Plus de 45 ans après ses débuts (il a fêté avec les vendanges 2024 son 45ème millésime !), Jean-Marie Guffens n’a rien perdu de sa « boulimie créatrice », de son appétit insatiable pour les nouveaux défis, et au final, de sa capacité à s’enthousiasmer devant la magie de la vigne et l’émotion que procure un grand vin ! N’attendez pas de Jean-Marie qu’il se contente d’appliquer une recette ad vitam et s’endorme sur ses lauriers… ce serait mal connaître notre célèbre flamand, véritable génie du vignoble français. Jean-Marie et son épouse, Maine, ne règnent pas aujourd’hui sur un domaine, mais sur quatre, aux quatre coins du pays, même si le coeur du réacteur continue de battre dans le Mâconnais…
En 1997, alors qu’ils ont largement bousculé les codes et la hiérarchie bourguignonne et ont durablement installé leurs vins au sommet de la « planète Chardonnay », Maine et Jean-Marie Guffens se lancent un nouveau défi : nos deux esthètes, tombés amoureux des paysages et de l’atmosphère du Luberon, au cœur du Vaucluse, décident de jeter leur dévolu sur le Château des Tourettes, sur le plateau d’Apt, pour vivre de nouvelles aventures viticoles !
Intuitifs et toujours pertinents, ils sont convaincus que dans ce pays chaud, c’est en altitude qu’il faut aller chercher les grands terroirs à blanc ! Ils vont dès lors s’atteler à complètement restructurer ce vignoble situé à plus de 400 mètres d’altitude, sur des sols très calcaires que Jean-Marie affectionne tant ! Profitants d’une exposition au nord et de nuits assez fraîches, les raisins (viognier, marsanne ou roussanne, mais aussi chardonnay), issus de plants en sélection massale, trouvent ici les conditions idéales pour mûrir lentement et offrir l’équilibre que les Guffens recherchent entre richesse aromatique, concentration et tension minérale. Aujourd’hui, les cuvées Tinus du Château des Tourettes s’inscrivent parmi les blancs méridionaux les plus séducteurs, à la fois sensuels, audacieux et toniques, toujours d’une grande justesse, empreints de cette patte unique qui fait tout le charme des blancs signés Guffens.
Malheureusement, en 2024, la récolte du côté du Luberon a été toute petite. Une fois n’est pas coutume, c’est avant tout du froid tardif qu’ont souffert les vignes, sur ces coteaux d’altitude. Le gel a fait pas mal de dégâts sur des vignes tôt débourrées, en particulier sur le chardonnay pour lequel Jean-Marie a perdu plus de la moitié de la récolte potentielle. Après un printemps assez pluvieux, qui a sensiblement perturbé la floraison, avec de la coulure, les conditions météo se sont largement améliorées par la suite, avec un temps ensoleillé mais sans les chaleurs excessives des deux années précédentes. De très belles conditions pour des maturités un peu plus tardives et surtout parfaitement équilibrées : les faibles rendements ont donné de belles concentrations, tandis que les jus affichaient beaucoup de fraîcheur et une grande pureté aromatique. Une promesse de blanc profonds, expressifs et toniques, comme nous les aimons tout particulièrement, surtout lorsqu’ils sont signés Guffens ! Jean-Marie considère ainsi son « Grand Blanc Plateau de l’Aigle », formidable assemblage de chardonnay, roussanne et viognier, comme « un de ses meilleurs vins produits en 25 ans dans le Luberon »…
Du côté de Barsac, c’est en 2017 que l’aventure démarre : Jean-Marie « replonge » et rachète le Château Closiot, une belle endormie située au cœur d’un terroir d’exception, qui le fait rêver depuis ses jeunes années d’apprenti-vigneron : après le Vaucluse, cap vers la Gironde, et le plateau calcaire de Barsac ! Amoureux depuis son premier séjour en France, en 1977, des grandes expressions classiques (mais malheureusement oubliées selon lui) des vins de Sauternes (et en particulier des grands sémillons secs !), Jean-Marie n’est pas effrayé par le « désamour » qui frappe depuis quelques années cette terre d’élection des grands liquoreux : l’adversité le stimule ! On ne l’attend pas là ? Alors il y fonce !
Bien sûr, Jean-Marie a tout de suite repéré que Closiot recelait un pur joyau, un terroir exceptionnel connu, jadis, sous le nom de Clos Bonneau : plus de 4 hectares d’un seul tenant de vieilles vignes de sémillon, plantées sur ce socle calcaire qui a fait la légende des vins de Barsac. Les voisins du Clos ne sont autres que Climens, d’un côté, et Coutet de l’autre… excusez du peu !
A peine l'acquisition signée, Jean-Marie aurait rêvé meilleur cadeau de bienvenue que le gel dévastateur de fin avril 2017 qui a frappé ses vignes et ne lui a pas permis de sortir ce millésime. Heureusement, après ces débuts difficiles, Jean-Marie a rapidement trouvé sa vitesse de croisière à Barsac, avec l’aide précieuse de Philomène Morais, la fameuse « Philo » pour les connaisseurs. Une histoire passionnante qui est aujourd’hui bien installée pour durer : le domaine vient en effet de s’agrandir puisque Philo et Jean-Marie ont eu l’opportunité d’acquérir les vignes de leur voisin du Château Piada et ainsi d’étendre la surface des très vieux sémillons, cœur battant de Closiot, à une quinzaine d’hectares.
Ici aussi, le millésime 2024 éblouit par son équilibre impeccable entre richesse et fraîcheur, mais, ici aussi, les rendements furent très faibles. En cause, le gel tardif qui a touché le plateau de Barsac et réduit la récolte potentielle de près de moitié. Par la suite, l’alternance de périodes bien arrosées et d’autres plus ensoleillées et douces, a entraîné un très gros travail dans les vignes pour maîtriser la croissance de la végétation et limiter le développement des foyers de mildiou. L’été plutôt ensoleillé mais pas trop chaud, avec des nuits relativement fraîches, offrait de très belles conditions pour aller chercher des maturités à la fois pures et intenses sur le plan aromatique, mais ayant conservé beaucoup de fraîcheur. Cet équilibre entre la richesse d’un millésime aux tout petits rendements et l’énergie, la vivacité de ces maturités tardives annonçait une grande année, aussi bien pour le désormais fameux C de Sec que pour le liquoreux Barsac Bonneau : deux « bombes » pour reprendre les mots de Jean-Marie.
En prime, le Maestro vous a réservé deux belles surprises avec un retour sur le premier millésime et flamboyant C de Sec 2018, qui offre aujourd’hui une complexité et une profondeur aromatique inouïes. Mais aussi, avec un Barsac liquoreux 2019 qui vient de passer 6 ans dans les caves du Domaine… Un bijou !
Tinus, Solera, C de Sec ou Clos Bonneau : la patte Guffens illumine aussi bien le Luberon que la Rive Gauche Bordelaise ! C’est maintenant, c'est irrésistible et c’est sur la Route des Blancs.
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