Dans un récent dossier consacré aux vignobles autrichiens, la Revue du Vin de France n’hésitait pas à voir dans la gamme de vins proposés par cet « électron libre », une « véritable pépite, tout simplement délicieuse » : un avis que nous partageons sans réserve… depuis longtemps déjà !
Millésime après millésime, les vins de l’iconoclaste et discret Peter Veyder-Malberg, esthète et virtuose installé à Spitz, à l’Ouest de la Wachau autrichienne, nous font chavirer. Peter nous revient avec un millésime 2022 qui s’est avéré assez compliqué à la vigne mais qui a donné ici des vins absolument délicieux, des modèles d’équilibres entre fraîcheur acidulée, éclat du fruit et de stimulantes trames épicées. Les grüner veltliner, tout particulièrement, devraient faire date !
Disons-le tout net, par leur pureté cristalline, leur complexité aromatique tout en nuances sans cesse renouvelées, leur profond ancrage dans les sols escarpés et rocailleux de la Wachau, leur sublime énergie et leur vivacité, et leur allonge minérale hors du commun, les blancs signés Veyder-Malberg s’inscrivent à nouveau dans notre Panthéon de ce que nous avons goûté de meilleur sur ce millésime dans les vignobles germaniques.
Bien sûr, cette réussite et cette régularité au plus haut niveau ne sont pas le fruit du hasard. Un fin connaisseur du travail extraordinaire mené depuis 2008 par Peter n’hésitait pas à le rapprocher de celui d’un autre vigneron culte qui a lui aussi su imposer un style singulier, souvent imité jamais égalé, tout en pureté et en précision aromatique : Arnaud Ente, à Meursault. Pour avoir la chance de connaître ses vins, nous devons bien admettre que la comparaison, quoique audacieuse tant les terroirs diffèrent, est loin d’être dénuée de fondement : dans les deux cas, la précision de définition et l’intensité d’expression du fruit et du sol sont poussées à l’extrême.
S’il ne s’est officiellement lancé dans cette aventure qu’en 2008, Peter Veyder-Malberg a longtemps roulé sa bosse dans les vignobles du monde entier, devenant au fil des années un des œnologues et vinificateurs les plus respectés de sa génération. Après un court passage dans l’univers de la publicité, ce natif de Salzburg cède aux sirènes d’une véritable passion pour les secrets d’élaboration des grands vins et décide d’aller se former à l’agronomie et l’œnologie d’abord dans la Napa Valley, puis en Suisse. Après la théorie, la pratique : Peter va accumuler un nombre considérable d’expériences aussi essentielles que variées, qui le conduiront en Californie, en Toscane, en Allemagne ou encore en Nouvelle-Zélande. Il dirigera ensuite, pendant près de 14 ans, les caves d’un célèbre domaine autrichien, Schlossweingut Graf Hardegg, au cœur de la grande région viticole du Weinviertel. C’est sous son impulsion que le domaine engagera sa conversion à la biodynamie.
Pendant près de 20 ans, Peter a bien sûr affiné sa maîtrise technique mais il a pu surtout se forger des convictions qui guident son travail aujourd’hui : chercher coûte que coûte la vérité du terroir à travers un raisin à la maturité physiologique et l’état sanitaire parfaits, seul capable d’atteindre cette pureté aromatique absolue que Peter place au-dessus de tout. Il est fasciné depuis longtemps par les paysages impressionnants des vignobles de la vallée de la Wachau, littéralement sculptés par la main des hommes sur les flancs abrupts de ces massifs (qui dépassent parfois 80 % de déclivité !), aux sols complexes mêlant granits, orthogneiss, schistes mais aussi loess calcaires. En 2008, il décide (enfin !) de voler de ses propres ailes en se portant acquéreur de quelques hectares de vieilles vignes situées autour du village de Spitz. Il ne peut se résoudre à voir ces paysages de vignes en terrasses tomber peu à peu dans l’oubli, au bénéfice de terroirs de plaine bien moins qualitatifs mais beaucoup plus faciles à travailler, grâce aux machines bien sûr !
Avec aplomb et surtout un goût pour le travail et le sens du détail qui frise l’abnégation, Peter jette son dévolu sur quelques-uns des terroirs les plus pentus et difficiles, mais aussi les meilleurs, surplombant le Danube et ses affluents. Ils sont très majoritairement situés à la pointe occidentale de la Wachau, dans sa partie la plus fraîche. Ici, aucune mécanisation possible, les quantités de travail et de main-d’œuvre nécessaires sont 5 à 10 fois supérieures aux vignobles de vallée, pour des rendements infimes : peu importe ! Il sait intimement que la qualité exceptionnelle de ces terroirs, sublimée par le rielsing et le grüner veltliner, méritent cet effort. Patiemment, il va alors s’appliquer à « redonner vie » à des vieilles vignes oubliées, mais aussi à restructurer intégralement des vignobles tombés à l’abandon, comme du côté de Brandstatt, où il rebâtit patiemment d’indispensables terrasses avant de replanter des vignes, sur ces coteaux vertigineux culminant à plus de 400 mètres d’altitude.
Peter semble avoir trouvé son Graal : il met en œuvre depuis 15 ans, avec une constance admirable et une méticulosité impressionnante, ses convictions, bien loin des standards encore en vigueur dans une bonne partie de la Wachau (même si ses préceptes commencent à faire école…). Anticonformiste dans l’âme, il a très tôt décidé de ne pas s’enfermer dans les standards stylistiques de la viticulture autrichienne, refusant d’adopter le système de classement des vins en fonction de la maturité des raisins (Steinfeder, Federspiel ou Smaragd) : pour chaque terroir, chaque parcelle, Peter ne produit qu’une seule cuvée, celle qui lui paraît exprimer toutes les qualités du fruit et du lieu, avec le meilleur équilibre possible, millésime par millésime.
L’obsession de la juste maturité et du goût vrai : c’est bien cela qui guide son travail à la vigne. Une viticulture biologique et biodynamique s’est tout naturellement imposée, bien sûr, entièrement manuelle. Ces terroirs escarpés interdisent toute mécanisation : le travail de la vigne relève ici du sacerdoce, pour l'homme et pour le cheval, utilisé pour les labours inter-rangs. A la recherche permanente du croquant du fruit, de la fraîcheur, sans jamais transiger sur la maturité des saveurs, Peter est passé maître dans la recherche du point optimal de maturité, parcelle par parcelle, rang par rang. Lui qui vendange souvent un peu plus tôt que ses collègues s’appuient sur une viticulture au cordeau : il veille à maintenir des rendements très bas et à permettre aux baies de mûrir le plus régulièrement possible, en jouant habilement sur la taille et la gestion de la canopée.
En cave, il s’inspire de pratiques ancestrales, tout en mettant à profit les évolutions technologiques pour être toujours plus précis dans son approche. Les raisins sont foulés avant de rester en contact avec les peaux pendant 24 heures en moyenne : une pratique qui permet au jus de gagner en complexité et en relief. Après un pressurage très lent et doux, et une vinification naturelle, sans levurage ni enzymage et très peu de souffre, la plupart des vins sont élevés pendant 18 mois dans de grands fûts et foudres d’acacia.
Ce génial « jusqu'au-boutiste » cherche dans ses vins, vinifiés en sec, une pureté aromatique absolue doublée d’une verticalité minérale et d’une tension parfaite qui leur permettront de traverser le temps avec une grâce infinie. Et, tout cela, il le trouve ! Ses vins sont éblouissants de maîtrise et d'intensité, d’élégance raffinée, sans esbroufe ni fioriture, d’équilibre serein. Leur subtile versatilité, au nez comme en bouche, est fascinante : au fil des heures, au fil des jours (et bien sûr, au fil des années de garde !), ce sont d’infinies nuances qui en émanent, ne cessent de nous surprendre… et de nous séduire.
En complément de cette superbe sélection issue du millésime 2022, nous vous invitons à retrouver les tout derniers flacons d’un millésime 2021 d’anthologie, unanimement considéré en Autriche en général, et ici en particulier, comme le millésime de la décennie, après 2013 ou, si l’on remonte plus loin encore, 1999. Un millésime où tout ce que le cosmos compte de planètes et d’étoiles semblaient s’être alignées pour donner une saison proche de la perfection, où tout ce qui était nécessaire au bon développement de la vigne et du raisin a été distribué en juste quantité : l’eau, le soleil, la chaleur, la fraîcheur… Pour donner naissance, au final, à des vins extraordinaire d’éclat, de précision, de vibration et d’allonge.
C’est majeur, c’est rare et c’est sur la Route des Blancs !
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