Le nom des Bouzereau est connu à Meursault - et bien au-delà - depuis fort longtemps : 7 générations déjà que cette famille y cultive la vigne. On doit cependant à Michel Bouzereau d’avoir progressivement fait entrer le domaine familial dans la cour des grands de la Côte d’Or. Guidé par son intuition et une énorme capacité de travail, il va en effet remanier et surtout considérablement agrandir le patrimoine viticole familial, sur les meilleurs terroirs de Meursault (et de Puligny-Montrachet). Dès les années 1970, il a compris avant les autres que c’était le moment d’acquérir des vignes dans le triangle d’or de la Côte d’Or, avant que les prix du foncier deviennent stratosphériques et finissent par « figer » les positions, rendant presqu’impossible l’acquisition de nouvelles terres, à moins d’être un riche investisseur américain ou asiatique...
En 1999, son fils, Jean-Baptiste, reprend alors les rênes d’un formidable patrimoine de plus de 10 hectares, dont il va s’occuper avec énormément de soin, de précision et de constance. Sans chercher de certification, il met en place des méthodes culturales respectueuses de la vigne. Il s’inspire de la biodynamie pour permettre aux vieilles vignes – majoritaires au Domaine - de conserver leur vitalité. Il replante exclusivement en sélection massale et poursuit patiemment l’œuvre de son père, en se portant acquéreur de nouvelles parcelles dès que l’occasion se présente, comme en 2004, avec cette superbe parcelle de vieilles vignes sur le mythique 1er Cru Perrières qui tombe dans l’escarcelle des Bouzereau et fait aujourd’hui la fierté de la famille.
Il va parallèlement peaufiner vinification et élevage pour s’affirmer comme un des grands stylistes contemporains des vins de Meursault. Fort d’une nouvelle cave creusée directement dans la roche blanche, il allonge progressivement les élevages de ses meilleurs crus tout en utilisant davantage de grands contenants (350 litres en majorité) qui marquent moins les vins. Toujours à la recherche de la juste maturité, il trouve aujourd’hui le parfait équilibre entre l’étoffe et la profondeur naturelle des vins de Meursault et de Puligny, la finesse et la précision des arômes et une lecture nuancée, toujours dynamique, de chaque terroir. N’abusant jamais de la réduction « fumée-grillée », très répandue chez d’autres, Jean-Baptiste signe des blancs parmi les plus subtils et élégants de la Côte de Beaune, sans, pour autant, manquer de chair ni d’intensité.
Avec cette magnifique collection, nous continuons notre exploration du millésime 2023 qui se montre particulièrement resplendissant pour les blancs de la Côte de Beaune. Par leur pureté, leur énergie, leur capacité à marier gourmandise et finesse, la précision de leurs équilibres et de la lecture de chaque terroir, les vins, découverts dès le mois d’octobre dernier alors qu’ils étaient, pour la plupart, encore en cours d’élevage nous ont impressionnés. Une certitude se dessinait déjà : après de splendides 2022 chez Bouzereau, nul doute que les 2023 feraient date eux aussi !
Hormis un épisode caniculaire très tardif, fin août et début septembre, la saison 2023 fut bien moins marquée par des phénomènes extrêmes que bon nombre d’années récentes. Une année qui a commencé par un hiver plutôt doux et sec. Par la suite, des pluies intermittentes et des phases alternant chaleur et temps plus frais ont permis à la vigne de se développer sereinement, sans stress particulier. La floraison se déroulait début juin sous un temps splendide. La sortie de grappes annonçait des rendements généreux. Tout au long de la saison de croissance, Jean-Baptiste a cependant veillé à bien maîtriser les rendements et à limiter la charge de grappes par pied, afin de garantir de belles maturités et des concentrations suffisantes. D’autant que l’été ne se montrait pas particulièrement chaud et ensoleillé.
Tout a changé après le 20 août, comme si une nouvelle saison commençait. Des pics de températures à plus de 35° accéléraient considérablement les maturités physiologiques et les niveaux de sucre. Un phénomène amplifié par une bonne pluie orageuse le 28 août. Jean-Baptiste et ses équipes ont décidé de démarrer les vendanges dès le 3 septembre, sous une chaleur torride qui les a conduits à couper uniquement en matinée. Ils ont réussi à les clôturer le 11, juste avant l’arrivée de gros orages le lendemain.
Plusieurs bonnes nouvelles se profilaient : d’abord, les rendements se révélaient tout à fait satisfaisants, sensiblement au même niveau que l’année précédente, flirtant avec les 50 hectolitres par hectare pour les blancs. L’état sanitaire était bon et les équilibres superbes. Avec des taux d’alcool potentiels à leur optimum, entre 12.5 et 13.5°, des aromatiques expressives et des acidités particulièrement bien préservées, Jean-Baptiste ne pouvait que se réjouir d’avoir rentré dans les caves des jus aussi prometteurs. Il ne lui restait plus qu’à faire « grandir » cette magnifique matière première, à travers des élevages au cordeau, toujours subtils et parfaitement ajustés. Des élevages qu’il ne cesse d’affiner, tout à sa recherche de pureté du goût du fruit et du lieu qui l’a vu naître. Sur ce millésime d’éclat et de précision, il a diminué la proportion de bois neuf, qui atteint cette année à peine 20% en moyenne sur ses crus.
Au final, il nous offre une collection brillante et parfaitement cohérente, qui magnifie les terroirs de Meursault et Puligny. On aime l’expression pure et sans entrave du fruit, on aime la concentration fuselée et la précision de contour des bouches mais aussi la prodigieuse énergie interne qui anime chaque cuvée, du simple Bourgogne Côte d’Or, à l’envergure stupéfiante, jusqu’aux géniaux Perrières et Genevrières, clairement au niveau des meilleurs grands crus de la Côte d’Or ! Sans parler du légendaire et introuvable Puligny-Montrachet 1er Cru Le Cailleret, une sorte d’extrait d’éclats de roche, d’une distinction et d’une pulsation sans pareilles.
L’année 2023 marque, en outre, l’arrivée d’un nouveau cru chez Bouzereau, et quel cru : un rare et splendide Puligny-Montrachet 1er Cru Champ Canet. Un terroir que Jean-Baptiste connaît parfaitement puisqu’il cultivait (et, avant lui, son père Michel) cette petite parcelle de vieilles vignes plantée dans les années 1950 par le grand-père de Jean-Baptiste. Mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il a la chance de pouvoir aller au bout de la démarche et de vinifier le vin : un jus d’un immense raffinement, entre fleurs blanches, poussière de roche et trame saline, qui s’installe d’emblée parmi les « must have » du Domaine. Bravo !
Sur toute la collection, la réussite de ce millésime 2023 est magistrale. Honoré par le guide de la Revue du Vin de France d’une troisième étoile, Jean-Baptiste Bouzereau a rejoint un cénacle murisaltien aussi restreint que légendaire, aux côtés de Coche-Dury, Comte Lafon et Roulot : une consécration largement méritée.
C’est exceptionnel et c’est maintenant, sur la Route des Blancs.
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