vins aptes à rivaliser avec les Grands Crus bourguignons »…
C’est ici, au cœur de l’appellation, que Marc Sorrel a élaboré avec sagesse et discrétion, pendant plus de 30 ans, parmi les plus beaux Hermitages (blancs et rouges) qu’il nous ait été donné de goûter. A la différence des autres vignerons et maisons « stars » de l’appellation, comme Jean-Louis Chave ou Michel Chapoutier, Marc et désormais Guillaume Sorrel font figure de « petit poucet » et cultivent ici un vignoble de poche dans lequel les cépages blancs représentent à peine un peu plus d’un hectare. Quand on sait, en outre, que sur ce terroir vertigineux, cultivé en terrasse, la marsanne donne des rendements extrêmement faibles, on comprend pourquoi il est si difficile de trouver les vins du Domaine.
Héritier de ce petit vignoble acquis en 1928 par son grand-père Félix, Marc a eu la chance d’exploiter des parcelles situées sur les meilleurs terroirs du cru. Pour les blancs, sont à l’honneur les lieux-dits les Greffieux (en dessous du célèbre Méal plutôt dévolu au rouge) et le légendaire Rocoules. Ici, l’exposition au Sud imprime une forte influence méditerranéenne dans les vins. Du côté des Rocoules, dans la partie centrale de la colline, si le socle rocheux reste largement dominé par le granit, les sols intègrent également loess calcaires, silices et galets, qui vont donner au vin ce supplément de délicatesse et de raffinement minéral qui font la marque des plus grands Hermitages.
Méthode culturale, vinification et élevage restent empreints d’un noble classicisme et d’un grand respect du fruit et du terroir. Les vins sont élevés en fûts sur plus de 18 mois. Le résultat est à chaque millésime éblouissant de densité aromatique et de profondeur, et promet des gardes exceptionnelles, de 10 ou 20 ans… au minimum !
Alors que Guillaume Sorrel pilote désormais ce joyau, depuis le départ à la retraite de son père après le millésime 2018, la Revue du Vin de France se demandait récemment, dans un Dossier consacré à la fameuse colline, si l’on pouvait faire mieux que les vins de Marc Sorrel. A cette question, elle répond clairement par l’affirmative, considérant que Guillaume « réussit à donner un éclat supplémentaire à des vins déjà remarquables, qui tutoient désormais les sommets ». Une consécration qui a d’ailleurs valu à Guillaume de se voir récompensé d’une troisième étoile dans la dernière édition du fameux « Guide Vert » des meilleurs vins de France. Une distinction largement méritée.
Bien sûr, Guillaume n’est pas un novice, ni à la vigne, ni à la cave, s’étant déjà fait remarquer des amateurs pour ses talents de vinificateur. En effet, avant d’élaborer à quatre mains avec son père les millésimes 2017 et 2018 du domaine familial, il a œuvré pendant une dizaine d’années non loin de là, au Domaine Les Alexandrins qu’il avait créé dès 2009 avec Alexandre Caso et Nicolas Jaboulet. Une expérience qui lui a permis d’affiner sa propre vision du grand vin du Rhône, en blanc comme en rouge, et surtout sa connaissance intime des terroirs de l’Hermitage, de Crozes-Hermitage et de Saint-Joseph.
En 2023, malgré les nombreux défis qu’il a fallu relever à la vigne, pendant une bonne partie d’une saison marquée par une succession de périodes très contrastées sur le plan météorologique, Guillaume réussit peut-être son plus grand millésime à ce jour. Le critique Stuart Pigott ne s’y est d’ailleurs pas trompé : il a d’ores et déjà attribué aux deux Hermitages parcellaires, Rocoules pour les blancs, Gréal pour les rouges, le score parfait de 100 points ! En attendant les prochaines évaluations qui devraient être tout aussi stratosphériques…
Cette année de contraste a pourtant nécessité beaucoup de sang-froid, de précision et de maîtrise à la vigne. Si les pluies de la fin d’année 2022 avaient permis de reconstituer un tant soit peu les réserves hydriques mises à mal après une année très sèche, l’entame de la saison 2023 fut à nouveau marquée par un important déficit hydrique, comme en 2020. Après un mois de janvier doux, le froid hivernal s’est installé en février. Si bien que le débourrement fut assez tardif : entre le manque d’eau et les températures basses, la colline de l’Hermitage semblait profondément endormie jusqu’aux premiers signes de réveil début avril. Heureusement, les pluies printanières ont fait leur retour en avril et mai, s'accompagnant d'une importante accélération de la croissance végétative. Le développement des vignes « explose », entraînant un important travail en vert. La floraison, rapide, arrive dès le mois de mai. Mais avec elle vient aussi la menace du mildiou. Guillaume et sa petite équipe s’affairent sur les pentes vertigineuses de la célèbre colline pour en limiter l’expansion. Arrive l’été avec des températures élevées mais pas caniculaires : mi-juillet la vigne paraît encore luxuriante par rapport à la même époque de l’année précédente marquée par une sécheresse plus importante. En août, les températures s’emballent, sous l’influence d’un vent du Sud omniprésent. Fin août, on se rapproche des records de chaleur pour la période. L’alternance de pluies orageuses et de journées très chaudes a rendu assez complexes les choix de dates de vendanges, qui se sont étalées du 25 août à mi-septembre. Des vendanges organisées en mode « commando », très tôt en matinée afin d’éviter les heures trop chaudes de la journée. Au final, les dégâts du mildiou sont restés limitées et c’est une très belle récolte que Guillaume a entré en cave.
Les jus, expressifs, parfaitement équilibrés, étaient superbes : une nouvelle preuve de la force et la résilience des grands terroirs qui savent parfaitement résister à une météo souvent capricieuse, voire extrême, pour donner leur meilleur et transmettre leur message aux raisins.
Les 3 cuvées en blanc du Domaine s’illustrent par leur envergure extraordinaire, leur profondeur de bouche et la qualité de leurs équilibres, entre raffinement aromatique aux accents floraux et mellifères, gourmandise d’un fruit pulpeux et frais, densité de texture et une fascinante énergie interne, une vibration venue de ces grands terroirs granitiques (et plus calcaires pour le rare Crozes de Larnage), qui anime les vins et relance le plaisir en permanence. Des vins intenses et élégants, tout simplement délicieux et taillés pour une longue garde ! L’Hermitage parcellaire des Rocoules a récemment obtenu le score parfait de 100 points chez James Suckling ! A bon entendeur…
Une production ultraconfidentielle et exceptionnelle, qui confirme à quel point ce Domaine de poche tient son rang au sommet de l’Hermitage.
Ce sont des joyaux rares, ils sont sur la Route des Blancs !
© 2025 La Route des Blancs – Tous droits réservés